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L?autre visage du cinéma indien

24 septembre 2006, 00:00

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Son cinéma n?avait pas de quoi faire rêver la masse. Pour faire de l?art, Shyam Benegal choisit de privilégier l?esthétisme avec pour objectif une contribution soutenue pour faire évoluer les mentalités.

Ce formateur du Film Institute of India, est auréolé de nombreux prix, dont le Filmfare Award du Meilleur réalisateur pour l?excellent Junoon, et d?une reconnaissance internationale acquise aux biennales et au Festival de Cannes.

Il reste, trente ans après Ankur, sa première ?uvre cinématographique, le pionnier d?un cinéma parallèle en Inde, celui qui, loin des carcans bollywoodiens, a osé montrer un autre visage de l?Inde.

Son cinéma, sensible et ouvertement engagé, s?est rapidement démarqué, bien avant que le cinéma indien n?ait un quelconque attrait pour le monde occidentalisé.

Aujourd?hui que le cinéma indien ose se démarquer de ses propres conventions, Shyam Benegal fait ainsi figure de pionnier dans cette recherche personnelle pour mettre à nu les problèmes de caste, de religion, l?exploitation des femmes, les rapports entre le sexe et le pouvoir, entre autres. « Films can sensitise, but nobody can claim the changes », explique Shyam Benegal.

Trente ans après ses débuts dans le cinéma engagé, Shyam Benegal est revenu sur la nouvelle donne qui régit le cinéma indien d?aujourd?hui. L'apparition de 130 chaînes de télévision qui inondent le paysage audiovisuel indien, a redéfini les aspirations des Indiens. L?accès aux images venues de l?étranger, a éliminé les nombreuses frontières entre cinéma commercial et cinéma indépendant. Cette nouvelle culture de l?image a ainsi permis l?avènement de nombreux multiplexes.

Ces salles de cinéma high-tech, projettent en même temps, divers films, de tous les genres. Le public peut ainsi choisir le long-métrage qui l?intéresse, bien que les films dits « indépendants », constituent très souvent l?apanage d?une certaine élite.

Difficultés pour les réalisateurs

L?avènement des chaînes locales indiennes a ouvert la voie à de nombreuses séries télévisées, dont la population indienne est très friande. Ces séries permettent l?émergence de nombreuses productions, souvent, malheureusement, au détriment de l?art. « Les opportunités de travailler dans le milieu de la télévision sont nombreuses grâce à cette prolifération de chaînes de télévision que l?Inde connaît depuis ces derniers temps. Il faut très souvent travailler dans l?urgence et cela laisse peu de place à la création. C?est très rare que les scripts exigent une performance d?acteur qui sorte de l?ordinaire. Pire, les acteurs veulent être perçus comme des stars plutôt que des artistes. »

Ce sont hélas les diktats du commerce, et le cinéma, malgré toutes ses bonnes intentions, reste une industrie à laquelle les producteurs, même s?ils sont pas moins de 15 000 en Inde, refusent de perdre leurs investissements.

Les subventions gouvernementales pour financer les films sont de plus en plus rares depuis les années 90. Sans investissements adéquats, aucun film ne peut être réalisé.

Pour mener à bien ses projets cinématographiques, Shyam Benegal choisit de mettre la main à la poche. Il sait également qu?il peut compter sur le soutien de ceux qui le font confiance depuis ses débuts. Il a deux projets en gestation. L?un concerne une adaptation du célèbre opéra de Bizet, Carmen, sur une musique du grand A.R. Rehman, puis un projet autour des changements survenus dans un petit village de l?Inde et l?impact sur ses habitants.

En l?absence de soutien financier adéquat, certains jeunes réalisateurs se tournent vers l?étranger ou cherchent à s?auto-produire. Le financement reste un réel obstacle à l?éclosion d?un cinéma indien plus libre de ses mouvements. Reste qu?un film dit indépendant gagne en crédibilité dans son pays d?origine s?il a plu à l?étranger. Ces films encensés par les critiques à l?étranger, peuvent ainsi faire carrière en Inde.

D?une grande intelligence et intarissable lorsqu?il s?agit de parler de sa profession, Shyam Benegal a mis en exergue certaines réalités propres au cinéma indien, un cinéma prolifique qui bénéficie aujourd?hui d?une aura internationale.

Zubeida à l?affiche cet après-midi

Dernier rendez-vous avec la rétrospective des films de Shyam Benegal, cet après-midi à 16 heures au Centre Indira Gandhi pour la culture indienne, Phoenix. Au programme, Zubeida, auréolé du National Film Award, avec Karishma Kapoor qui a obtenu le Filmfare Critics Award pour ce rôle de roturière devenue princesse. Entrée gratuite. Le film est sous-titré en anglais.

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