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La débâcle de la pêche vue par Jean Baissac
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La débâcle de la pêche vue par Jean Baissac
A la mi-1982, Jean de Boucherville Baissac commente le v?u d?associations de pêcheurs et d?écologistes, réclamant des réserves marines protégées. Son constat est cependant amer, même proche du pessimisme, mais plein de précieuses informations pour qui veut connaître l?histoire de la pêche dans et hors lagon à Maurice.
La baie de Balaclava et ses abords font l?objet d?une étude publiée, en 1976, dans le Volume III, 2e partie, des Proceedings of the Royal Society of Arts and Sciences of Mauritius. Elle fait suite à la visite, à Maurice, de Sir Peter Scott, président de la World Wild Life Foundation. L?objectif de cette visite est d?identifier les sites possibles de réserves marines. Les résultats de ces recherches sont soumis au gouvernement de Maurice mais restent lettre morte. Ils doivent se trouver, aujourd?hui encore, sous une couche de poussière, dans le cimetière gouvernemental des fonds de tiroir et de placard. N?espérez même pas, ici, une mise au point ministérielle en bonne et due forme pour démentir cette allégation et nous indiquer où se trouvent précisément ces précieux documents inutilisés. Nous savons nos ministères souffrant d?une grave pénurie d?attachés de presse compétents et leur chef incapable de guérir cette déficience chronique.
Le Dr John Randall, de la section d?ichtyologie du Bishop Museum d?Hawaï, vient à plusieurs reprises à Maurice pour étudier notre faune marine. Lors de son voyage, en 1980, il déclare que Maurice se singularise comme étant un des seuls pays au monde à n?avoir pas créé des réserves marines. La chose est pourtant urgente. Voilà ce qui se passe quand la pêche et la faune marine ne font pas partie des priorités de My People.
Le Pr Margaret Smith, de l?Institut d?Ichtyologie S.L.B. Smith de la Rhodes University de Grahamstown, Afrique du Sud, constate que le système corallien tropical indo-pacifique est en péril et doit être protégé. L?exploitation du corail cause des dommages irréversibles. D?où la nécessité de créer des réserves marines. Elle aussi prêche, non pas dans un désert marin, mais, dans le... Monde du Silence.
Les besoins de l?industrie sucrière en chaux ont longtemps entraîné le ratissage systématique des coraux morts dans le lagon. Cela entraîne à son tour la destruction des ancrages de la flore marine dont des algues et des abris pour les jeunes poissons. Le sable, rendu mobile, devient stérile. Jean de Boucherville Baissac se réjouit que le Sucre utilise désormais la chaux, dont il a besoin, provenant des éolianites (dune rock), dont il reste de vastes réserves au Grand Port et à La Prairie.
Il recommande l?aménagement de basses murettes de pierres à travers le lagon pour fixer le sable et protéger les petits poissons des houles cycloniques et des passages de petites sennes illégales. Aie ! Exactement ce qu?il ne fallait pas dire pour que le gouvernement interdise les dites murettes. Pas capave empèsse tidimoune gagne so ti-carry car la mer pou tou dimoune. Quel gouvernement sera-t-il assez honnête pour reconnaître que c?est en refusant d?aménager les réserves marines, permettant à petit poisson de devenir grand si le Politicien lui prête vie, que ses prédécesseurs et lui affament le petit peuple, en autorisant que nos lagons deviennent des déserts marins.
Jean de Boucherville Baissac voit dans la prolifération des oursins dans nos lagons la preuve scientifique du déséquilibre biologique, entraînant leur désertification. Son fils et lui comptent jusqu?à plus de cent oursins dans un mètre carré de fond marin. Il n?y a plus, bien sûr, aucune trace de végétation marine. Il ne reste que le platier nu que les oursins foreurs achèvent de pulvériser. Défions notre ministère de la Pêche de contredire le constat et les conclusions de Jean de Boucherville Baissac. En revanche, ceux, qui pensent qu?il a raison sur toute la ligne, ont aussi le devoir de le proclamer publiquement afin que tous les coupables de cet état de choses assument leurs responsabilités.
Il demande à nos médias de faire en sorte que la population soit consciente de la gravité de la situation et réclame la création de réserves marines. Il estime la superficie de notre lagon à 90 milles carrés. Le seuil des 100 brasses délimite une autre superficie de 400 milles carrés d?intérêt écologique variable. Les prises annuelles de poisson et de fruits de mer ne doivent pas dépasser 2 000 à 2 300 tonnes. Toute pêche excessive, due à un nombre trop élevé de pêcheurs, à des moyens de pêche trop efficaces, aux pêches illégales, entraîne forcément une réduction de ce quota de 2 000-2 300 tonnes. De la pêche à saturation à l?overfishing il n?y a qu?un pas qui est déjà franchi depuis belle lurette. A demain pour d?autres révélations encore plus alarmantes.
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