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Le budget axé sur le contrôle des dépenses publiques

5 juin 2006, 00:00

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Le pays est à la veille de grandes manœuvres pour faire reculer le gaspillage. Le gouvernement envoie un signal fort dans cette direction en démantelant la Development Works Corporation (DWC). Le budget qui sera présenté vendredi contiendra des mesures fortes pour assurer la discipline dans les dépenses.

Lors de sa conférence de presse samedi (voir ci-dessous), le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a bien fait comprendre que son gouvernement ne se laissera guider dans ses choix que par des considérations de performance.

Ces propos suscitent à la fois espoirs, inquiétude et indignation dans divers milieux. Certains y voient une volonté ferme et courageuse d’introduire des réformes économiques urgentes. D’autres mettent en garde contre des mesures qui peuvent finir par aggraver la situation économique et sociale du pays. L’opposition dénonce pour sa part une tentative de manipuler l’opinion publique à la veille du budget.

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, avait récemment parlé de “budget de rupture”. Le Premier ministre fait sien de postulat et reprend à son compte le message de rigueur budgétaire, de restructuration économique.

Il peut compter sur le soutient de l’establishment du secteur privé et d’autres segments d’opérateurs qui sont réconfortés par cette démarche annoncée de s’attaquer à la mauvaise gestion des entreprises publiques. “Certains organismes étaient créés dans le passé dans un contexte différent. Les choses ont beaucoup évolué et certaines de ces organisations n’ont plus leur place aujourd’hui. La DWC est un bon exemple”, affirme Jacques de Navacelle, le président du Joint Economic Council. Pour ce dernier, il est grand temps que les organismes publics améliorent leur gouvernance et leur gestion financière.

“Le Premier ministre fait montre de courage pour résoudre les problèmes des organismes parapublics. Il y a une volonté pour amener plus de discipline dans les finances publiques”, constate Eric Ng, directeur du cabinet Pluriconseil.

Ajustement possible de la TVA

Mais le gouvernement est aussi à la recherche de nouvelles recettes pour essayer de rééquilibrer son budget à terme. La possibilité de nouvelles taxes, dont une hausse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), inquiète. Rama Sithanen n’a pas écarté l’éventualité d’un ajustement de la TVA lors du prochain budget. “Une hausse de la TVA dans le contexte actuel pénalisera la demande domestique. Or, avec les autres moteurs de croissance tels l’exportation et l’investissement privé qui sont à un niveau faible, une baisse de la consommation va compliquer la situation. C’est la demande locale qui a tiré la croissance au cours de ces dernières années”, fait remarquer Eric Ng.

Jacques de Navacelle soutient, lui, que l’Etat doit songer davantage à élargir la base fiscale au lieu d’augmenter la TVA. “Beaucoup de gens opèrent dans l’économie parallèle et ne payent pas les impôts. Il faudra les amener vers le fisc.”

Mais le discours de Navin Ramgoolam sur la discipline fiscale n’impressionne point l’opposition. “Il existe un climat social qui exprime un malaise profond. Le gouvernement est à court d’idées et il sait qu’il n’arrivera pas à présenter un budget qui redonnera espoir à la population. C’est la raison pour laquelle il utilise des subterfuges politiques et revient à chaque fois sur l’héritage soi-disant lourd de l’ancien régime”, s’insurge Nando Bodha, le leader de l’opposition.

Le secrétaire général du Mouvement socialiste militant rejette l’argument de marge de manœuvre serrée utilisé par le gouvernement à la veille du Budget. “La plupart des grosses dépenses de développement ont déjà été effectuées.”

Le Mouvement militant mauricien, de son côté, réagira aux propos du chef du gouvernement mardi, en conférence de presse.

La méthode de Navin Ramgoolam pour réduire les dépenses ne plaît pas aux syndicats non plus, déjà très remontés contre le gouvernement à cause de sa décision de revoir les lois du travail. “Le gouvernement élimine d’un seul trait la DWC qui a eu une grande contribution dans l’avancement de la justice sociale et dans le développement des infrastructures à Maurice. Il n’y a eu aucun dialogue pour essayer de trouver une solution. Le gouvernement cherche la confrontation”, s’insurge Toolsiraj Benydin, le président de la Fédération des syndicats du service civil.

