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L’opinion ne suit pas
par Raj Meetarbhan
Les deux derniers sondages sur l’économie donnent des signaux qui ne sont contradictoires qu’en apparence. La perception qu’expriment les Mauriciens de leur avenir est positive dans un cas, mais négative dans l’autre. En vérité c’est un constat parfaitement cohérent qu’établissent les deux enquêtes d’opinion rendues publiques ces jours-ci.
D’abord, il y a eu une étude de la Mauritius Employers’ Federation (MEF), effectuée auprès de dirigeants d’entreprise, qui indique une reprise de confiance. Environ 50 % des interviewés disent qu’ils sont plus optimistes cette année par rapport à la situation de leurs entreprises. Cette confiance des patrons est liée au nouveau climat d’investissement et aux prévisions de croissance, d’investissement et d’emploi.
En revanche, dans un sondage commandé par l’hebdomadaire “Business Magazine” et réalisé par Taylor Nelson Sofres, il ressort que 77 % de l’échantillon n’est pas satisfait de la situation économique.
Les deux baromètres s’entendent sur un point crucial : on vit bien une transition vers une nouvelle économie, plus ouverte et plus efficiente que l’ancienne. Durant la phase d’ajustement, les salariés traversent une période difficile. Des sacrifices leur sont exigés. Ils ne sont pas satisfaits. Chez les entreprises, il y a un regain de confiance car les hommes d’affaires évoluent dans un environnement plus favorable, moins réglementé.
Quand une reprise se profile, les entrepreneurs vivent dans l’anticipation de jours meilleurs mais les salariés subissent les conséquences des mesures difficiles de redressement. Aucun gouvernement ne peut ignorer ce schéma classique. La réaction de l’électorat était donc attendue.
Les loyautés politiques font également l’objet de l’enquête d’opinion de Taylor Nelson Sofres. Ce volet politique de son sondage arrive comme une surprise parce que cette société d’études marketing et d'opinion avait décidé, il y a quelque temps, de mettre fin à ses sondages politiques. Il est intéressant et réconfortant de noter qu’elle renoue avec les sondages politiques, une pratique qui est courante dans les grandes démocraties.
Taylor Nelson Sofres révèle donc une impopularité croissante du gouvernement. 72 % de sondés ne sont pas satisfaits de la performance du gouvernement. Le taux de mécontents est le plus fort (76 %) parmi les couches populaires. Ce mécontentement est sans doute une conséquence de la conjoncture économique. Du reste, une forte corrélation se dégage entre les réponses aux questions économiques et celles à portée politique.
Ce sondage a été réalisé avant l’épisode Sithanen dont le flottement a probablement accentué l’évolution des sympathies partisanes. Mais, déjà, il y a plusieurs signaux qui devraient préoccuper les dirigeants du pays. Il n’y a que 28,1 % des Mauriciens prêts à affirmer que Navin Ramgoolam est le meilleur Premier ministre pour le pays. Celui-ci devance Paul Bérenger de 3,6 % seulement.
Le capital de sympathie du gouvernement s’érode. Les dirigeants avaient peut-être espéré que l’électorat allait accepter naturellement la réforme et qu’ils pouvaient sereinement naviguer à leur guise en attendant les fruits de la réforme. Désormais ils savent qu’ils sont exposés à des vents violents.
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