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Le débordement

2 mars 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Raj Meetarbhan

Il est inadmissible que des citoyens insatisfaits se comportent de manière brutale envers les élus. La séquestration de la députée Kalyanee Juggoo par un groupe d?environ 75 habitants de Vallée-des-Prêtres, dimanche, est un acte qui doit être condamné quelle que soit la raison de la colère populaire à son égard. Toutefois, cet incident, pour grave qu?il soit, sert à rappeler l?urgence d?un mécanisme structuré de dialogue entre citoyens et élus.

En dehors des jours de réception où les élus passent leur temps à écouter les doléances individuelles de leurs mandants, il n?existe aucun autre moyen par lequel un échange est possible entre la population et les décideurs. De toute façon, le contact hebdomadaire entre mandants et élus est, dans sa forme actuelle, inutile. Ce n?est qu?une occasion de revendiquer ?enn bout? pour services rendus pendant la campagne électorale.

Ce qu?il faut, ce sont des instances qui permettent aux décideurs politiques de rencontrer des gens qui évoquent des problèmes collectifs affectant leurs conditions de vie dans un quartier donné. Afficher une disponibilité rien que pour écouter des agents venus réclamer des jobs à Air Mauritius ou dans les municipalités est un gâchis. Cet exercice, dont on prétend qu?il participe à la proximité élus-citoyens, est un leurre de démocratie. Il est temps de renoncer à ce folklore.

Si les habitants de Vallée-des-Prêtres avaient eu l?occasion d?exposer au ministre des Administrations régionales ou à la députée travailliste Kalyanee Juggoo les difficultés qu?ils subissent en raison de l?absence de drains dans leur région, leur frustration n?aurait pas dégénéré en une colère si violente.

Il y a de nombreux problèmes concernant le quotidien des citoyens qui peuvent être réglés si la communication passait mieux entre la base et les dirigeants. Cela va du manque d?infrastructures à l?inefficacité de certains services publics. Malheureusement, les plaintes des citoyens ne parviennent pas jusqu?aux décideurs parce qu?aucun canal n?existe pour porter la parole des citoyens.

Le modèle existant de communication entre les usagers et l?exécutif est dangereux. Il ne permet pas aux ministres de capter les difficultés des agglomérations se trouvant dans leur circonscription. Un mandant venu solliciter une faveur personnelle auprès d?un ministre n?a aucun intérêt à lui dire que ses voisins sont très remontés contre le gouvernement à la suite des fréquentes inondations qui affectent leurs cours et maisons. Il a fallu bloquer la Mercedes d?une élue pour que les gouvernants se rendent compte du niveau d?exaspération des gens.

Des citoyens peuvent avoir des bonnes idées, constructives et originales, sans être nécessairement des experts. Par exemple, travaillant à partir d?une photo satellite de sa région, un habitant de Quinze-Cantons, Leerish Ramsurn, a suggéré aux autorités une solution pour évacuer l?eau vers la Rivière Rempart suite aux inondations. (Voir l?express du 28 février). Si on refuse aux citoyens les moyens de mener paisiblement des combats civiques, de nouveaux débordements sont à prévoir.

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