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La photo en couleurs fait son entrée dans la presse

6 décembre 2005, 20:00

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Faisons-nous encore attention aux couleurs dont se revêtent nos journaux ? Pouvons-nous imaginer une publication, autre qu?un document officiel, paraissant sans la quadrichromie de rigueur ? Même les austères bilans financiers soignent leur look coloré afin d?obtenir le trophée offert par PriceWaterhouseCoopers. Que dire de la débauche des prospectus commerciaux, s?ajoutant à nos journaux, leur donnant poids et couleur ? Que dire de la multiplication des designers, rivalisant dans la maîtrise de l?illustration numérisée ? N?oublions pas, pour autant, que les clichés en couleurs et les spots colors font timidement leur entrée dans la presse, il y a seulement 25 ans, en décembre 1980.

Ils font sourire aujourd?hui ces premiers clichés en couleurs. A la une, un Seewoosagur Ramgoolam, au doigt menaçant, l??il alerte et grand ouvert, le sourire narquois. Cette bonne photo d?un Premier ministre octogénaire illustre un article ayant ceci pour titre : ?Pour réprimer le terrorisme international, Maurice adopte une législation anti-hijackking. Tout pirate de l?air qui chercherait asile chez nous risquerait la prison à vie.? Ce doigt ramgoolamien permet à Maurice d?échapper, à ce jour, aux affres d?un attentat terroriste. Son influence ne semble pas s?étendre au-delà du Bell-Buoy, si l?on en juge par ce qui est arrivé à New York, Londres, Madrid, pour ne rien dire du quotidien irakien.

Cyril Ramdour n?a pas les honneurs de la photographie en couleurs, bien qu?il soit le lauréat du concours de chant D?une île à l?autre et qu?il porte une chemise à fleurs à faire rêver une Hawaïenne. L?ami Volcy est plus chanceux. Alain Gordon Gentil l?interviewe à l?occasion de la sortie de son chef-d?oeuvre L?île Maurice en 25 leçons. Il a droit à la photo en couleurs. Mais pas n?importe laquelle. Le voilà juché au sommet d?un veloutiers centenaire se trouvant à la droite du débarcadère de Trou-aux-Biches. Il pianote allègrement sur sa Olivetti et explique à son interviewer qu?il a ?besoin d?élévation pour écrire?.

AGG entreprend la courageuse tâche de faire dire à Yvan Lagesse, futur n° 1 de la Mauritius Commercial Bank Ltd, qu?il fait la synthèse des chiffres et des lettres. Cette entreprise téméraire donne, en résumé, le dialogue suivant :-

AGG : Le chiffre tue-il la lettre chez un banquier ?

Y.L : Non puisque la MCB me charge de sa correspondance et l?association des banquiers de son secrétariat.

AGG : Le genre littéraire est tout autre.

Y.L : L?humour dans la correspondance bancaire se glisse entre les lignes (NdlR. : Curieusement, Y.L. ne cite pas, ici, la lettre clas-sique débutant ainsi : Désirant faire une érection, je sollicite un prêt, etc.)

AGG : Vous y voyez matière à rire.

Y.L : Oui, puisqu?il s?agit de l?argent des autres.

AGG : Un banquier riant de lui est une espèce rare.

Y.L : Il faut savoir rire de soi. Cela ferait du bien, entre autres, aux politiciens. Je me fais le plus rire.

AGG : Pas toujours facile pour un banquier.

Y.L : Il faut savoir oublier les moments pénibles, qui existent, hélas, et se souvenir de ceux plus amusants. Exemple : des employés d?un hôpital sollicitent un emprunt. Au bout de quelques minutes, ils m?appellent ?Docteur?.

AGG : Comment être soi-même en toute occasion ?

Y.L : Il faut accepter les choses inévitables, s?accommoder du reste et ne pas se laisser surprendre par la vie.

AGG: Avez-vous réussi ?

Y.L : Pas tout à fait. Mon mauvais caractère (We beg to differ) me sur-prend toujours.

AGG : Sur votre bureau bancaire un écriteau conseille : Soyez bref?

Y.L : Au verso, et donc de mon côté, il est écrit : Restons calme.

AGG : Le banquier est en position de force face à un solliciteur.

Y.L : Un banquier vous prête un parapluie quand il fait beau et vousle reprend quand il pleut. Amusant, mais pas tout à fait vrai.

AGG : On ne prête qu?aux riches.

Y.L : Aussi à des employeurs, à des créateurs d?emplois productifs, àdes exportateurs de produits, ramenant des devises étrangères.

AGG : Le banquier jongle avec des millions.

Y.L : L?argent n?est qu?une commodité.

AGG : Votre livre : un besoin de vous exprimer?

Y.L : Je n?ai pas assez de souffle pour écrire un roman. Il s?agit desimples tranches de la vie à Maurice. L?après-propos ne contient qu?unmot : Ouf ! Je n?ai rien à ajouter.

AGG : N?avez-vous pas peur d?être pris pour un rigolo ?

Y.L : Certains n?ont pas attendu la parution des 25 leçons pour le faire.

AGG : Vous passez à la moulinette la société.

Y.L : Le sérieux des Mauriciens est la chose la plus amusante qui soit.

AGG : Il y a pourtant des choses sérieuses.

Y.L : Le travail et l?amitié. Un ami qui réclame votre présence à deuxheures du matin, ça c?est du sérieux et ne prête pas à rire.

AGG : Les faux amis ne manquent pas.

Y.L : Ils ne savent pas que je le sais.

AGG : En 2030, que dira-t-on de vous : éminent banquier ou humo-riste craint ?

Y.L : On n?a pas la vocation bancaire. La vie vous fourvoie en banque.

AGG : Votre métier vous passionne.

Y.L : Il me rogne aussi quand je dois prendre des décisions pénibles.

AGG : Vous a-t-il abîmé ?

Y.L : Ce qui abîme le pays c?est quand on prend une solution politique pour régler un problème économique.

AGG : La politique est la respiration d?un pays.

Y.L : La politique agresse et éclabousse même les non politiciens. C?est un mal nécessaire.

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