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La piété imprimée dans la terre
Aspiration légitime. Celle de l?homme qui veut devenir dieu. Façonner un univers, maîtriser les éléments. Dompter l?eau et la terre pour en tirer des créatures où brille l?étincelle de la divinité. Les doigts minces de Vimal Sackaram inversent le processus pour libérer sa créativité. Dans le salon familial à Glen-Park, Vacoas, l?adolescent a poussé tous les meubles. Depuis plus d?un mois, le vinyl à carreaux verts est quotidiennement maculé de terre. C?est Vimal qui fabrique des statuettes à l?image de Ganesh.
Assis sur une chaise d?enfant, il ne prend même pas la peine de repousser la mèche qui lui barre le front. Ses mains sont tout entières occupées à modeler la terre. Matière malléable qui vient de loin. Avant d?arriver dans le salon des Sackaram, c?est « avek de troi kamarad, » que Vimal est allé la chercher « par bal entier dan karo kann Baie- du-Cap. »
Pourquoi si loin ? « La ter la kouma enn mastik. » La preuve, il n?y a qu?à voir ses mains couleur de pâte à modeler. Une à une, il enlève racines et pierres avant d?installer le matériau sur un carré de contreplaqué.
Et l?homme devenu dieu peut commencer. Energiquement d?abord. Sans répit, Vimal pétrit la terre. Il y met toute la force de ses convictions. « En 2001, mo ti rev bondie la. Lendemin, mo tonton finn propoz moi fer bann statuet. »
Sa première création, il s?en souvient avec un sourire en coin. Encore une fois, il se lève de sa petite chaise d?enfant. Ramène un album de ses créations. « Mo ti pren enn semain pou fer sa premie stati la. Aster mo pren enn zour, enn zour et demi. »
<B>LES BASES DE LA CRÉATION</B>
Sur l?armature de bois et de « kord koko, » Vimal pose les bases de la création. A intervalles réguliers, il trempe ses mains dans le petit seau d?eau à ses côtés. Les pieds, puis le ventre apparaissent. Avant que la divinité à tête d?éléphant et à quatre bras ne retrouve la totalité de sa silhouette.
Vient le moment délicat. Celui de la trompe, des oreilles. Il s?agit de façonner le visage d?un dieu. Les mains qui lissaient avec force le corps robuste de Ganesh, arrondissaient la courbe du ventre, le galbe d?une jambe et la rondeur de l?épaule, n?agissent plus que par petites touches.
A l?air libre de faire le reste. De faire sécher la statuette avant l?étape de la palette. Armé de ses pots de peinture pour voiture ? parce qu?elle se prête le plus aux nuances ? Vimal habille Ganesh. Saumoné ou jaune pâle pour le corps. Carmin ou safran pour le tissu enroulé autour de sa taille. Noir pour les détails. Les pinceaux de Vimal n?oublient pas de mélanger le gris pour l?animal toujours accroupi au pied de la divinité : une souris. « Bann model la mo tir dan mo la tet. » Une faculté innée qui est apparue chez lui depuis son enfance. Un don qu?il parachève en pendant au cou de Ganesh des colliers de fantaisie qui imitent trop bien l?or massif et les perles de culture.
Quittant ses fourneaux, la mère de Vimal s?est approchée. Un large sourire dans la voix, elle parle avec attendrissement de son petit qui disparaissait fréquemment. « Nou rod li, pa kone kot li. Bann voisin dir nou li lor lakaz. Ler nou al guette, li finn range tipti stati li finn gard lor lakaz. » Vimal ne pipe mot. Il voyage dans sa tête en contemplant son album. L??il critique, il y constate sa progression, décèle les erreurs de perspective. Trace la route à suivre. Celle d?un dévot qui vénère sa divinité en façonnant de la terre.
Ganesh Chaturthi, célébration des obstacles enlevés
Une divinité qui symbolise l?intelligence. Un dieu vénéré parce qu?il abolit les obstacles, Ganesh est depuis un mois ? de carême ? au c?ur des prières des hindous, notamment des marathis.
Jay Mahadea, secrétaire de la Mauritius Marathi Mandali Federation et membre du Mauritius Marathi Cultural Centre Trust, nous explique que Ganesh est le fils aîné de Shiva et de Parvati. Le père s?absente pour méditer. En son absence Parvati façonne un être chargé de la protéger. La déesse lui insuffle la vie avant de lui ordonner de ne laisser entrer personne.
Quatre jours après la naissance de Ganesh, Shiva revient. Excédé de trouver cet enfant qui lui barre l?entrée, il finit par le décapiter. Dans sa douleur, Parvati supplie Shiva de redonner la vie à l?enfant. Shiva accepte, ôte la tête de la première créature qui croise son chemin pour la greffer sur le corps de l?enfant. Il s?agit d?un éléphant.
Des douceurs sont aussi préparées les jours avant la fête. Parmi celle-ci, le kanawla, gâteau composé de coco râpé, de sucre, de riz et de «dhall gram grillé », de cardamome et de raisins secs. Sont également préparés, les vingt et un modak, douceur faite de farine de blé ou de riz additionnée de coco, de sucre et de cardamome.
Après les différentes prières qui ponctuent les jours précédant la fête, ainsi que l?élaboration de rangoli, dessins géométriques faits à même le sol avec de la poudre de riz, des grains secs et de la poudre de couleur, la statuette de Ganesh est consacrée par un prêtre.
Le jour de la fête, avant que le soleil ne se couche, le dévot qui aura fait carême et promesses procédera à l?immersion de la statuette.
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