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?La démocratisation de l?économie reste un concept flou?

17 octobre 2007, 00:00

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● <B> Vous dirigez l?enquête de l??African Peer Review Mechanism ?(APRM) sur la gouvernance à Maurice. Quel est le but d?un tel exercice ? </B>

Cet exercice a démarré en juin de cette année. Il vise à recueillir la perception de la société civile sur les institutions, les pratiques du gouvernement, celles des entreprises privées ou tout autre secteur où la bonne gouvernance devient une exigence.

● <B>La gouvernance est une notion plutôt abstraite pour beaucoup de personnes. Comment leur avez-vous exposé cette thématique ? </B>

La définition la plus appropriée serait celle de l?Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Elle soutient que la gouvernance doit avoir quatre attributs : l?équité ; la nécessité d?être redevable (accountability) ; la responsabilité ; et la transparence. Lorsqu?on évoque la gouvernance dans n?importe quel secteur, il faut que ces quatre conditions soient réunies.

La responsabilité est l?attribut où le bât blesse. Outre l?obligation de se conformer aux lois et aux règles, le devoir de performance est également présent. On peut être conforme aux règles sans pour autant être performant. Dans le cas d?une entreprise privée, l?idée de performance se rapporte à la création de davantage de valeur pour les actionnaires.

S?agissant du secteur public, la performance concerne la capacité des différents agents de l?Etat à réaliser les objectifs fixés. Un ministère, par exemple, a des objectifs qui doivent être évalués en fonction des indicateurs de performance établis.

Pour pouvoir mesurer la perception sur la bonne gouvernance, l?APRM a prévu une évaluation sur ces quatre attributs dans les domaines suivants : politique et démocratie ; gouvernance dans les entreprises privées ; gestion économique ; et le développement social.

● <B> Dans quelle mesure l?entreprise qui devrait, a priori, relever du domaine privé, peut être exposée à un jugement de la communauté ? </B>

L?entreprise est privée, certes, mais elle fonctionne dans un environnement public. Toutes ses actions auront un impact sur le public en général. Il y a des stakeholders tels que les fournisseurs, les actionnaires, les employés, les banques, les clients, le fisc qui sont concernés.

C?est pour cette raison qu?il faut avoir des règles de bonne gouvernance pour s?assurer que les intérêts des uns et des autres ne sont pas compromis par les mauvaises pratiques de la compagnie.

La bonne gouvernance requiert que les entreprises soient de bons citoyens. Elle préconise des principes auxquels il faut adhérer. Respecter le code de bonne gouvernance n?est pas une obligation légale. Toutefois, si les entreprises n?adhèrent pas à ces principes, elles doivent en expliquer les raisons dans leurs rapports annuels.

● <B>Quels sont les critères de gouvernance examinés dans le cadre de l?APRM ? </B>

Nous souhaitons savoir, entre autres, ce que les gens pensent du shareholders? activism (militer pour les droits des actionnaires). A la lumière d?un constat de certaines assemblées générales, il semblerait que sur ce plan, les choses se feraient d?une manière désordonnée. A l?étranger, le shareholders? activism est plus organisé et il y a une bonne entente entre les médias et les actionnaires. Le concept de l?activisme des actionnaires trouve son origine chez les actionnaires ayant une sensibilité et une responsabilité sociale.

A Maurice, la motivation est tout autre. Ici, ce sont surtout les actionnaires qui se sentent lésés qui essaient de faire entendre leurs voix. Des organismes encadrent ce genre d?activisme à l?étranger. Il y a matière à réflexion sur un système d?encadrement des actionnaires minoritaires afin qu?ils puissent exercer pleinement leurs droits. Une formation pourrait, par exemple, être donnée sur l?interprétation des bilans financiers.

● <B>L?ouverture de l?actionnariat des grosses entreprises est un cheval de bataille dans plusieurs pays africains, dont Maurice. Quelle est la perception des personnes interrogées sur ce sujet ? </B>

A Maurice, les grands groupes appartiennent, historiquement, à certaines familles. Il y a eu un début d?ouverture de l?actionnariat avec l?entrée en opération de la Bourse. Pour obtenir une cotation, une société doit mettre au moins 25 % de ses actions sur le marché boursier et avoir au minimum 200 actionnaires. Il faudrait élargir ces critères et démocratiser davantage l?actionnariat.

Les tendances préliminaires de l?enquête abondent dans ce sens. Même les représentants du secteur privé qui ont été interrogés sont en faveur d?un élargissement de l?actionnariat.

● <B>La démocratisation de l?économie est un enjeu politique à Maurice. Les gens partagent-ils le même intérêt sur la question ? </B>

La démocratisation de l?économie est un thème très vaste. L?APRM a voulu avoir l?opinion des gens sur la question. Etonnemment, il y a beaucoup de personnes qui disent n?avoir aucun avis sur le sujet. 50 % des interrogés ont répondu : ?No opinion?. C?est très révélateur. La démocratisation de l?économie reste un concept flou pour le citoyen ordinaire. On essaie de comprendre l?enjeu à travers les actions et les réactions sur le sujet. Il faut une vraie démarche d?explication du concept.

Propos recueillis par Akilesh ROOPUN

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