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La saison des évadés
Les services de police sont sur les dents. Rien que depuis le début de cette année, ils ont été mobilisés pour retrouver pas moins de dix fugitifs qui sont parvenus à prendre la poudre d?escampette alors qu?ils étaient détenus dans une cellule, dans une prison ou encore dans un foster home. Et cela sans compter les autres nombreux auteurs de crimes actuellement recherchés par la police.
Alors que certains montrent du doigt l?incompétence des autorités à gérer la population carcérale, d?autres ne manquent pas de souligner que, par le passé, des évasions ont été rendues possible grâce à la complicité de certains officiers à l?intérieur même des institutions carcérales.
Pour les officiers de la Criminal Investigation Division (CID), l?année commence sur les chapeaux de roue. Jean Jeanot L?Aimable, Kevin Yogessen Baboolall et Patrick Gaëtan Rioux, sont arrêtés pour avoir commis plusieurs vols avec violence et sont placés en détention au poste de police de Terre-Rouge. Mais dans la soirée du 21 janvier, tous trois parviennent à s?éclipser de leur cellule au nez et à la barbe de l?officier chargé de les surveiller.
<B>« Oublié » de refermer la porte menant aux cellules
Ce dernier avait tout simplement « oublié » de refermer la porte menant aux cellules, ce qui a ainsi permis aux détenus de prendre la fuite sans grande difficulté. Craignant d?être tenu pour responsable de l?évasion des détenus, le jeune constable s?est alors prêté à une mise en scène. Il a ainsi enlevé deux barreaux de la salle de bains du poste de police pour faire croire que les suspects auraient pris la fuite en passant à travers la fenêtre.
Interrogé par les enquêteurs du Central Criminal Investigation Department (CCID), il est toutefois rapidement revenu sur sa version des faits et a expliqué avoir commis une faute. Il a aussitôt été suspendu de ses fonctions.
Deux jours plus tard, c?est au tour de cinq adolescentes, placées au foster home de Forest-Side, d?échapper à la vigilance de leurs surveillantes et de disparaître dans la nature. Ce n?est qu?au milieu de la nuit que l?une des surveillantes aurait « noté » l?absence de ces jeunes filles et aurait immédiatement donné l?alerte. Elles seront retrouvées le lendemain après-midi à Blue-Bay. Informé de cette énième fugue, le ministère de la Femme réclame qu?une enquête interne soit initiée pour situer les responsabilités.
La série noire se poursuit le 25 janvier avec l?évasion de deux détenus de la prison de Petit-Verger. Teekam Bhookhun et Éric Daviole, écroués pour vols, font partie de la vingtaine de prisonniers affectés à l?entretien du poulailler. En ce jeudi matin, ils s?adonnent comme à l?accoutumée à leurs tâches, lorsque le policier responsable de la surveillance s?éloigne quelques instants pour recevoir des consignes de son supérieur hiérarchique.
Il n?en faut pas plus pour que Teekam Bhookhun et Éric Daviole mettent à profit ces quelques minutes sans surveillance pour mettre à exécution leur plan d?évasion. Ils se sont alors saisis d?un madrier qu?ils ont posé au pied du mur d?enceinte avant de l?escalader. Toutefois, Éric Daviole devait être rattrapé vendredi, alors que son complice fait toujours l?objet d?une recherche intensive.
« L?on pourrait croire que la série à succès, Prison Break, a fait des émules », commente non sans une pointe d?humour un officier de la CID chargé de mettre la main sur ces fugitifs. Ces évasions en série viennent selon lui mettre en avant « de nombreuses lacunes » des autorités dans leur ensemble. « Toutes ces évasions en l?espace d?un mois sont intolérables. C?est une véritable hémorragie. Même si l?on peut parler de laxisme des policiers présents à ces moments-là, on ne peut tout de même pas les accuser d?être les seuls responsables », laisse entendre un haut gradé de la police.
Et de préciser cependant qu?aucune indulgence ne sera accordée au jeune policier affecté au poste de police de Terre-Rouge qui a tenté de masquer son erreur en faisant croire que les détenus avaient scié les barreaux pour s?évader.
