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La torture alléguée de Maigrot évoquée au tribunal

18 octobre 2005, 20:00

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Bernard Maigrot a-t-il été torturé par les membres de la Criminal Investigation Division (CID) de Curepipe, notamment l?inspecteur Prem Raddhoa ? Il s?en est, en tout cas, plaint. Et sa plainte date du 25 avril 2001. L?inspecteur Mumtazally Chamroo, Police Prosecutor, l?a confirmé hier au tribunal de Mapou. Maigrot comparaissait devant le magistrat Azam Neerooa dans le cadre de l?enquête préliminaire sur le meurtre de la styliste Vanessa Lagesse, retrouvée morte dans la baignoire de son bungalow, à Grand-Baie, le 10 mars 2001. Crime dont Bernard Maigrot est provisoirement accusé.

L?inspecteur Chamroo a été soumis à un feu roulant de questions de Me Ivan Collendavelloo, Senior Counsel et avocat de Bernard Maigrot. Il a voulu obtenir du Police Prosecutor des renseignements précis se trouvant dans le dossier à charge afin de mieux préparer le contre-interrogatoire des témoins de l?accusation qui défileront à la barre.

Aucun témoin n?a déposé hier. Me Prameeta Cheetoo, Principal State Counsel, assistée de Mes Nirupa Narayen et Hary Munisamy, a ajouté seize témoins à la liste. Me Collendavelloo n?a pas objecté. L?inspecteur Chamroo a ensuite produit le certificat de naissance et de décès de Vanessa Lagesse.

Répondant aux questions de Me Collendavelloo, il a affirmé que Bernard Maigrot a consigné quatre dépositions lors de son arrestation. La première a été rédigée le 24 mars 2001 par le sergent Nookaloo, à la Major Crime Investigation Team (MCIT). La deuxième par le sergent Beeharry, le même jour, à la CID de Grand-Baie. La troisième par le surintendant Bala Kamatchi au quartier général de la police, aux Casernes centrales, le 18 mai 2001. Le surintendant Prem Raddhoa a, lui, rédigé une autre déposition de Bernard Maigrot le 23 avril 2001 vers 20 h 45 au poste de police de Midlands.

Chaque poste de police, a indiqué le Police Prosecutor, dispose d?un Diary Book (DB) dans lequel sont inscrits tous les mouvements des policiers ou des membres de la société civile. Toutes les entrées sont numérotées. Me Collendavelloo lui a alors demandé de vérifier dans le DB du poste de police de Midlands, du 23 avril 2001, le nom de l?officier qui était en charge.

A la question de savoir s?il avait en sa possession la déposition consignée par l?accusé le 25 avril 2001, à 12 h 05, à la Special Supporting Unit (SSU) No 4, rédigée par le sergent Cheddy en présence du surintendant Ramkaun, il devait répondre qu?il doit vérifier. Le magistrat a alors levé la séance pour lui permettre de le faire. Il devait confirmer l?information à la reprise et ajouter que la déposition de Maigrot concerne une plainte faite à la police.

Q : Quelle est la nature de la plainte ?

R : Bernard Maigrot allègue avoir été torturé.

Q : Par qui ?

R : Par les officiers de la CID.

Q : Selon le dossier de la police, est-ce que les officiers mis en cause ont été interrogés ou donné leur version ?

Me Cheetoo a alors objecté mais n?a pas insisté après l?explication de Me Collendavelloo.

R : Les officiers de la CID ont consigné une déposition.

Q : Pouvez-vous donner leurs noms ?

R : Le surintendant Raddhooa a donné sa déposition le 28 avril 2001 à la CID de Curepipe, le sergent Vincent le 14 décembre 2001, le caporal Fareedhun le 5 décembre 2001, le sergent Adam le 4 décember 2001, le constable Dookhoony le 7 décembre 2001, le constable Jaumeer le 12 décembre 2001, le caporal Ahamedally le 5 décembre 2001 et le constable Goolap le 19 décembre 2001.

Q : Qui était responsable de cette enquête ?

R : Plusieurs officiers.

Q : Qui était en charge ?

R : Je ne sais pas.

Q : Pourquoi les noms du sergent Cheddy, qui a rédigé la déposition de Bernard Maigrot, et celui du surintendant Ramkaun ne figurent pas sur la liste des témoins ?

R : Je ne peux l?expliquer.

Q : Est-ce qu?il y a, dans le dossier de la police, une indication qu?une parade d?identification a été tenue après la déposition de Bernard Maigrot ?

R : Je dois vérifier.

Q : Y a-t-il , dans le dossier de la police, que Bernard Maigrot a accompagné la police sur les lieux où il dit avoir été torturé ?

R : Je dois vérifier.

A une autre question, l?inspecteur Chamroo a indiqué qu?au moment où Bernard Maigrot a fait une requête pour être accompagné par la police sur les lieux où il aurait été torturé, il était toujours en détention.

Q : Etes-vous d?accord que quand quelqu?un vous dit qu?il a été victime de violence, il doit être conduit sur les lieux où il a été brutalisé ?

R : ça dépend des circonstances.

Q : Quelles circonstances ?

R : Cela dépend de la gravité du délit.

Q : En tant que policier considérez-vous une torture comme un délit sérieux ou mineur?

R : Une torture peut être un incident mineur. Cela dépend de la gravité des blessures.

Q : Est-ce que vous vous basez sur les ?Standing Orders? de la police ?

R : Non.

A ce stade, Me Collendavelloo a donné lecture d?une partie du rapport du médecin légiste.

Q : Considerez-vous les blessures mentionnées par le Dr Boolell comme étant mineures?

R :Je ne suis pas familier avec les termes médicaux.

L?avocat devait alors citer entre autres blessures subies par Bernard Maigrot, celles décelées aux bras, au coude, aux genoux. Il a aussi eu les testicules gonflés.

Q : Pensez-vous que ce sont des blessures mineures ?

R : Je ne peux vous dire si elles sont sérieuses ou mineures.

Me Collendavelloo a ensuite demandé au Police Prosecutor de vérifier si des gens ont consigné des dépositions, en 2002 et 2003, dans le cadre de cette affaire et si des pièces à conviction ont été envoyées à l?étranger. Il a aussi réclamé des dépositions consignées par Mes Patrice de Spéville, Mamade Boccus et Dev Yerriah, ainsi que les noms de ceux qui ont porté plainte à la police. Les prochaines audiences ont été fixées au 28 octobre et aux 7 et 14 novembre.

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