Finie la Development Works Corporation

Le Premier ministre est monté au créneau samedi pour dire sa détermination d’en finir avec ces “trous sans fond” que sont devenus certains organismes parapublics. Première salve: le démantèlement de la DWC, organisme qui se retrouve avec une ardoise de plus de Rs 500 millions et qui n’arrive plus à répondre aux besoins du gouvernement en matière de travaux publics.

“C’est un avertissement aux autres organismes parapublics. Nous appliquerons les mêmes remèdes aux même maladies. Nous ne tolérerons plus les abus et l’inefficience. (…). Il n’y a pas de vaches sacrées. Tous les organismes doivent être productifs et doivent donner des résultats”, insiste le Premier ministre.

A une semaine du premier budget de l’Alliance sociale, le chef du gouvernement a fait un survol de la situation économique. Il s’était entouré de plusieurs ministres dont Rama Sithanen pour une rencontre avec la presse.

Le Premier ministre a brossé un tableau des “squelettes dans les placards” qu’il dit avoir hérité de l’ancien régime. Plusieurs entreprises publiques affichent de très mauvais résultats que le gouvernement devra prendre en compte lors du prochain exercice budgétaire. Navin Ramgoolam cite plusieurs cas de mauvaise gestion financière.

Pertes accumulées

La construction du centre de conférences Swami Vivekananda à Pailles a coûté Rs 620 millions, alors que les estimations initiales étaient de Rs 440 millions. L’ancien régime aurait emprunté Rs 200 millions auprès de la Banque de Maurice pour financer les montants additionnels. Or, dit Navin Ramgoolam, aucune provision n’est faite pour rembourser ce prêt.

Le gouvernement est aussi très concerné par la situation financière de Business Parks of Mauritius et sa filiale, Cyber Properties Investments Ltd. Leurs dettes pèsent dans les Rs 1,8 milliard.

Mauritius Post Ltd se retrouve, elle, avec des pertes de Rs 214 millions au 30 juin 2005. Les pensions liabilities des employés transférées à cette organisation se chiffrent à Rs 344 millions.

La State Trading Corporation (STC) a enregistré de son côté un déficit de Rs 360 millions au 30 juin 2005, sans compter des pertes accumulées de Rs 524 millions avant l’entrée en opération de l’Automatic Pricing Mechanism.

“Voilà le contexte dans lequel le ministre des Finances présentera le budget vendredi. Continuer dans cette direction n’est pas une option. Les retouches légères nous amèneront vers la catastrophe. Si nous laissons pourrir la situation, il y aura des pressions de la part des institutions internationales.”

Comment sortir du gouffre ? La restructuration financière des organismes non performants est à l’ordre du jour, même si le Premier ministre ne dit pas s’il y a d’autres agences qui emboîteront le pas à la DWC dans un proche avenir. Le fonctionnement de la Banque de développement sera complètement revu pour qu’elle puisse soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) de manière plus efficace et économique.

Le ministre des Finances, Rama Sithanen, indique qu’il se penche sur deux options possibles pour s’attaquer au déficit fiscal : contenir les dépenses et une mesure pour faire rentrer plus d’argent à travers la TVA. “La question de la TVA fait partie d’une policy mix que le Premier ministre et moi-même sommes en train d’étudier.”

Navin Ramgoolam a réitéré la volonté de son gouvernement d’apporter des réformes en profondeur à l’économie, notamment au niveau du marché de l’emploi. “La loi sur le travail est trop inflexible. Les entrepreneurs hésitent à recruter. Les changements que nous apporterons faciliteront le redémarrage de l’emploi.”

