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La Biennale d?Art contemporain expliquée

1 février 2004, 20:00

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A L?HEURE où se déroulent les prestigieuses manifestations touchant aux Arts Plastiques dans le monde, et auxquelles l?île Maurice a participé, ou participe, telles la Première Biennale internationale de Beijing, ou encore la neuvième Biennale internationale du Caire ? celle-ci se tient jusqu?au 13 février 2004 ? voyons ce que renferment ces appellations, pour le moins hermétiques, à en croire certains.

Avant de parler de Biennale (manifestation organisée tous les deux ans), ou de Triennale (tous les trois ans), sans doute est-il davantage essentiel de définir d?abord le terme ?Art contemporain?. Bien des artistes ayant leur interprétation personnelle du terme. Qui ne cadre guère avec la signification spécifique de cette terminologie.

Ces derniers pensent qu?il s?agit de tout ce qui est produit dans un même temps présent, quelque en soit le style ou la motivation. C?est s?attacher là au seul sens de l?adjectif ?contemporain?, en le détachant du terme précis ?Art Contemporain?.

Il s?agit d?un courant des arts plastiques qui se démarque de toute pratique du passé. Quelle que soit la discipline. Pour exemple, l?Impressionnisme?, qui a bien plus de cent ans. Une peinture peut être moderne par certains aspects de son élaboration des différents plans, par son occupation de l?espace pictural, mais se distancier de l?Art Contemporain par d?autres facettes conventionnelles. Par exemple, par son choix d?outils de réalisation et de matériaux, ou encore d?accrochage.

Du coup, la thématique de l??uvre devient secondaire. C?est la recherche de l?artiste dans l?élaboration du sujet qui se fait primordiale. Mis à part le langage pictural ou autre, l?exécutant doit pouvoir tenir un discours. Qui explicite sa problématique. Il doit pouvoir, en somme, développer sa philosophie. Et le plus clairement possible. Ce qui ajoute une autre dimension à son ?uvre. On y perçoit, à la fois, l?incidence de l?appropriation de son environnement immédiat. L??uvre, alors, devient la transcription de sa vie propre.

Voilà qui vient influencer, tout en l?élargissant, le choix des sujets traités. La thématique s?enrichit d?éléments du vécu. Tout en résidant dans un pays natal spécifique, l?artiste peut exprimer ? comme il l?a toujours fait ? ses expériences intenses vécues dans un autre. Il n?est pas limité par son pays. Mais à la différence qu?il l?exprime avec un langage neuf. Ce qui, à son tour, fait appel à l?imagination, à l?originalité. Il s?articule de mille manières. C?est le renouvellement, dans toute sa vastitude, du champ des arts plastiques. Une opération toujours souhaitable.

Le monde dynamique d?aujourd?hui entraîne une multiplicité de modes de communication. Voilà qui varie les visages de cette esthétique autre : assemblages et installations de toutes sortes, vidéos,? Ces caractéristiques différentes, nouvelles, au langage distinct, entraîne forcément, une terminologie nouvelle. L?Art ici, se précise comme une expression et un décryptage de la transcription du rêve, des préoccupations actuelles et vivantes, et de l?inspiration de l?homme contemporain.

Venons-en à la Biennale ou Triennale. Il y a bien des décennies, les plus prestigieuses des manifestations internationales des arts plastiques avaient ? et ont encore ? pour dénominations, par exemple, La Documenta de Kassel, La Manifesta de Hollande, La Germination, ou encore Le Forum? Tout en étant des expositions d?égal prestige, elles portent aussi aujourd?hui, et depuis au moins trois décennies, selon leur récurrence, l?appellation The 10th Triennale of India, la Biennale de Venise, The 1st International Biennale of Beijing, The 9th Cairo International Biennale? Elles rassemblent des ?uvres les plus remarquables qu?un pays a à offrir, selon le mot des Commissaires. Ceux-là sont choisis par leur pays. Mais le Commissaire Général concerne le pays organisateur.

Choix des artistes

Ces manifestations sont généralement organisées par le Ministère des Arts et de la Culture des différents pays, ou par toute autre Organisation reconnue, ou encore en partenariat des deux. Les artistes y participent sur invitation ou concours.

Comment se fait le choix des exposants ? Certains pays se réservent le droit du choix final, tel l?Egypte. L?on ne doit donc pas s?étonner de voir son ou ses ?uvres rejetée par le Commissaire Général et le jury du pays organisateur, après avoir passé l?épreuve du jury national.

Ce qui fut le cas pour la neuvième Biennale internationale du Caire. Seule une partie de l??uvre d?un exposant fut admise. Et la totalité des trois d?un autre fut rejetée. Alors qu?elles figuraient déjà dans le catalogue de l?exposition. Car la compilation de ce document exige un temps si conséquent, qu?il doit, obligatoirement, être mis en route longtemps avant l?ouverture de la prestigieuse manifestation.

