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Le CEB sur la chaise électrique
Un plan d?urgence qui sera réalisé malgré les dettes et le déficit accumulés par le CEB. Le plan s?est avéré nécessaire en raison de la décision des producteurs sucriers de ne pas s?engager davantage dans la production électrique. Décision qui est, elle-même, le résultat d?un bras de fer entre les barons sucriers et le gouvernement qui cherche une plus grande participation populaire dans les projets de production électrique par le secteur sucre.
Peu de détails sont disponibles concernant ce plan B. Tout ce qu?on sait pour le moment, c?est que ce plan prévoit la construction de centrales électriques par le CEB, avec ou sans partenaires, à partir de l?année prochaine. Des productions électriques à partir de l?huile lourde, du charbon, de la bagasse (35 % de la bagasse du pays appartiennent aux petits planteurs), de l?eau (une station hydroélectrique à La Nicolière), du vent (un parc éolien est envisagé à Bigarra avec une technologie française) ainsi qu?une production à partir des panneaux solaires..
Le comité de direction du CEB a pris connaissance du plan B avant-hier. Certains de ses membres ont qualifié la décision des producteurs sucriers de ne pas aller de l?avant avec des investissements dans des centrales électriques de «blessing in disguise» pour le pays.
En effet, c?est ce refus des producteurs sucriers qui pousse en ce moment le pays à envisager une production électrique avec davantage de sources renouvelables. On estime, par ailleurs, que la tendance amorcée à partir de 2006 sera inversée et le secteur sucrier ne sera plus le principal fournisseur du pays en électricité.
«L?électricité est un produit stratégique en on ne peut confier sa production à n?importe qui», avait clamé Neeta Deerpalsing lors d?un débat télévisé peu de temps après le début du bras de fer entre le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et l?association des producteurs de sucre, la MSPA.
Des membres du comité de direction du CEB n?hésitent pas, aujourd?hui, à dire que le secteur sucrier est en mesure de tenir le pays en otage avec la part de production qui leur a été confiée à travers des aides du CEB.
En 2002, le CEB produisait 55 % des besoins en électricité du pays et l?industrie sucrière, appelée producteurs indépendants (Independent Power Producers) n?en produisaient que 45 %.
Cette année, le CEB ne produira que 46 % de nos besoins, principalement avec de l?huile lourde dans ses centrales thermiques. Une infime partie proviendra de ses centrales hydroélectriques. Les producteurs indépendants produiront cette année 54 % de nos besoins en énergie électrique. L?année prochaine, ce seront 58 % de nos besoins en énergie qui seront produits par les IPP avec de la bagasse et du charbon importé. On estime que si le plan B du CEB est mis en route, sa production énergétique augmentera avec la demande et sa fourniture surpassera celle de l?industrie sucrière.
La décision de la MSPA va aussi pousser le CEB à négocier des emprunts pour mener à bien ses projets de développements. Cela signifierait qu?il aura à revoir ses déficits et ses dettes.
En clair, il aura à revoir ses structures tarifaires. En effet, le CEB vend une unité d?électricité à 67 sous moins cher que le prix de production ou d?achat de cette unité. Une situation qui ne peut continuer. Reste à savoir comment et quand l?abcès sera crevé.
De l?électricité à Mare-Chicose</B>
Sotravic, un partenariat franco-mauricien responsable de l?enfouissement des déchets ménagers à Mare-Chicose, compte utiliser le méthane, un des gaz formés par la décomposition des déchets, pour produire de l?électricité. Il a ainsi remis au CEB une proposition pour la construction d?une centrale électrique à Mare-Chicose. Sotravic y construira, si son projet est approuvé, une centrale de trois mégawatts, pouvant produire 21 millions de kilowatts heures.
Le projet Sotravic est le dernier en date d?une longue liste de projets de production d?électricité. Il est question depuis peu de la construction d?une centrale hydroélectrique à la Nicolière. L?hydroélectricité ne présente qu?environ 3 % de notre production électrique. A Rodrigues, l?éolienne représente 2 % de la production et la capacité du parc sera triplée sous peu. Le «Chairman» du CEB, Patrick Assirvaden, s?est récemment rendu à La Réunion pour étudier de près le parc éolien de l?île s?ur, qui est en grande production et qui résiste, comme celui de Rodrigues, aux cyclones. Le premier parc éolien du pays pourrait être construit sous peu à Bigarra. La production d?électricité à travers un incinérateur à La Chaumière va de l?avant. Les promoteurs ayant obtenu l?aval du ministère de l?Environnement. Ils produiront de l?électricité en brûlant les déchets ménagers. Le CEB va également de l?avant avec la construction d?une centrale au charbon à Pointe-aux-Caves, avec un partenaire de Malaisie.
QUESTIONS À?
<B>Patrick Assirvaden</B> «Chairman» du CEB
● <B>Dans quelle mesure la décision des producteurs sucriers de ne pas s?engager davantage dans la production électrique peut affecter la fourniture de cette énergie à la population, surtout aux industriels ?</B>
Avec ce que nous sommes capables de produire en ce moment, le pays est assuré d?une fourniture adéquate jusqu?en 2010. Par nous, je veux dire les centrales du CEB et des producteurs indépendants, ou Independent Power Producers. Il n?y a aucune crainte à avoir.
