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La presse et la police mises à l’index

3 octobre 2005, 20:00

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“Une campagne persistante et bien orchestrée a été menée par la presse et par la police contre mon client Bernard Maigrot avant le procès pour démontrer qu’il est déjà coupable du meurtre de la styliste Vanessa Lagesse.” Il s’agit de l’argument principal de Me Ivan Collendavelloo, Senior Counsel, avocat de la défense dans l’enquête préliminaire dans cette affaire de meurtre. Bernard Maigrot est provisoirement accusé d’avoir tué Vanessa Lagesse. Celle-ci a été retrouvée morte dans la baignoire de son bungalow à Grand-Baie le 10 mai 2001.

L’audience d’hier au tribunal de Mapou, devant le magistrat Azam Neerooa, était consacrée aux débats sur la motion de la défense pour arrêter l’enquête préliminaire. Me Collendavelloo veut démontrer que son client est victime d’une publicité défavorable avant même le début de l’affaire (pre-trial publicity).

Lors de son exposé, l’avocat s’est longuement référé à la presse et aux enquêteurs de la police. Selon lui, les articles parus ont porté préjudice à Bernard Maigrot. Il cite l’article 10 de la Constitution, lequel garantit que tout accusé a droit à un procès équitable. Selon lui, la pre-trial publicity est un obstacle au procès envisagé et les droits constitutionnels de son client ont été bafoués.

L’avocat s’est d’abord référé aux procès de sir Bhinod Bacha et de sir Gaëtan Duval QC. Il a rappelé que le Senior Puisne Judge Bernard Sik Yuen avait rayé le premier cas en cour d’assises. Dans l’énoncé de sa décision (ruling), le juge avait alors trouvé que Bacha était victime d’un procès par la presse (trial by the press) avant le début de l’affaire en cour. A propos du procès contre sir Gaëtan Duval, la cour avait jugé le procès injuste : le délai entre le délit et l’institution d’une enquête préliminaire était trop long.

“Les fuites de la police”

Selon Me Collendavelloo, les commentaires et les interviews parus dans la presse sont trompeurs (misleading) et méprisants (contemptuous) envers son client, lequel n’est pas, dans ces conditions, protégé par les dispositions de l’article 10 de la Constitution. Il s’est dit convaincu qu’une large couverture affecterait l’issue du procès (extensive coverage will affect the outcome of the trial). Il a fait état de divers articles qui, selon lui, sont en fait des fuites divulguées (leaked) par des enquêteurs aux journalistes pour faire croire à la culpabilité de son client. “Cette mascarade doit cesser”, a-t-il lancé.

Il a rappelé qu’un des principaux enquêteurs, quelques jours avant le début de l’enquête préliminaire, déclarait à la presse qu’il prouvera la culpabilité de Bernard Maigrot. Selon l’avocat, il s’agit bien d’une circonstance appropriée pour la défense de présenter la motion d’interruption de l’enquête préliminaire dès avant le début des travaux.

Lui donnant la réplique, Me Prameeta Cheetoo, Senior State Counsel, assistée de Me Munisamy et de l’inspecteur Mumtazally Chamroo, a soutenu que la motion est prématurée. Rappelant l’affaire Bacha, l’avocate de la poursuite a soutenu que les circonstances étaient différentes : il s’agissait du début d’un procès aux assises, contrairement à l’enquête préliminaire actuelle. De plus, selon elle, le magistrat doit entendre différents témoignages avant sa prise de décision. En outre, un cas allégué d’abus de procédure doit être traité devant un juge.

Après les débats, le magistrat a renvoyé l’affaire au 17 de ce mois pour faire connaître sa décision.

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