Publicité

?Le Cernéen? d?Hervé de Sornay

26 février 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

A l?occasion du 150e anniversaire de la fondation du Cernéen, Hervé de Sornay se laisse aller à évoquer quelques souvenirs professionnels. Sur le plan historique et plus particulièrement de l?histoire de la presse mauricienne, ils valent leur pesant d?or. Il évoque volontiers des moments noirs comme des heures rayonnantes. Il parle du journal comme du ?grand et vénérable témoin?, de notre histoire, bien qu?ayant parfois côtoyé l?abîme. La vie du journal est ponctuée de passages de ?l?incertitude matérielle et morale? aux remontées inattendues vers la quiétude financière et l?inverse. C?est l?alternance de l?espoir et du désespoir. Il attribue ce marasme épisodique aux fées maléfiques qui, dès le berceau, s?acharnent sur Le Cernéen (pour le terrasser finalement à l?occasion de son 150e anniversaire).

Hervé de Sornay se souvient plus particulièrement du coup de tonnerre qui ébranle Le Cernéen à la mi-1934, en pleine dépression économique donc. La Société française des Gens de Lettres lui envoie une injonction qui lui fait voir trente-six mille chandelles. M. René Jeanne se plaint, à cet organisme, chargé des droits d?auteur, que Le Cernéen a publié, en feuilleton et sans son autorisation, un de ses romans. La réclamation porte sur 80 000 francs, une fortune inaccessible pour Le Cernéen, encore plus désargenté que d?habitude.

Avant la Seconde Guerre mondiale, des journaux de Maurice joignent volontiers l?utile à l?agréable, en reprenant, pour le plus grand plaisir de leurs lecteurs, les feuilletons romanesques, publiés en feuilleton, dans les journaux parisiens auxquels ils sont abonnés. Cela leur assure, à peu de frais, un rez-de-chaussée rédactionnel de qualité, qu?ils peuvent composer qui en avance et qui leur garantit la fidélité de leurs lecteurs et surtout de leurs lectrices. Les parties concernées généralement ferment les yeux sur cet emprunt (aujourd?hui nous parlerons de piratage) innocent et inoffensif car il ne représente pratiquement aucun gain financier et facilite seulement la tâche des journalistes locaux. Nul ne s?en plaint en tout cas, jusqu?à ce que René Jeanne, un illustre inconnu, réclame son dû au Cernéen.

Sa réclamation ne peut survenir à pire moment. Hervé de Sornay est alors âgé de seulement 28 ans. Tout le poids de la rédaction comme de l?administration du journal repose sur ses jeunes épaules, en raison de la maladie de son patron, Fernand Louis Morel. Celui-ci se trouve en traitement à la clinique du Dr Henri Levieux, à Curepipe. Il mourra peu après, à la suite d?une douloureuse maladie. L?adjoint de l?impossible Morel, Maurice Giraud, vient de soumettre sa démission, à la suite d?une énième dispute avec son chef hiérarchique.

De ce dernier, Hervé de Sornay, d?ordinaire si mesuré, dit ceci : ?Cet homme est un rustre intolérant pour qui l?univers n?est qu?encre et papier. Sa gazette est l?unique objet de son souci. Son entourage redoute ses transports volcaniques qui pour être éphémères n?en sont pas moins impressionnants. La violence de ses propos, sa verdeur rabelaisienne dépassent les limites de la décence?.

Hervé de Sornay ne sait quoi faire, partagé qu?il est entre le souci de ne pas importuner inutilement son patron à l?article de la mort ou presque et la colère impitoyable de ce dernier, apprenant, en cas de répit, qu?on ne l?ait pas tenu informé d?une affaire aussi importante.

De Sornay décide finalement de gagner du temps en écrivant à toutes les personnalités françaises, connaissant la situation du Cernéen et pouvant intervenir en sa faveur auprès de René Jeanne et la Société des Gens de Lettres. C?est ainsi que Le Cernéen est sauvé, en 1934, d?une mort prématurée grâce à la fructueuse intervention, entre autres, de Pierre Benoît, de Maurice Martin de Gard et du Dr Joseph Rivière.

Publicité