● <B>La décision des producteurs sucriers regroupés au sein de la «Mauritius Sugar Producers Association» (MSPA) ne vous fait donc pas peur ?</B>
Ce n?est pas une question d?avoir peur. Chacun doit prendre ses responsabilités pour empêcher que le CEB et le pays ne soient l?otage de qui que ce soit. Ainsi, le comité de direction du CEB a pris connaissance avant-hier du plan B. Un plan d?urgence qui ne prend pas en considération l?apport en électricité des deux futures centrales que les producteurs sucriers allaient construire, c?est-à-dire FUEL et Savannah III.
● <B>Ce plan est-il une alternative à ces deux centrales ?</B>
Je ne peux dévoiler le contenu du plan. Mais il est évident qu?il contient des propositions pour permettre au CEB de satisfaire la demande au-delà de 2010 sans compter sur les centrales que les producteurs sucriers voulaient construire.
● <B>Ce qui veut dire que le CEB va, très probablement, se remettre à construire des centrales électriques. Etes-vous en mesure de le faire avec vos dettes et un déficit de presque Rs 900 millions, ces deux dernières années financières ?</B>
Nous en avons définitivement les moyens. A partir de 2008, nous payerons Rs 5 milliards par an aux producteurs d?électricité indépendants sur un chiffre d?affaires de Rs 8 milliards. Nous avons les moyens de payer ces Rs 5 milliards. Or, au lieu de payer cette somme aux producteurs indépendants, nous le ferons à une banque qui nous aurait prêté de l?argent pour construire nos centrales.
C?est comme si vous payiez une location de Rs 7 000 et que vous prenez un prêt bancaire pour acheter la maison que vous louez. Vous paierez Rs 7 000 pour le remboursement à la banque et la maison sera la vôtre dans 20 ans. Avec cette formule, le CEB sera propriétaire des centrales dans quelques années.
● <B>Quel type de centrale ?</B>
Toutes les options sont ouvertes. Nous ne négligerons pas la bagasse. Nous l?achèterons des petits planteurs. En effet, 35 % de la bagasse leur appartient.
● <B>Vous construirez avec «City Power» une centrale au charbon. Ce projet a donné lieu à une levée de boucliers ces derniers temps. Irez-vous quand même de l?avant ?</B>
Il faut que cesse cette grande hypocrisie. On produit de l?électricité avec du charbon à Maurice. Quand ce sont les barons sucriers qui utilisent le charbon, il n?y a pas de pollution. Il n?y a pas de campagne anti-pollution au charbon. Mais quand cette production vient d?une personne autre qu?un baron sucrier, là il y a pollution. Là, vous avez des campagnes contre la production de l?électricité par le charbon. Et vous avez des experts et des organisations non-gouvernementales qui montent au créneau. On est en train de duper les gens. Un point, c?est tout.
● Quelle est la part du renouvelable dans votre plan B ?</B>
L?éolienne et l?hydroélectrique font partie de notre plan B. Nous comptons mettre sur pied une centrale hydroélectrique à La Nicolière, un parc éolien à Bigarra, de doubler la capacité de production électrique par éolienne à Rodrigues. Sotravic, pour sa part, envisage de construire une centrale pour la production de l?électricité à Mare-Chicose à partir du méthane qui s?échappe des déchets ménagers en décomposition.
Gamma-Coventa compte produire de l?électricité à partir de l?incinération des déchets ménagers à La Chaumière. Nous avons aussi une demande de la part d?une compagnie étrangère pour la production d?électricité à partir des panneaux solaires.
● La décision de la MSPA paraît comme un «blessing in disguise» pour le pays, qui se tourne maintenant résolument vers le renouvelable. Pourquoi ne pas faire comme Electricité de France qui s?est lancée depuis peu dans une vaste campagne pour encourager les foyers à se doter de panneau solaire pour la production de l?énergie électrique ?</B>
Une telle politique de la part du CEB ne sera pas viable sans des aides et des encouragements de la part du gouvernement. Les panneaux solaires bénéficient de subsides dans plusieurs pays, notamment aux Etats-Unis et en Europe. Nous n?avons pas une telle politique à Maurice. Il nous faut créer un fonds pour cela ; le renewable energy fund.
● <B>Etes-vous disposé à encourager l?utilisation de l?énergie renouvelable sur une grande échelle ?</B>
Bien sûr. Pourvoir produire avec 100 % de renouvelable est l?idéal qu?on doit viser. Mais il faut aussi se dire que nous avons besoin de back-up. Le renouvelable est tributaire des caprices du climat et quand surgissent ces caprices, on doit pouvoir suppléer par une source alternative. Sinon c?est le délestage et le black-out. Le CEB a su éviter ce type de scénario aux Mauriciens.
Délestage et black-out étaient communs vers le milieu des années 70. Ce sont de vieux et mauvais souvenirs que le CEB entend éviter coûte que coûte à la population.
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