Pour illustrer le laxisme qui « gangrène » également le milieu carcéral, un garde-chiourme à la retraite nous fait part d?une évasion « rocambolesque » qui a eu lieu il y a un peu plus d?un an. L?on se souvient, en effet, d?un cas qui avait fait bruit lorsqu?un détenu de la prison de Petit-Verger s?était enfui sans même être inquiété. Les gardes-chiourme avaient attendu le lendemain matin pour donner l?alerte et entamer les recherches.
Et d?ajouter que dans certains cas extrêmes, il arrivait que des prisonniers « quittent » la prison pendant plusieurs jours avant de revenir « comme si de rien n?était » dans leur cellule. « L?univers carcéral a longtemps été un endroit clos, mais cela a radicalement changé ces dernières années avec les violences qui ont notamment trouvé écho dans la presse. Il était temps que les autorités y mettent de l?ordre », laisse-t-il entendre.
<B>Manque de formation des gardes-chiourme</B>
Le précédent commissaire des prisons, Bill Duff, avait ainsi entrepris de mettre en place des mesures appropriées pour mater l?indiscipline qui règne au sein de la population carcérale. Loin de privilégier la répression, Bill Duff avait préféré concentrer ses efforts sur la réinsertion des prisonniers ainsi que sur la réorganisation interne des prisons. Son successeur, Lingamanaicka Vijayanarayanan, est, quant à lui, beaucoup moins communicatif, préférant agir loin du feu des projecteurs.
D?aucuns estiment que la sécurité des lieux de détention devrait être renforcée alors que d?autres font ressortir le manque de formation des surveillants et des gardes-chiourme. « Des mesures doivent être et seront prises pour empêcher que de telles situations se reproduisent même s?il faut reconnaître que nous ne pourrons jamais garantir à 100 % qu?il n?y aura plus jamais d?évasion », explique-t-on du côté des Casernes centrales.
En attendant que des mesures efficaces soient mises en place, les évasions, sans parler des tentatives avortées, se succèdent dans les lieux de détention à une allure inquiétante.
<B>25 janvier 2007</B>
Deux prisonniers, Teekam Bhookhun (23 ans) et Éric Daviole (25 ans), détenus à la prison de Petit-Verger, sont parvenus à tromper la vigilance du gardien jeudi après-midi et à prendre la fuite.
Les évadés, qui avaient été écroués pour avoir commis des vols avec violence, ont profité de l?absence momentanée de leur gardien pour escalader le mur d?enceinte de la prison. À hier, Teekam Bhookhun était toujours recherché, alors qu?Éric Daviole a été arrêté vendredi après-midi.
<B>23 janvier 2007</B>
Cinq adolescentes, placées dans le « probation home » de Forest-Side, ont pris la poudre d?escampette dans l?après-midi de mardi. C?est aux alentours de 17 heures que leur absence a été notée par les officiers en charge. Les adolescentes ont été retrouvées le lendemain à Blue-Bay.
<B>21 janvier 2007</B>
Jean Jeanot L?Aimable, Kevin Yogessen Baboolall et Patrick Gaëtan Rioux, détenus au poste de police de Terre-Rouge, s?évadent en passant par la « port divan ». Jean Jeanot L?Aimable et Kevin Baboolall sont arrêtés trois jours plus tard.
<B>26 mai 2002</B>
Margéot Ravina s?échappe de la prison La Gueule, à Rodrigues, et sème la panique dans l?île. Il s?empare, lors de sa fuite, de deux revolvers et de grenades lacrymogènes. Ce détenu avait été arrêté en 2001 pour meurtre. Plus de 225 policiers seront mobilisés pour lui remettre la main dessus.
<B>22 novembre 2001</B>
Prabhugee Meetoo et Ahmad Reshad Khaidoo s?évadent de la prison de Grande-Rivière. Ils ont scié les barreaux de leur cellule avant d?escalader le mur d?enceinte de l?établissement carcéral. Leur évasion poussera les autorités à revoir la sécurité des prisons.
<B>31 juillet 1999</B>
Dharmarajen Sabapathee, Alex Antoine Lionel, alias Dalon, Mohammad Tallat Jugessur, dit Kojak, Jeewanrasing Ramessur et Clifford Kersley parviennent à s?échapper du centre de détention de La Bastille. Tous seront repris, sauf Sabapathee qui a été abattu pas les policiers.
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