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Le gaspillage de nourriture difficile à digérer

24 mars 2004, 20:00

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ENVIRON 30 % des patients-résidents des hôpitaux publics ne consommeraient pas la nourriture offerte par le service hospitalier. L?Etat gaspillerait donc Rs 60 000 par jour en repas préparés mais non servis. Perte annuelle : Rs 21 millions. L?Institute for Consumer Protection (ICP) a évoqué ce scandale pour la première fois en décembre?1991.

L?enquête de l?Icp en décembre 1991 avait touché 600 patients des trois principaux établissements hospitaliers du pays : l?hôpital Victoria à Candos, l?hôpital Jeetoo à Port-Louis et Sir Seewoosagur Ramgoolam National Hospital, à Pamplemousses. 70 % des patients interrogés ?acceptaient, ou bien étaient obligés de prendre les repas servis à l?hôpital?, révélait alors Un million, le mensuel de l?ICP, dans son édition de décembre 1991. Douze ans après, la situations reste inchangée, comme le rapporte l?audit du gouvernement.

?Parmi les principales raisons évoquées par les 30 % qui boudent les repas des cuisines des hôpitaux, préférant les repas préparés et apportés par leurs proches : le manque de saveur des repas, la répétition des menus, l?heure incommode du dîner?, notait le rapport de l?ICP, qui soulignait également ?la large part de responsabilité des coutumes traditionnelles dans le refus de prendre la nourriture préparée à l?hôpital?.

Des rats dans la cuisine

Plusieurs facteurs, note le rapport de l?audit, débouchent sur ce gaspillage de nourriture, le principal responsable étant le ?meal requisitioning system? : en effet, les non-consommateurs ne sont pas identifiés, ainsi que ceux qui seront autorisés à quitter l?hôpital dans l?après-midi, par exemple. Le nombre de repas demandé est calculé en fonction du nombre de patients enregistrés dans une salle le matin.

L?ICP évoquait également dans son rapport le manque d?égards pour les patients au moment du service des repas aux patients. ?Aucun des deux principaux repas n?est servi chaud. Le plus souvent, les repas sont préparés deux ou trois heures à l?avance, acheminés vers les salles avec une avance d?au moins une heure, et sont ensuite servis quand ils ont déjà refroidi?, observait le rapport de l?ICP. Ce qui correspondrait avec les observations mentionnées dans le rapport d?audit 2002-2003.

Les enquêteurs de l?organisme de consommateurs précisent même avoir constaté, le jour de leur rendez-vous avec le Regional Health Director de l?hôpital Dr Jeetoo, que ?la daube de cabri destinée à être servie à 11 h 30 était déjà prête à 10 heures?. Et donc froid à l?heure du déjeuner. Egalement dénoncé à ce chapitre, le ?traitement humiliant?, le ?manque de confort et l?impossibilité de manger d?une façon décente?, les rédacteurs du rapport décrivant ainsi le rituel: ?Chaque patient apporte son plat. Les aliments sont vidés dans le plat du patient, celui-ci retourne à son lit et essaye de manger en tenant le plat à la main. Il y a donc un manque criant de plateaux ou de tables pouvant aider les patients à s?asseoir d?une façon confortable et à prendre leur repas décemment.?

L?approvisionnement en produits frais laissait également à désirer, concluait l?enquête de l?ICP, les ?contracteurs? (sous-traitants) faisant preuve de ?nonchalance et d?irresponsabilité? quant à la qualité des aliments, dont les légumes (pas toujours frais) et le pain (en-deçà du poids réglementaire). Le rapport de l?ICP remettait enfin en question les compétences du personnel affecté aux Catering Units des hôpitaux. ?Aucun des catering supervisors censés contrôler le travail des cuisiniers n?a reçu une quelconque formation culinaire. Idem pour les sept Assistant Catering Officers chargés de superviser les catering supervisors. Des deux Catering Officers supérieurs, un seul est dûment qualifié, ce qui fait qu?il est l?unique spécialiste d?un organigramme de plus de 175 personnes affectées au service de ravitaillement des hôpitaux.?

Rien de nouveau ne ressort du rapport 2002-2003 du Bureau de l?Audit. Toujours les mêmes gaspillages, les mauvaises pratiques de gestion, les mêmes mauvaises habitudes? Quelques-unes des observations mises en lumière dans ce rapport, sur le chapitre du service de la restauration du service des hôpitaux du ministère de la Santé sont assez parlantes : ?Les oeufs livrés aux hôpitaux Dr Jeetoo et Flacq pèsent 53 g au lieu des 60-65 g requis; le poulet n?est pas transporté dans des véhicules réfrigérés?; aucune analyse microbiologique de la nourriture n?est effectuée; les repas sont servis froids car ils sont placés sur les trolleys à 16 h 15 pour être servis à 17 heures, alors que le système devant garder la nourriture au chaud n?est pas activé.

L?on se plaint ausi du manque de variété dans les aliments, habitude qui ne cadre pas avec la politique nutritionnelle du ministère de la Santé ? patients et personnels soignants n?ont eu droit qu?à du thon durant l?année financière écoulée, alors que la liste officielle comprend pas moins de sept types de poisson...

Les fonds publics sont mal utilisés et les malades exposés à maints dangers. ?De mauvaises odeurs émanent d?un tuyau d?évacuation en face de la cuisine à l?hôpital de Flacq; il y a des rats dans la cuisine de l?hôpital Dr Jeetoo, des ustensiles de cuisine sales et tachés de graisses brûlées à l?hôpital Nerhu?...

Le Bureau de l?Audit conclut son rapport sur le service hospitalier par quelques recommandations, dont principalement : la mise en place par le ministère de la Santé, d?une Food Service Unit pour la gestion des 12 catering units des hôpitaux; l?institution d?un Hazard Critical Control Points Programme, afin d?étrablir un mécanisme de contrôle de la sécurité alimentaire; la mise en place d?un Management Information System dans les services de cuisine et la vérification des aliments au moment de la livraison.

Ce sont là des recommandations fort pertinentes. Pour leur mise en pratique, rendez-vous l?année prochaine, dans le rapport de l?audit 2003-2004 ? Ou dans douze ans, pour une autre enquête de l?ICP?

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