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Le démantèlement des colonies : éventuel référendum

6 février 2004, 20:00

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La fièvre n?est pas retombée en Israël quarante-huit heures après l?annonce par le premier ministre, Ariel Sharon, d?un projet d?évacuation de la majorité des colonies israéliennes de la bande de Gaza.

Bien au contraire. L?affaire a pris les allures d?un débat national, avec l?éventualité d?un référendum et l?hypothèse d?élections anticipées, qui pourraient se tenir avant l?été, trois ans avant la date prévue.

Une dizaine de députés du Likoud, résolus à en découdre, ont fait circuler mercredi une pétition dans laquelle ils exhortent M. Sharon à ne prendre aucune décision sans le consentement des institutions du parti, où l?aile droite est en position de force. Hostile au plan, le chef du parti ultra-orthodoxe Shass, Eli Yishaï, a accusé le premier ministre de vouloir «prendre la fuite», ce qui réduit les marges de man?uvre de M. Sharon à la Knesset. Enfin, le conseil des rabbins de Judée-Samarie ? les noms bibliques de la Cisjordanie ? et de Gaza a appelé à observer une journée de jeûne et de prières, jeudi 5 février, pour dénoncer le projet d?évacuation.

LE SILENCE DES PALESTINIENS

Cette effervescence israélienne met d?autant plus en évidence le silence des Palestiniens. Après le coup de tonnerre provoqué par la publication du plan par le quotidien israélien Haaretz, le 2 février, les responsables palestiniens s?étaient prudemment retranchés derrière des formules de circonstance. Le chef de l?Autorité palestinienne, Yasser Arafat, avait même tourné en ridicule la proposition de M. Sharon. Il a fallu attendre vingt-quatre heures pour que le premier ministre, Ahmed Qoreï, rectifie un peu le tir, en accueillant «favorablement tout processus menant à un retrait de l?occupant des terres palestiniennes», tout en assortissant son propos de réserves. Mercredi, à Ramallah, le chef du Conseil national de sécurité, le général Jibril Rajoub a fait part de ses craintes d?un «bluff» de la part du premier ministre israélien, ou d?une décision tactique «pour contourner les pressions internationales» et les obligations de la «feuille de route», le plan de paix international soutenu par les Etats-Unis, mais qui n?est jamais entré en application.

Ce n?est pas la première fois que la direction palestinienne semble interdite après des déclarations israéliennes. En réaction au discours prononcé le 18 décembre 2003 par M. Sharon, dans lequel il avait annoncé un plan de «séparation» unilatéral, dont Gaza pourrait être la première étape, cette direction s?était bornée à s?en remettre à la communauté internationale et à agiter une énième fois la menace de proclamation d?un Etat, un exercice auquel elle a déjà sacrifié pendant son exil à Alger. Le Fatah de Yasser Arafat est également curieusement silencieux.

Alors qu?une réunion de son conseil révolutionnaire est annoncée dans quinze jours, les débats au sein de cette formation semblent dominés par des querelles internes et les retombées du conflit qui a opposé Mahmoud Abbas, lorsqu?il était premier ministre, à Arafat et qui s?était soldé par la démission du premier. Monte aussi l?exaspération grandissante d?une «jeune garde», pressée de voir les caciques du comité central soumettre pour la première fois depuis plus de quinze ans leurs mandats à réélection.

Le silence palestinien est cependant général. «A Gaza, seule la rue en parle», constate un Palestinien. Les factions radicales islamistes n?ont toujours pas réagi. Certains Palestiniens considèrent pourtant que la décision annoncée par M. Sharon fait leur jeu. Le premier ministre israélien a, en effet, mis en évidence la difficulté de la situation à Gaza, pour justifier un démantèlement unilatéral. Cette situation est entretenue par un activisme, dans lequel le Mouvement de la résistance islamique (Hamas) a pris la plus grande part. En dépit de ce «succès», aucun des chefs politiques du Hamas n?a jugé bon de commenter le projet israélien. Un silence partagé par l?aile politique du Djihad islamique et par les autres factions opposées, en 1993, aux accords d?Oslo.

Gilles Paris

© Le Monde News Service

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