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La gare routière, un haut lieu de rencontres amoureuses

17 janvier 2007, 20:00

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Qui a dit qu?une gare est le lieu par excellence de tous les adieux ou de tous les au revoirs ? La gare routière à Maurice est, au contraire, celui des retrouvailles journalières d?un très grand nombre d?étudiants qui y ont établi leur quartier général. Et non un lieu de transit. Au grand dam des chefs de gare des différentes compagnies d?autobus qui ne le voient pas d?un très bon ?il.

Et pourtant, les jeunes revendiquent ces espaces comme des endroits dédiés aux rencontres et aux échanges. Il est 14 h 20 à la gare routière de Rose-Hill, les collèges environnants déversent leurs flots d?étudiants.

Les groupes et les couples se forment ici et là. Sous le grand badamier et les différents abribus. ?Vous trouvez cela normal que nos usagers soient obligés de rester debout en attendant le bus alors qu?ils monopolisent les bancs pendant des heures?, s?insurge un chef de gare en service depuis quatre ans à Rose-Hill. ?Regardez cette personne âgée qui ne peut même pas bénéficier de dix minutes de répit à l?abri du soleil. Et en plus, ces collégiens sont arrogants envers les officiels.?

?On agit au vu et au su de tout le monde. On ne peut pas nous imputer d?être à l?origine de bagarre ou de viol.?

Eternel conflit de générations qui perdure depuis la nuit des temps, ou véritable problème qui n?ira qu?en s?accroissant ? Toujours est-il que la cohabitation devient de plus en plus difficile. C?est la guerre des nerfs entre les protagonistes.

Les employés de la gare recueillent quotidiennement les plaintes des voyageurs et essuient les récriminations de leur supérieur hiérarchique. Mais pour les jeunes, c?est une quête légitime que de vouloir s?octroyer un lieu bien à eux. A l?instar de Kamal, Powtoo et Robert, adossés sous l?énorme badamier, portables à la main, tous trois âgés de 19 ans.

Les cours sont terminés et ils comptent rester à l?abri de leur arbre deux heures durant pour, disent-ils, ?interes nou lizie?, ?get inpe peyzag?, ?kas enn poz?. Ils déplorent le manque de lieu de rencontre pour mieux faire connaissance avec la gent féminine. ?Nous préférons venir ici dans un lieu public où nous sommes en sécurité. Ce n?est pas dans nos habitudes d?aller nous cacher et de créer des problèmes comme certains qui vont dans des endroits retirés. Après tout nous ne faisons rien de mal et nous sommes majeurs?, rappelle Kamal qui ne comprend pas la mésentente qui subsiste entre eux et les chefs de gare.

?On agit au vu et au su de tout le monde. On ne peut pas nous imputer d?être à l?origine de bagarres ou de viol.? renchérit Powtoo. Ils seront délogés par la police vers 17 heures s?ils ne débarrassent pas le plancher. ?Nous n?avons même pas le droit de rester debout dans les environs de la gare. Pas question de riposter. Il est même arrivé que la police embarque quelques jeunes et les débarque un peu plus loin?, rajoute Robert.

Même scénario à la gare Ian Palach où la concentration d?étudiants est cependant moins visible. Il est vrai que les longs et spacieux couloirs de la gare de Curepipe se prêtent mieux aux rencontres qui frôlent les caresses et les douces étreintes. Ici, un léger bisou est volé. Là, un tendre regard échangé. Sandy, humant une rose laissée par son amoureux, se résigne enfin à prendre le bus. Justine et Mélanie, deux étudiantes de 15 ans, font un brin de causette en attendant?

?Nous nous retrouvons ici après le collège pour discuter entre amis. Nous faisons le piquet parce qu?il n?y a pas toujours de place pour s?asseoir?, souligne la belle Justine. Pour certains, le rendez-vous est quelquefois pris entre deux leçons.

La gare routière demeurant un lieu d?amour très chaste où le flirt est à peine perceptible. Nos deux adolescentes, très dignes arborent une attitude très responsable. ?Nous savons que nous portons un uniforme et qu?en ce sens nous sommes tenues de bien nous comporter. Et nous gardons cela en tête. Nous n?avons pas besoin de ces regards d?adultes qui constamment nous surveillent et nous jugent?, rapporte Mélanie.

Tout comme à la gare de Rose-Hill, les chefs de gare les forcent à entrer dans les bus. Elles avouent préférer se retrouver entre amis autour d?un chocolat mais que leur maigre budget ne le leur permet pas toujours. ?Nous sommes ainsi obligées de nous retrouver parmi d?autres personnes de mauvaise vie qui fréquentent cette gare où il y aussi quelquefois des bagarres. C?est bien d?avoir la police pour notre sécurité mais pas pour nous faire peur et nous pousser à quitter les lieux?, s?insurgent les deux jeunes filles.

Un avis que partagent aussi Veema et Soodesh, rencontrés dans la capitale. Les jeunes délaissent volontiers la gare du Sud pour celle du Nord, plus spacieuse. Intimidée, Veema s?éloigne quelque peu de son ami. ?Ce n?est pas mon amoureux, c?est juste un ami?, s?excuse-t-elle presque. Soodesh prend alors la parole pour rappeler qu?une fois sur deux ses rendez-vous se passent à la gare.

?Nous sommes là pour voir les passants?

Autre gare, autre ambiance. Trois jeunes hommes jouant aux cartes sur le banc en ciment à la gare de Goodlands. Des receveurs qui attendent de prendre leur service ? Non. Tout simplement des jeunes gens venus passer le temps. ?Nous aimons l?ambiance qui règne ici et nous sommes ici surtout pour voir les passants.? Cette ambiance plutôt calme est définitivement rompue à l?arrivée des étudiants. Elle y est tellement turbulente qu?un véhicule de police, garé sous un arbre, avec trois policiers à son bord, veille au grain. ?Ils sont là à cause de nous?, nous informe, toute fière, une adolescente de 12 ans, se détachant de son groupe d?amis fort bruyants. C?est ce que confirme Sangeeta, une habituée de la gare attendant son bus pour Pointe-aux-Piments. Les plus jeunes chahutent pendant que les plus grands se zieutent avant de commencer à conter fleurette.

Sanjay, le chef de gare, au bord de l?exaspération, déverse son mécontentement trop longtemps contenu. ?On a la paix jusqu?à 14 h 30. Après je vois rouge avec eux. Une gare est faite pour permettre aux gens d?attendre et prendre le bus en toute tranquillité. Ici, ils ne respectent rien. C?est aux parents de les éduquer.? Et pointant le doigt vers une affiche il affirme avoir été obligé de la placarder, mais peine perdue, rien n?y fait.

On peut effectivement y lire qu?il faut ?respekte membre-piblik. Si ou servi langaz vilguer obsenn, fer zes indecen dan plas piblik ou kapav condane.? Non loin de là, Renganaden Mootien, marchand de piksidou, est, quant à lui, heureux de trouver chaque jour une clientèle fidèle pour écouler sa marchandise. ?Ils restent ici au moins deux heures. Alors ils ont le temps de consommer mes piksidou et ma mousse noire.?

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