Le Premier ministre prépare le peuple

Sentiment d’urgence. Sentiment que le rendez-vous est important lorsque l’on monte les escaliers de l’Hôtel du gouvernement, samedi. C’était voulu. A une semaine du budget, le Premier ministre (PM), et son équipe, veut s’adresser à la nation. Il compte lui faire comprendre trois choses : que la conjoncture économique est catastrophique, que ce n’est pas de la faute de l’actuel régime mais puisque l’ancien avait mal géré le pays, donc le gouvernement ne peut que prendre le taureau par les cornes.

Comme pour préparer le Budget et en prélude à la conférence de presse de Navin Ramgoolam, le ministre des Finances avait déjà été envoyé au front pour expliquer à quel point la situation est grave et pourquoi le gouvernement ne peut payer plus que Rs 135 de compensation salariale. La colère de Sithanen et de Ramgoolam envers les syndicalistes “irresponsables” est calculée pour faire bien comprendre quel’Etat a l’intention d’être ferme. “Parce que nous n’avons pas le choix”, répète le PM à plusieurs reprises.

A la veille de la conférence de presse – la première depuis longtemps – Ramgoolam prépare le terrain lors d’une rencontre avec une association de professionnels telugu: “La situation est choquante”, ”il y a des squelettes dans le placard”, ”si on ne change pas de cap, nous allons droit vers un naufrage”.

Peur

Le lendemain, Navin Ramgoolam, l’air grave, lance des chiffres, les uns après les autres, pour bien faire comprendre la gravité de la situation. Le citoyen lambda qui écoute et qui ne comprend pas grand-chose à l’affaire ne retiendra qu’une chose : les chiffres, avec tous ces zéros, font peur et si cela continue ainsi, lui aussi risque un jour de se retrouver dans la situation des employés de la DWC.

Son langage est imagé pour tempérer la brutalité de ses propos. Mais le message est passé. Le gouvernement sera ferme: pas de productivité voudra dire pas de travail.

Ferme mais juste. “Heureusement que nous sommes un gouvernement socialiste”, ajoute Ramgoolam. “Nous sommes concernés par les employés de la DWC.” Un gouvernement qui se veut le protecteur des plus démunis. “Voyez ce qu’ils ont fait avec votre argent”, dit-il d’un ton outré. Le PM souhaite donner l’image d’un gouvernement responsable, qui ne règle ses pas comptes et veut “tenir un langage de vérité”. Sauf une fois, lorsqu’il nomme Paul Berenger ”qui tro kone ek ki pa bizin rapor”, Navin Ramgoolam ne cite pas ses adversaires, qu’il accuse d’avoir mené le pays à la dérive. Il parle de “zot”, ces anciens dirigeants qui ont “agi avec une telle irresponsabilité que cela déborde sur le criminel”.

Même le bouquet de fleurs qui décore la table à laquelle est assis le PM illustre la situation. Plus modeste que d’habitude, il symbolise presque la nécessité de se serrer la ceinture.

A l’heure des questions, Navin Ramgoolam est aimable, poli, mais reste ferme. Sithanen, à côté, est plus grave, un peu moins relax, même s’il arborait un sourire tout au long du monologue de Ramgoolam. Les autres ministres sont crispés et écoutent attentivement.

Ils entourent leur chef à la fin, après un “à vendredi” de Navin Ramgoolam qui ne présage rien de bon. Pour le féliciter mais surtout pour mettre en scène ce qu’il disait plus tôt : “Ce ne sera pas le budget de Rama Sithanen ou le budget de Navin Ramgoolam. Ce sera le budget de l’équipe gouvernementale.”

Après toute l’opération de communication du gouvernement, personne ne s’attend à des cadeaux, vendredi. Si le message est passé comme l’ont souhaité les dirigeants, le peuple pourrait même justifier ces mesures fermes et impopulaires que l’on présage.

Si le deuxième gouvernement de Ramgoolam arrive à faire avaler cette pilule eminémment amère à une population habituée à recevoir des bonbons, il aura gagné son pari. Du coup, on ne tiendra presque plus rigueur à la MBC d’avoir imposé sa conférence de presse à tous les Mauriciens sur les trois chaînes de la télévision nationale samedi soir…

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