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L’aquaculture en pleine effervescence
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L’aquaculture en pleine effervescence
La compagnie Sea Ranch – un partenariat mauricien, australien et danois – attend le feu vert du gouvernement pour aller de l’avant avec un projet d’élevage de thon jaune sur la côte mauricienne au coût de Rs 300 millions. Elle compte produire environ 600 tonnes de thon à haute valeur ajoutée pour la préparation des sushis et des sashimis. Ce type de thon engraissé pendant seulement trois mois en cage d’élevage est exporté au prix de $ 25 le kilo. Le thon surgelé et pêché par les thoniers industriels rapporte $ 2 le kilo à l’exportation.
La Sea Ranch engraissera dans ses cages des thons jaunes capturés au large de Maurice. Mais dans un deuxième temps, cette compagnie bénéficiera d’un transfert de technologie danoise pour la mise sur pied d’une écloserie à Maurice pour la production des juvéniles pour sa ferme, mais également pour la vente à d’autres fermes et l’exportation.
En produisant ses propres juvéniles, Sea Ranch fera de Maurice l’un des rares pays au monde à disposer de cette technologie. Elle évitera ainsi d’éventuels quotas qui pourraient être imposés sur les producteurs de thon qui se contentent de capturer ce poisson et de l’engraisser en cage pour l’exportation. (Voir hors-texte sur la régression de la pêche au thon et les protestations des écologistes sur l’engraissement du thon en cage). Sea Ranch investira $ 10 millions pour produire ses juvéniles à Maurice.
Un personnel spécialisé requis</B>
La production se fera soit dans le lagon ou hors lagon, mais dans une profondeur ne dépassant pas 30 mètres et sur une superficie de 15 hectares. “Le site doit être bien choisi car il faut un bon courant pour éviter la pollution que provoquerait une concentration de poissons. Le site devrait être également sécurisé en raison de la haute valeur de ces cages de thon. Par ailleurs, nous aurons besoin d’une usine de traitement tout près du site pour préparer le thon à l’exportation”, nous explique un des promoteurs du projet.
De fait, Sea Ranch, dans un premier temps, procédera à la capture des thons pesant entre 5 à 10 kilos au large du pays. Les prises sont tirées dans les filets par un bateau jusqu’aux cages où elles sont transférées.
Ils sont engraissés pendant trois mois avec de la farine de poisson (le thon étant carnivore) et du poisson frais, dont des sardines.
Le thon, ainsi nourri en cage, double son poids en trois mois. Sea Ranch exportera des thons de dix à 20 kilos.
Sea Ranch envisage également de sous-traiter une partie de sa production aux pêcheurs locaux. “Ce sera un transfert de technologie dans tous le sens du terme. Nous comptons travailler en étroite collaboration avec le Centre de recherches d’Albion en ce qui concerne notre écloserie et la production des juvéniles.” La compagnie aura besoin de tout un personnel spécialisé pour sa production. Les employés, dont des équipes de plongeurs, seront formés par la compagnie.
Sea Ranch exportera sa production vers l’Europe. Le thon ainsi produit sera utilisé principalement par les restaurants japonais qui sont implantés dans les pays européens. Ils y valent de l’or.
En effet, le thon surgelé que ramènent les thoniers ne peut être utilisé pour la préparation des sushis et des sashimis et le thon d’élevage atteint des prix faramineux en ce moment sur le marché japonais et européen. L’élevage du thon en cage a démarré dans les années 70. La technologie est parfaitement maîtrisée aujourd’hui. Ce n’est cependant qu’un nombre restreint de producteurs qui se sont lancés dans des développements dans la reproduction du thon. Un des partenaires de Sea Ranch a été couronné de succès en Australie dans sa reproduction du thon en captivité.
<B>Tilapia, Rosenbergi et Berri Rouge – le grand flop </B>
■ Maurice n’a pas eu la main heureuse avec l’aquaculture en eau douce. De la production des camarons Rosenbergi (commencée en 1975) en passant par la carpe indienne ou le Berri Rouge (en provenance d’Israël), le pays n’a connu que des déboires. Du coup, les Mauriciens semblent avoir oublié que les premières tentatives d’élevage de poisson remontent à la Deuxième Guerre mondiale, quand le Tilapia avait été introduit dans l’île pour assurer un apport de protéines à la population, en sus du manioc, du maïs et des patates consommés durant cette période.
Le Tilapia a survécu dans nos eaux, mais sa chair n’est pas très prisée des Mauriciens. Le Berri Rouge et la carpe indienne ont connu le même sort. Jugés insipides, ils ont été boudés par les Mauriciens alors que leur bas prix sur le marché mondial n’a pas permis de les exporter.
Le Rosenbergi a connu la disparition, quoique bien prisé des hôtels et de la population mais en raison de son coût de production élevé, de sa technologie de reproduction qui comprend une maîtrise de la température et de la qualité de l’eau, de même qu’un sévère problème de vols dans les bassins d’élevage. La situation a entretemps changé sur le plan international et la FAO ne cesse de tirer la sonnette d’alarme sur la régression constante de la pêche mondiale avec des déficits de 40 millions de tonnes d’ici 2030. Le rapport de la firme française IDEE sur la production aquacole à Maurice et le succès de la ferme marine de Mahébourg donnent une autre perspective à ce secteur. Le rapport de la firme IDEE, qui identifie les espèces et les sites où elles pourraient être élevées, a été remis récemment au gouvernement. Le rapport ne se penche pas sur l’élevage du thon, mais estime que Maurice pourrait produire entre 29 000 et 39 000 tonnes de poissons en élevage en lagon, hors lagon et en eau douce. Le ministère de l’Agriculture compte publier bientôt le rapport pour inviter des promoteurs à se lancer dans les créneaux identifiés. Certains promoteurs n’ont pas attendu cette invitation et au moins trois différents projets sont en ce moment en phase de mise en œuvre.
