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Le Dr R. Chaperon pleure la disparition du Dr Rémy

3 juillet 2006, 00:00

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Fin juin 1981, le Dr Régis Chaperon, ancien président et ministre travailliste et membre du conseil d?administration de La Sentinelle Ltée, trouve les mots qu?il faut pour exprimer la tristesse générale, suscitée, au début de ce mois, par l?annonce du décès de son confrère, le Dr Maxime Rémy. En lui disparaît, au dire du Dr Chaperon, ?une grande figure de la médecine mauricienne?.

Maxime Rémy voit le jour à Flacq en 1897. Sa famille fait partie de la classe moyenne de couleur. Son père est huissier à la magistrature du Centre de Flacq. Doué d?une vive intelligence, le jeune Maxime fait de brillantes études à l?école privée Saint-Stanislas, dirigée par M. Léon Mamet, à Rose Hill. Il en est le premier boursier (la petite bourse). Elle lui permet de poursuivre ses études au Collège Royal. Il devient lauréat de la Bourse d?Angleterre, à 17 ans. Il s?en va faire ses études médicales à l?hôpital de Londres et rentre au pays en 1922. Il s?installe aux villes soeurs et pratique la médecine en clientèle privée jusqu?en 1980, soit pendant près de six décennies, sans vacances ni congés, assurant une permanence sept jours sur sept, 24 heures sur 24.

Régis Chaperon souligne la perfection de son diagnostic. Tout médecin est certes formé pour déceler la cause principale du mal, affectant son patient, parmi tous les symptômes décelables. Rares, cependant, sont ceux à pouvoir se vanter de la sûreté du diagnostic du Dr Rémy. Signes et symptômes sont multiples et variés. Leur description par le malade ou son entourage peut être aléatoire. Cela complique d?autant la tâche du diagnostiqueur. Il commente à bon escient : ?C?est en cela que la pratique médicale devient un art où le bon médecin apprend comment affiner son jugement afin de saisir l?essentiel et de rejeter les à-côtés secondaires. Cet art est l?apanage de tous les grands médecins de l?histoire?. Une catégorie où figure en bonne place le Dr Maxime Rémy.

Le Dr Chaperon sait que ce ?fameux sens clinique? des anciens et des médecins chevronnés (58 ans ininterrompus de pratique pour le Dr Rémy) ?cède un peu de son éclat et de sa primauté primitive? devant la technologie de pointe, les laboratoires, radiographies, électrocardiogrammes et autres spécialités. Il conserve pourtant son pesant d?or car, dans la pratique, il faut pouvoir donner un diagnostic correct rapidement sinon immédiatement. Le temps faisant défaut, un diagnostic correct est infiniment plus appréciable qu?un erroné, afin de ne pas perdre un temps d?autant précieux qu?il ne se rattrape jamais quand on le perd. Pour Régis Chaperon cela ne fait pas l?ombre d?un doute : Maxime Rémy avait un sens clinique très développé et il a, plus d?une fois, l?occasion de le vérifier tout au long de sa propre carrière médicale, également aux villes soeurs.

Le Dr Rémy fut aussi un bon pédiatre avant même que cette discipline médicale devienne la spécialité qu?on connaît. Il n?avait pourtant pas eu l?occasion de pousser ses études médicales dans cette direction. Le Dr Chaperon rappelle qu?avant la guerre 1939-45 il était difficile à un étudiant des colonies de se spécialiser dans les écoles de médecine anglaises. Sa réputation de pédiatre avant l?heure, le Dr Rémy ne la doit qu?à ?sa vive intelligence, son amour pour la médecine, son ardeur au travail?.

Régis Chaperon vante ?le sens aigu de l?éthique médicale? du Dr Rémy. Il respectait rigoureusement la clientèle de ses confrères et s?attendait à ce qu?on lui rende la pareille. Il exigeait aussi la fidélité la plus stricte de la part de ses patients. Il n?a jamais signé un certificat médical de complaisance. Ses ?saintes colères? à l?égard de ceux, qui osaient le lui réclamer, font partie de la légende dorée de la médecine à Maurice.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il relève le défi de renforcer la branche mauricienne de la Croix-Rouge. Il assume volontiers la charge de donner des cours de secourisme aux membres de branche rosehillienne. En 1954, il remplace même le Dr Edouard Brunel à la tête de l?hôpital psychiatrique qui n?a pas encore reçu le nom du savantissime Charles Edouard Brown-Séquard (1817-94).

L?homme l?emporte même sur le médecin chez Maxime Rémy et ce n?est pas peu dire. ?Il était homme dans toute l?acception du mot, avec ses grandeurs et ses faiblesses?, constate Régis Chaperon qui loue son exquise politesse dans ses relations sociales. Il confessait ses faiblesses sans complexe, avec même ?la franchise de l?innocence?. Son panégyriste estime que la ?faiblesse humaine pour un bon médecin est un incident de parcours, qu?il faut accepter avec humilité et non pas un drame à combattre perpétuellement?. Maxime Rémy sait, par exemple, transformer sa tendance au bégaiement en une emphase pédagogique bien appréciée de ses patients dont elle conforte la confiance. Sa santé délicate ne l?empêche pas de vivre pendant 84 ans dont 58 de pratique médicale et 7 d?études universitaires. Rapportant son décès, la presse loue également son ?diagnostic infaillible?. Elle relève que jusqu?à ses derniers jours il continuait de conduire sa vieille Hillman, achetée dans les années 1955. Il habitait à la rue Napier-Broome, Beau-Bassin.

L?excellence du corps médical mauricien de 2006 pourra se mesurer à l?attention que les concernés accorderont à ce simple rappel du panégyrique que Régis Chaperon nous laisse du praticien hors pair que fut de son vivant le Dr Maxime Rémy. Son nom mérite amplement d?être gravé sur une colonne Liénard médicale aux côtés des docteurs Rouget, Duvivier, Célestin, Ramgoolam, Rault, Cantin, Shun Shin.

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