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Le calvaire des nouveaux propriétaires
Un grand deksi sur la table du milieu dans le salon. On le devine, cela n?a rien d?un objet de décoration. Mais chez Yantee Bundhoo c?est devenu un objet utilitaire. Car sa maison, comme toutes les autres du lotissement de la National Housing Development Company (NHDC) à l?Assurance, Dagotière, suinte de tous les côtés. Pourtant, ces constructions n?ont été livrées que depuis novembre de l?année dernière?
?Enn lapli kinz minit ase pou ki partou coumans coule?, affirme Sylvain Tuyau, un autre habitant de l?endroit en indiquant les traces d?eau sur les murs. Dans la cuisine, le papier peint s?est complètement décollé. ?Tou lacaz ici parey. Mo ti pe pey moins cas cot mo ti pe reste avan, me zame pa ti ena otan problem?. Si c?est la possibilité de devenir propriétaire de sa maison après vingt ans qui a séduit Sylvain Tuyau dans cette maison de la NHDC, il a vite déchanté, tout comme la majorité des habitants de cette cité.
Les problèmes ont commencé lors du passage de Gamede. Sylvain Tuyau raconte que pendant le cyclone, il a dû couper la fourniture d?électricité chez lui parce que l?eau s?était infiltrée derrière les commutateurs électriques à tel point que cela provoquait des courts-circuits.
Pour les habitants de l?endroit, il y aurait plusieurs raisons à ces suintements : tout d?abord, la dalle n?aurait pas été coulée, mais seulement posée, deuxièmement, l?absence de poutres et d?auvents et finalement les murs non crépis de l?extérieur. A l?intérieur, un seul des quatre panneaux est crépi. ?Nous aurions préféré que tous les panneaux de l?extérieur soient crépis plutôt qu?un seul à l?intérieur?, déclare Shirley, autre habitante d?une maison NHDC de l?Assurance.
Un ingénieur de la NHDC de Rose-Hill, responsable des maisons de Dagotière, nous explique qu?une nouvelle technologie, à savoir l?utilisation de blocs américains, a été utilisée pour la construction de ces maisons.
?Avec ces briques, le crépissage n?a pas lieu d?être. A sa place, on applique un produit sur les briques qui agit comme un enduit et le rend ainsi étanche.? Quant à la dalle, l?ingénieur explique qu??il y a une pré-dalle, préalablement coulée à l?usine, qu?on a posée. Ensuite, on ajoute l?épaisseur nécessaire sur place?. Cependant, force est de constater que les murs suintent toujours. L?eau amassée sur la dalle serait une cause possible. ?Me si dal la ti bon, li pa ti bizin coule coumsa?, affirme un habitant.
L?ingénieur de la NHDC assure que puisque c?est une nouvelle technologie, la garantie de la maison n?est pas d?un an seulement, mais de 18 mois. Il a déclaré qu?un état des lieux sera fait dès aujourd?hui. ?Si besoin est, l?entrepreneur sera convoqué pour mieux expliquer le problème?, a-t-il ajouté. Une nouvelle que les habitants ont accueillie avec soulagement. Ils estiment en effet que ?si rien n?est fait, à chaque nouvelle averse, la situation sera la même?. Non sans une pointe d?humour, Sylvain Tuyau lâche : ?Si ces maisons étaient livrées pendant le mauvais temps, je crois qu?elles n?auraient pas trouvé preneur.? Mais Shirley, elle, a du mal à cacher sa colère : ?Mwa depi enn mwa mo la, ek lakaz pe cloke, be dan enn an, ki pou ariv lacaz la. Dan okenn lezot la caz NHDC mo pann trouv sa.?
Eaux usées et insalubrité
Malheureusement pour les habitants, les maisons qui suintent n?est pas le seul problème. Noah, deux ans et demi, a le corps quasi couvert de boutons. Quatre autres enfants seraient dans le même état. Ce serait là, la conséquence du débordement du puits d?absorption principal. ?Monn fek amenn li lopital. Semenn dernie mo ti amenn so lot frer?, affirme Sylvain Tuyau. Les eaux sales seraient refoulées par les puits d?absorption se trouvant dans chaque cour.
