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Le labyrinthe du luxe façon Eliana Tranchesi
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Le labyrinthe du luxe façon Eliana Tranchesi
Il est au Brésil un labyrinthe étourdissant où il n?est pas désagréable de s?égarer : le labyrinthe du luxe façon Daslu. Fréquenté depuis un demi-siècle par les Brésiliens les plus fortunés venus à Sao Paulo de toutes les régions du pays, le magasin Daslu propose ce qu?il y a de plus cher, et peut-être de meilleur, en vêtements, chaussures, accessoires, parfums, décoration, et depuis peu voitures, motos et même hélicoptères.
Victime de son succès, ce temple du luxe «unique en Amérique latine» vient de s?agrandir, passant d?un dédale de maisons boutiques à un immeuble édifié dans Vila Olimpia, l?un des beaux quartiers de la capitale économique du Brésil. Sur le fronton du bâtiment massif au style néoclassique, l?année de construction est inscrite en chiffres romains. Inauguré en juin 2005 avec des canapés au caviar à gogo et du champagne coulant à flots, Daslu s?étend sur 17 000 m2 répartis sur quatre étages.
Tout est conçu pour assurer aux clients la discrétion surtout aux plus fameux : le footballeur Ronaldo, la mannequin Naomi Campbell ou l?héritière Athina Onassis. Grâce à un savant jeu de tentures, de petits couloirs et de penderies, il est difficile de croiser quelqu?un.
Il est même facile d?adhérer à la coutume de se changer sans utiliser les rares cabines d?essayage du périmètre dûment interdit aux hommes. La maison compte 1 200 employés, 35 000 «bons clients» abonnés à son catalogue et 1 400 acheteurs journaliers. Plus de la moitié du chiffre d?affaires tient à la ligne de prêt-à-porter Daslu, aux prix plus raisonnables et exportée dans le monde entier.
Eliana Tranchesi, l?héritière de la griffe, assure la prospérité de «l?esprit Daslu». A l?entrée, des hommes en livrée ouvrent les portes aux «madames», au sens chic donné par les Brésiliens à ce mot français, qui abandonnent leur véhicule à leur chauffeur. Mais l?impressionnante hauteur du mur d?enceinte surveillé par des caméras et une armada de vigiles en costume noir rappelle que la saga Daslu consacre le Brésil champion du monde de la concentration des revenus et des inégalités.
«DÉBAUCHE DE PUBLICITÉ»
Une saga maculée depuis le 14 juillet, lorsqu?à l?aube la police fédérale a envahi les bureaux pour saisir les registres de comptabilité, et arrêter une douzaine d?heures la blonde Eliana Tranchesi, sommée de s?expliquer sur des accusations de fraude. Le fisc enquête depuis près d?un an sur des sociétés offshore chargées des importations de Daslu. La patronne a nié et fuit les interviews.
Bruyamment relayée par la télévision, la perquisition continue d?alimenter les conversations. Et la clientèle se montre solidaire. «On se croirait en période de Noël, raconte Monica Mendes, chargée de la communication. Les gens laissent des petits mots d?encouragement à Eliana.»
L?«opération Narcisse», inscrite dans une longue série d?enquêtes du fisc, a provoqué la colère de la puissante Fédération des industries de l?Etat de Sao Paulo (Fiesp), qui a demandé aux autorités «moins d?excès» lors de ces perquisitions. «Sans doute les fusils-mitrailleurs étaient-ils de trop, concède Emerson Kapaz, président de l?Institut d?éthique concurrentielle. Mais quand on inaugure une boutique glamour dans une telle débauche de publicité, il faut être irréprochable.»
Annie GASNIER © 2005 Le Monde News Service- Distribué par The New York Times Syndicate
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