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L?avocate iranienne Shirin Ebadi récompensée
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L?avocate iranienne Shirin Ebadi récompensée
Pour la onzième fois seulement en plus d'un siècle d'existence, le prix Nobel de la Paix a été décerné hier à Oslo à une femme, l'avocate iranienne Shirin Ebadi, distinguée pour son action en faveur des droits de l'Homme et de la démocratie.
Le Comité norvégien Nobel a tenu à saluer le parcours d'Ebadi, première Iranienne à être devenue juge avant la Révolution islamique de 1979, qui l'a forcée à quitter son poste.
En tant que magistrate, elle s'était attachée à défendre les droits des femmes et des enfants. Ebadi l'a emporté parmi un nombre record de 165 candidats «nominés», dont des personnalités telles que le pape Jean Paul II et l'ancien président tchèque Vaclav Havel.
«Je suis très heureuse et très fière», a-t-elle déclaré à la chaîne de télévision publique norvégienne NRK, qui l'a contactée au téléphone à Paris.
«C'est très bien pour moi, c'est très bien pour les droits de l'Homme en Iran, c'est très bien pour la démocratie en Iran et tout particulièrement pour les droits des enfants en Iran.» «Elle ne voit aucune contradiction entre l'islam et les droits fondamentaux de l'Homme», a déclaré le président du comité Nobel, Ole Danbold Mjoes.
«Nous espérons que ce prix inspirera tous ceux qui luttent pour les droits de l'Homme et la démocratie dans son pays et dans le monde musulman ainsi que dans tous les pays où le combat pour les droits de l'Homme a besoin d'inspiration et de soutien», a-t-il ajouté.
Le Nobel de la Paix, attribué l'an dernier à l'ancien président américain Jimmy Carter, comporte une bourse de dix millions de couronnes suédoises (1,32 million de dollars) et sera remis à Oslo le 10 décembre.
Ebadi a fait savoir qu'elle se rendrait dans la capitale norvégienne pour recevoir son prix en personne. Elle s'est déclarée surprise, avouant ne pas avoir encore réfléchi à la façon dont elle utiliserait cette somme. Ebadi avait déjà remporté en 2001 en Norvège un prix récompensant son action dans le domaine des droits de l'Homme, le prix Rafto.
«Dans mon pays, l'Iran, on lutte toujours pour la démocratie et les droits de l'Homme», écrivait-elle cette année. «Le peuple iranien veut réformer son système politique et juridique», a-t-elle ajouté. «Il proteste contre la minorité qui détient le pouvoir.»
Les autorités iraniennes n'ont pas, pour l'instant, réagi aux choix du comité Nobel.
Promouvoir les courants modérés
Les analystes estiment que le comité Nobel, composé de cinq membres dont trois femmes, a voulu en distinguant Ebadi encourager le changement et la réforme plutôt que récompenser l'oeuvre d'une vie, comme cela aurait été le cas avec le pape ? dont beaucoup craignent, en raison de l'aggravation de son état de santé, qu'il touche à la fin de son pontificat ? ou Havel.
Ils soulignent, en outre, la volonté clairement affichée par le comité Nobel, après les attentats du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis, de promouvoir les courants modérés dans le monde musulman pour éviter tout «choc des civilisations» qui pourrait résulter des interventions militaires américaines en Afghanistan et en Irak.
De nombreux chercheurs estiment en outre que les prises de position du souverain pontife sur le contrôle des naissances, les relations sexuelles prémaritales, l'homosexualité et l'ordination de femmes prêtres pouvaient paraître démodées et intolérantes à la société norvégienne, surtout sa composante féminine - majoritaire au sein du comité.
Le comité souhaiterait ainsi également soutenir le mouvement démocratique en Iran, un pays placé par le président américain George Bush sur un «axe du Mal» comprenant également l'Irak de Saddam Hussein et la Corée du Nord, accusés de chercher à acquérir des armes de destruction massive.
Alistair Doyle
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