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La mosquée Al Aqsa fête son bicentenaire
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La mosquée Al Aqsa fête son bicentenaire
Lors de la récente visite à la Réunion du ministre français de l’Intérieur, RFO, la chaîne de télévision d’Etat réunionnaise, s’est appesantie sur la visite de Nicolas Sarkozy dans une des mosquées de l’île sœur, inaugurée en 1905, et présentée comme la doyenne des mosquées françaises.
En entendant cela, nombre de Mauriciens n’ont pu que regretter que les autorités et la population françaises ne soient pas davantage au courant que notre mosquée portlouisienne d’Al Aqsa célèbre actuellement le bicentenaire de sa fondation ni du fait que celle-ci a lieu sur un territoire alors français et nommé Isle de France, grâce à l’autorisation officielle, sinon impériale, du gouverneur Decaen, le représentant de Napoléon aux Mascareignes.
La mosquée portlouisienne Al Aqsa est-elle le premier lieu de culte musulman sur un territoire français ? Il est difficile de l’affirmer sans s’être livré à des recherches exhaustives. L’on sait, par exemple, que la France aménage un comptoir à Saint-Louis du Sénégal dès 1659, mais cela n’indique pas de façon explicite que le territoire, accordé à la France par les autorités autochtones de l’époque, comporte ou non une mosquée reconnue officiellement par une autorité française.
D’autres recherches pourraient être entreprises concernant un comptoir français au Surat, du côté de Bombay, Inde dès 1668, ou un autre à Pondichéry en 1701 et dans les autres comptoirs français de l’Inde. Les recherches, visant à retracer la première mosquée sur un territoire français, s’orienteront en direction de l’expédition de Napoléon en Egypte. Il ne faudrait pas s’étonner de trouver au pied des Pyramides, le changement d’attitude vis-à-vis de l’islam, ayant permis à Decaen d’accorder en 1804-05, aux musulmans portlouisiens, le droit d’aménager une mosquée.
Ces Mauriciens pensent, peut-être à tort, qu’il est malheureux que les autorités locales n’aient pas mieux profité de l’anniversaire du bicentenaire de la fondation d’un lieu de culte musulman à Maurice, alors colonie française, pour faire davantage connaître aux Français et plus spécialement à ceux qui étudient les liens unissant la France à l’islam, cet aspect glorieux de l’histoire de notre pays. À moins qu’à Maurice, se soit manifestée une majorité opposée à tout mouvement, pouvant être perçu comme une tentative de récupération par la France d’un glorieux bicentenaire à 100 % mauricien. L’essentiel toutefois, demeure que le bicentenaire de la fondation de la mosquée Al Aqsa soit un motif de légitime fierté, de réjouissance et de satisfaction pour l’ensemble de la population mauricienne.
Il convient de féliciter le comité chargé d’organiser la célébration du bicentenaire d’Al Aqsa, composé, entre autres, de personnalités aussi connues que Sir Djamil Fareed, Mahmood Cheeroo, Amine Timol, Reshad Uteem et son bureau exécutif présidé par Cassam Uteem et composé de Yacoob Ebrahim Dawood, Basheer Hussein Taleb et Carrim A. Currimjee. Nos félicitations vont à la parution du livre souvenir publié en cette occasion si mémorable. Une mention particulière doit être adressée à Ahmud I. Sulliman des Editions Le Printemps qui a généreusement proposé ses services pour publier cette oeuvre, faisant honneur à l’édition et à la littérature religieuse mauricienne.
Signalons à l’intention des lecteurs que cet album-souvenir comporte d’intéressantes études de Majid Amode sur les matelots “lascards” de l’Isle de France et de Cassam Uteem sur ses réminiscences nostalgiques et particulièrement émouvantes sur la doyenne de nos mosquées et sur la Plaine-Verte de son enfance qui est aussi celle antérieure aux regrettables bagarres raciales de janvier 1968. Amenah Jahangeer-Chojoo, l’auteur de La rose et le henné, nous raconte la célébration du Yamsé au XIXe siècle, en tant qu’expression populaire dans une société en mutation.
On peut toutefois s’étonner qu’elle ne fasse pas davantage référence au roman Georges d’Alexandre Dumas, qui date de 1843 et dans lequel cet auteur consacre tout un chapitre, le XIXe au Yamsé, à ses ghoons appelés “aïdorés”. Assad Bhuglah décrit l’odyssée des musulmans de Maurice d’Al Idrissi à Tippoo Sultan.
Le livre Al Aqsa (1805-2005) se complète par une carte de Maurice indiquant l’emplacement de la trentaine de mosquées plus que. Des photos de ces mosquées permettent aux lecteurs d’avoir une meilleure idée de notre patrimoine architectural religieux et musulman. Il est dommage que les légendes accompagnant ces photos ne soient pas plus instructives sur le plan toponymique. On peut aussi regretter qu’une place plus importante n’ait pas été donnée à l’histoire de la doyenne de notre mosquée. Rappelons à l’intention des lecteurs de cette rubrique qu’Al Aqsa, la doyenne de nos mosquées, rappelle l’existence d’une présence islamique à Maurice, au début du XVIIIe siècle.
Les musulmans sont assez nombreux dans certains quartiers de Port-Louis pour donner à la région le nom de Camp des Lascars. On parle de la fête du Yamsé dès 1765. Pendant la période révolutionnaire, ils sollicitent l’autorisation de bâtir une mosquée, ce qui laisse supposer qu’ils avaient déjà l’habitude de se réunir pour prier ensemble et en communauté. Refusée par les gouverneurs Malartic et Magallon de La Morlière, cette requête est acceptée par Decaen en 1804.
Il accepte de leur vendre, pour 215 francs et cinq centimes, un terrain pour construire une “chapelle pour l’exercice de leur culte”. Al Aqsa compte donc parmi les premières mosquées autorisées par un gouvernement français. La rue Pagoda (aujourd’hui Docteur-Sakir) est donnée à la rue où elle se trouve en raison d’une regrettable confusion entre pagode et mosquée. Le bâtiment original, construit vers 1805, est détruit par le cyclone de 1818.
Il est reconstruit grâce à de généreux bienfaiteurs dont la famille Sobedar. Le premier imam est d’ailleurs Gassy Sobedar. Il meurt le 13 mars 1861, à l’âge de 70 ans, et est enterré au cimetière de l’Ouest. Son frère Hajee Bacosse Sobedar lui succède. Il meurt le 29 avril 1881 et est enterré dans l’enceinte de la mosquée.
Le bâtiment connaît plusieurs modifications et des agrandissements. Jusqu’en 1852, Al Aqsa est la seule mosquée de l’île. Des démarches sont alors faites pour construire la Jummah Mosquée à la rue Royale, en plein centre commercial. Il y a plus de 150 mosquées à Maurice pour de 200 000 musulmans. Al Aqsa figure sur un timbre-poste émis en 1985.
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