Il se peut, tout aussi bien, que l??uvre présentée en définitive par un artiste, durant la tenue de la Biennale, ne soit pas celle qui figure au catalogue. L?artiste n?ayant pas terminé la première nommée au moment de l?envoi des documents nécessaires à la réalisation, en temps voulu, du document.

Ces manifestations internationales comprennent, parallèlement, des conférences, un séminaire qui se décline selon le thème précis de l?exposition. Par exemple, Mythology ? A bet on imagination, a bet on art, pour la 9th Cairo International Biennale. Ce symposium s?est tenu à la salle de conférences du Supreme Council of Culture, Gezira ground, les 15, 16, et 17 décembre 2003, de 10 à 21 heures.

Les coulisses d?une Biennale

  • Comme une herse qui tombe, l?approche du prestigieux événement qu?est la Biennale internationale d?Art Contemporain du Caire, magnétise l?artiste, et l?isole des préoccupations autres. Ceux des pays lointains, n?arrivent pas tous en même temps. Certains viennent. D?autres partent comme ces commissaires venus s?acquitter de leur rôle, et se rendent à d?autres fonctions?

La neuvième Biennale internationale d?Art Contemporain du Caire, en Egypte, se tient du 13 décembre 2003 au 13 février 2004. Comme toutes les manifestations du genre, elle se déroule dans différents lieux. Le plus gros de l?exposition se trouve au Palace of Arts. Les ?uvres sont visibles de 10 heures à 13 h 30 et de 17 à 21 heures, excepté le vendredi.

L?hôtel du Doqqi, de jour comme de nuit, abrite un incessant va-et-vient. Les énergies s?y décuplent. Un grouillement tel qu?il en écraserait tout non-initié. Qu?en serait-il, s?ils étaient tous là, ces créateurs des mille terres, dont les ?uvres occupent le Palais des Arts ! Ces terres recouvrent, à elles seules, le globe terrestre ! Qatar, Croatie, Palestine, Bulgarie, Indonésie, Italie, Sudan, Arabie Saoudite. L?Atlas s?étale : Arménie, Espagne, Tunisie, Allemagne, Oman, Mongolie, Argentine, Liban. La liste s?allonge : Grèce, Syrie, Royaume Uni, Etats-Unis, Emirats Arabes Unis, Suisse, Pologne, Egypte, Mongolie?

Dans un coin du hall d?entrée se dresse le quartier de l?Instance de tutelle. La station première de tout arrivant. Sur la table, une superbe affiche annonce le Séminaire. Mais l?artiste ne l?apprécie que d?un ?il, sommé qu?il est par le préposé : ?You must go and see your work at the Palace of Arts.?

Il est minuit. Il a quitté son pays la veille? à minuit ! Il ose un timide ?Now ?? ?Yes, now !? L?artiste ne le comprendra qu?après. C?est la seule phrase que le fonctionnaire aura apprise de la langue de Shakespeare. Pour l?occasion. Et qu?il rabâche à tout venant, sans égard pour l?heure. Outre ?That?s not important !?, qu?il brandira les jours suivants, à tort et à travers, à toute revendication éventuelle. L?artiste bénit la présence de son Commissaire.

Celui-ci, justement, est nommé par le pays d?origine de l?artiste. Il s?assure de la bonne marche de toute l?opération : vérifier si les ?uvres expédiées sont arrivées en temps voulu et en bon état; si son artiste est bien logé; ou régler tout autre impromptu. Certains commissaires assistent à l?ouverture de la Biennale, puis rentrent. En cas de difficultés, ils s?attardent jusqu?au bout.

Dans la nuit, The Palace of Arts semble à l?artiste au bout du monde. Le gardien de nuit hausse le ton. Que viennent faire ici, à cette heure, ces intrus ? Il a reçu l?ordre de ne laisser entrer personne. Comme on le comprend ! Gardien de tant de trésors !

Dans ce lieu, artiste et commissaire pourraient bien ne jamais retrouver la sortie ! Les fiches signalétiques ne sont pas encore fixées. Mais, la plupart des ?uvres occupent déjà leurs espaces. Impressionnantes ! Sur une marche, quelqu?un est plié en deux. Son ?uvre se serait abîmée. Monte alors chez l?artiste-frère comme une éthique naturelle, un culte de la solidarité. Et, malgré ses jambes qui flanchent, il s?attarde à ses côtés.

Mais où trouver la sienne ? Un responsable est encore au travail. L?on croit au miracle : le préposé en personne à la réception des ?uvres ! ?Allahou Ackbar !? Il parcourt ses listes. Et, comme un couperet, tombe, dans un langage gestuel : l?oeuvre n?est jamais parvenue à destination. L?artiste se cramponne. Le Commissaire sort ses documents. La preuve est là noir sur blanc. On le rassure. Demain on la sortira de la douane.

Commissaire et artiste se cherchent un taxi dans la nuit. Demain, le même chauffeur les conduira au Palais des Arts, pour vérification. Bientôt le vernissage. L??uvre est là. Avec son étiquette au grand complet ! L?artiste y puise une formidable vitalité. Il est dieu solaire en terre pharaonique. Pyramide, symbole d?éternité !

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