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?La Citadelle assiégée?
L?Afrique est un continent sans cesse ravagé par d?interminables guerres et ce sont les plaines arides du Burkina Faso qui servent cette fois de toile de fond à un conflit sans merci opposant le peuple des termites à celui des fourmis. La Citadelle assiégée, film de Philippe Calderon, tourné avec de vrais insectes, nous plonge à la fois dans l?univers de Microcosmos (J-C Nuridsany, 1997) et dans celui de la saga des Fourmis de l?écrivain Bernard Weber. À la différence toutefois, que les images n?atteignent pas le degré de prouesse du premier et que le récit n?est jamais aussi prenant que celui du second.
Ce film se regarde comme un beau livre dans lequel de belles images viennent alterner avec d?autres qui sont, pour le moins, saisissantes, dignes des grands documentaires animaliers comme ceux tournés par David Attenborough. Ainsi, après un magnifique ballet aérien nuptial des termites au clair de lune, nous assistons à la reproduction du couple ?royal?, fondateur de la nouvelle colonie et à la construction de la termitière ? une vraie termitière africaine, semblable à un château miniature.
Grâce à un outil révolutionnaire nommé ?boroscope? qui permet des prises d?images à quelques centimètres des insectes, toutes les séquences relevant de l?aspect animalier du film nous sont montrées dans leurs moindres détails. Images gore d?une mante religieuse dévorant un termite recalé dans la sélection pour la reproduction ; les ?ufs sortant de la reine termite ; termites-ouvrières tenant des grains de poussière entre leurs mandibules et les mélangeant à leur salive pour en faire leur matériau de construction ; intérieur des galeries de la termitière, etc. Images qui sont accompagnées d?un commentaire en voix ?off? qui pour être apparemment exact dans son contenu scientifique, n?en est pas moins irritant dans son contenu dramatique.
Les affrontements entre termites et fourmis seraient chose courante (cf. les livres de Bernard Weber), on peut comprendre l?intérêt qu?a trouvé Philippe Calderon à leur donner une dimension romantique. On peut comprendre que le réalisateur ait decide de bipolariser ce petit univers. D?un côté les gentils termites se nourrissant exclusivement de champignons, construisant paisiblement leur citadelle et vivant dans une société bien organisée, gouvernée par un couple de souverains bienveillants ; de l?autre côté, des fourmis carnivores, assoiffées de tout ce qui pourrait s?apparenter à du sang, organisées en une hiérarchie militaire, vouant une dévotion fanatique à leur reine (leur führer) et fondant à travers la plaine sur d?innocentes peuplades d?insectes.
Les séquences montrant la redoutable efficacité des fourmis sont impressionnantes et n?ont aucunement besoin de commentaires emphatiques pour faire comprendre au spectateur que le danger menaçant la citadelle des termites est l?équivalent entomologique de la horde de Genghis Khan jadis ou des divisions de la Waffen SS.
Le réalisateur aurait, selon certaines sources, lui-même orienté la colonie de fourmis vers les termites et dans sa quête du pathos, aurait tout aussi volontairement provoqué l?inondation de la termitière afin de rendre la situation des assiégés plus critique.
Apparemment, dans les années 1920-30, certains ciné-reporters de la Pathé News aidaient eux aussi un peu le destin, lorsqu?ils trouvaient que l?actualité internationale manquait de mouvement. Les procédés employés par Philippe Calderon sont donc sans fâcheuses conséquences en comparaison et auraient été pardonnables si cela nous avait donné une histoire dans laquelle le spectateur se serait senti impliqué. Les bestioles des deux camps ne suscitant en elles-mêmes aucune sympathie, il aurait fallu de chaque côté un groupe de personnages autour duquel se seraient focalisées nos émotions. Ce qui aurait été bien plus efficace que n?importe quel discours.
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