A la NHDC, un préposé explique que ce serait un problème de raccordement avec la Waste Water Authority (WWA) qui en serait la cause. ?On voulait terminer le raccordement avant le cyclone, mais ce dernier a bouleversé nos travaux.?
Une autre source proche de la NHDC déclare que le raccordement au réseau de la WWA aurait dû être fait avant la livraison des maisons. Les eaux sales provoqueraient aussi l?apparition de rats et de moustiques ?Lera fatig nou. La mem linn rant dan mo sofa, li pe fini manz bann coussin?, déclare Dorothée Foolchand. ?Lera couma dir enn memb de la fami. Tou le swar, nou tann tapaz dan deksi?, ajoute Sylvain Tuyau.
A l?extérieur, les nids de poule sur des routes qui n?ont été asphaltées qu?à moitié s?emplissent d?eau sale? Pour les habitants de la cité NHDC de Dagotière, ce n?est là qu?une goutte d?eau dans un océan de difficultés.
Quand la maintenance fait défaut
Toujours montrée du doigt pour l?étanchéité, les drains bouchés, les dalles qui fuient, entre autres, la NHDC se défend. Son président, Asutosh Gunputh affirme que la compagnie ?does not wash hands with the inhabitants?. Il rappelle, dans la foulée, que la NHDC n?est qu?un promoteur.
Ne disposant pas de budget, elle ne peut, dit-il, assurer la maintenance de ses logements. Mais dépendant des situations, la compagnie tenterait d?offrir un service après-vente.
En cas de défauts structurels, tels que les fissures ou dalle qui fuit, la NHDC demande ainsi à son entrepreneur de faire les réparations. Cela grâce à la clause Default Liability Period, qui la lie à celui qui s?est chargé de la construction. Ces réparations peuvent se faire à la demande de l?habitant, dans un délai maximum de trois ans, en cas de défauts de construction uniquement.
Un poignet cassé ou encore la robinetterie abîmée après une mauvaise manipulation ne relève pas de la responsabilité de la NHDC. C?est aussi le cas pour les drains dont la maintenance devrait être assurée par les collectivités locales. Même pour ce genre de problèmes, les habitants font appel à la NHDC. ?Il y a la responsabilité de l?habitant qui doit avoir un moral commitment pour l?entretien ces infrastructures,? soutient Asutosh Gunputh.
Les problèmes récurrents sur la plupart des sites sont la pénétration d?eau à travers des fissures dans les murs et les dalles. Les habitants de Beau-Vallon ont affaire, depuis des années, à des dalles qui coulent alors qu?à la Caverne les maisons sont fissurées.
Il y a quelques années, devant l?état de certains appartements, qui coulaient énormément, la NHDC, soutenue par le gouvernement d?alors, avait injecté une somme de Rs 25 millions pour remettre en état les bâtiments et un montant similaire dans le système de tout-à-l?égout. Ces travaux avaient été entrepris à Dagotière, Camp-Levieux et La Tour Koeing.
A la suite de cela, la NHDC devait arrêter de construire des appartements. Techniquement, souligne le président, ce genre de construction réalisée dans le passé génère, dans bon nombre de cas, des problèmes : ?Nous allons construire des unités individuelles pour éviter ce problème et bien d?autres encore.?
Dans les habitations de la NHDC, avoir un syndic est crucial. ?La cohabitation exige un syndic, qui veille aux parties communes, mais malheureusement, le concept du syndic, n?est pas une idée qui a fait son chemin dans les habitations de NHDC,? dit Asutosh Gunputh.
Mais l?absence des syndics y a toujours été une faille importante. Le plus gros problème est la résistance pour les cotisations. Un projet de l?ancien gouvernement sur cette question n?a pas abouti. Une formule d?aide temporaire devait être proposée pour renflouer les caisses des syndics mais elle n?a pas été retenue.
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