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Le «camarade Navin»

24 septembre 2004, 20:00

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Avec la fin du communisme, on pensait logiquement que la question des classes allait également s?effacer graduellement. Mais il est des sociétés qui ne cultivent pas que les préjugés. Elles se signalent aussi par une propension à cultiver les anachronismes. Aux Etats-Unis, par exemple, George W. Bush a décrété une croisade, celle du bien contre le mal.

A Maurice, certains, à l?image de notre leader de l?opposition, ont redécouvert les vertus de la lutte des classes. Même si ce discours est coupé de la réalité, il n?en demeure pas moins qu?il y a une contestation de la mondialisation qui emprunte aux canons de la pensée anticapitaliste.

On aurait pu penser qu?un tel exercice est sain pour l?économie mauricienne. Toutefois, le leader du PTr a un autre agenda et sa lutte des classes rime trop avec des enjeux de race. Et le retour à l?idéologie qu?il prône s?articule autour d?un concept majeur, celui de «majorité».

Le rêve d?un paradis sans classes a été trop projeté pour pouvoir encore attirer. Même les plus crédules sont devenus des cyniques. Certes cyniques mais pas indifférents aux promesses d?une nation déterminée par l?ethnicité et la religion. C?est ce vieux fantasme que Navin Ramgoolam nous sort parmi les accessoires idéologiques de son arrière-boutique politique. Il ne fait aucun doute que, derrière la notion de «majorité», se met en scène toute une stratégie à caractère sectaire. Il est néanmoins pertinent aujourd?hui de se poser des questions sur les modes de classification de la société mauricienne. Car s?il y a retour d?idéologie, il y aurait également retour de race. Dans une telle conjoncture, il est plus aisé d?antagoniser les relations sociales, de faire remonter à la surface les haines les plus viscérales et de faire de la frustration la motivation première dans le choix électoral.

Aujourd?hui, le «camarade Navin» peut s?enorgueillir de cristalliser le rejet de la classe possédante. Sa stratégie politique devient, en conséquence, très simple. Il se consacre à constituer un vivier électoral qui recoupe à travers toutes les frustrations pour s?opposer à la classe possédante. L?efficacité de cette stratégie dépend aussi de la stratification sociale.

A ce jour, un certain éclatement, pour ne pas dire fracture, de la classe moyenne appuie la man?uvre électorale de Navin Ramgoolam. Une classe moyenne fragmentée signifie des pans entiers de la population qui ne se sentent plus sécurisés et qui vivent dans la peur de basculer dans la spirale de la paupérisation.

Un contexte mondial précaire où prédominent les théories libérales vient donner encore plus de poids au plan de bataille de Navin Ramgoolam. C?est en cela aussi qu?il est regrettable qu?il n?y ait pas une contestation rationnelle de la politique économique du gouvernement. Parce que cette critique est possible. Parce qu?elle peut faire la démonstration qu?il y a une politique économique possible autre que celle du FMI et de la Banque mondiale. Sur ce plan aussi bien que sur celui de la politique socio-culturelle, le PTr profite des faiblesses et des erreurs de la majorité gouvernementale.

Quelque part, c?est à une confrontation entre un courant populiste mâtiné à la sauce communiste et un courant libéral paré d?un programme social qu?on pourrait assister aux prochaines élections législatives. Dans tous les cas de figure, le «camarade Navin» est celui qui joue le plus gros. Car, dans l?éventualité que Pravind Jugnauth finisse par occuper le poste de Premier ministre, Navin Ramgoolam risque de devenir le nouvel éternel leader de l?opposition.

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