<B>L’Europe ne veut pas homologuer les producteurs mauriciens </B>
■ Depuis l’incident avec l’ex-conserverie Mauritius Canning and Fishing qui avait été lourdement pénalisée par une amende par l’Union européenne, les produits de mer en provenance de Maurice sont restés sous haute suspicion par l’Europe. En effet, les autorités européennes sont restées sur leur conclusion que les autorités sanitaires de Maurice ne peuvent pas imposer et faire respecter les normes et les règles d’origine des produits de mer de Maurice. Ainsi, elle a refusé d’accréditer toute nouvelle usine de production de fruits de mer de Maurice. Le gouvernement mauricien a alors eu recours aux services d’un consultant néo-zélandais, le Dr Marsman, qui est accrédité auprès de l’Union européenne. Ce consultant est autorisé à certifier les producteurs de fruits de mer pour des exportations vers l’UE. On pense qu’il délivrera ses permières certifications vers mars de cette année à deux différentes entreprises mauriciennes qui visent le marché européen.
<B>Du poisson Chantecler </B>
■ Le groupe Food and Allied Industries Limited (FAIL), producteur depuis 40 ans du poulet Chantecler se lancera bientôt dans la production aquacole. Son projet est dans une phase expérimentale et quelques millions ont déjà été investis. Mais le groupe se montre très avare de renseignements pour le moment sur ce projet qui sera sur les rails d’ici six mois. Les responsables de la compagnie ne veulent pas préciser si la production sera en eau douce ou en eau salée. “Tout ce que je peux vous dire, c’est que ce poisson sera aussi mari bon que notre poulet.”Ainsi, si tout marche bien, nous aurons du poisson Chantecler bientôt. Quoi qu’il en soit, le groupe Fail et Sea Ranch ne sont pas les seuls à vouloir produire du poisson en élevage à Maurice. Un groupe mené par le proche parent d’un des ministres de l’actuel gouvernement a également fait une demande pour la mise sur pied d’une ferme aquacole.
Thon élevé à Maurice : une question de “branding” sans mercure </B>
■ Les poissons des fermes aquacoles de Maurice permettront un branding spécial sur les marchés américain et européen, estiment les spécialistes. En effet, tout tournera autour de la teneur en mercure et métaux lourds de ces poissons d’élevages. “Comme notre région n’est pas aussi polluée que le Pacifique ou l’Atlantique, la teneur en mercure et métaux lourds des poissons élevés dans notre région sera très basse”, nous explique un spécialiste.
De fait, Maurice aura à miser sur cet aspect de sa production pour se faire une bonne place sur le marché.
Un thon qui vaut Rs 120 millions </B>
■ Hagen Stehr est le roi du thon en Australie.
Il affirme que certains thons de son écloserie valent environ Rs 120 millions, soit 3 millions de dollars. “J’ai dans ma cage d’élevage des thons que j’ai nourri pendant sept ans, et chacun de ces thons peuvent pondre des millions d’œufs. Quand vous savez ce que valent un thon aujourd’hui, vous aurez une idée de la valeur de ces poissons. Environ $ 3 millions, soit Rs 240 millions. Mais je ne les vendrai pour rien au monde”, dit Hagen Stehr.
En fait, l’écloserie de Hagen Stehr, situé en pleine mer, a coûté $ 6 millions. Elle a permis de faire une percée dans la reproduction du thon en captivité. Ce la permettra de répondre à la grande demande pour le thon sans puiser dans le stock des bancs qui se réduisent dangereusement en ce moment en raison de la surpêche.
<B>Greenpeace veut fermer tous les élevages de thon </B>
■ Les réserves en thon dans tous les océans du monde sont de plus en plus basses. Les bancs sont décimés par la pêche industrielle et des quotas stricts sont imposés pour cette pêche. L’idée d’un élevage pourrait sembler idéale. Mais contrairement à l’aquaculture, où les poissons se reproduisent et se développent en captivité, les fermes d’élevage du thon sont approvisionnées en thons capturés à l’état sauvage et sont au final, un moyen de camoufler un commerce “hors quotas”. En effet aucun quota n’est imposé pour le thon d’élevage. Or, les thons capturés pour l’élevage sont souvent très jeunes et n’ont donc pas eu le temps de se reproduire à l’état sauvage pour reconstituer les effectifs de cette espèce. L’association environnementale Greenpeace cherche en ce moment à obtenir l’interdiction de la création de nouvelles fermes d’engraissement des thons. Elle pourrait obtenir l’imposition des quotas sur le thon d’élevage également. Seules les fermes pouvant assurer la reproduction en captivité éviteront ces quotas. Dans un tel cas de figure, les reproductrices élevées en captivité et les juvéniles vaudront de l’or.
Deuxième phase de développement pour la première ferme aquacole </B>
■ L’aquaculture offshore, c’est-à-dire dans le lagon n’est pas inconnue à Maurice. Il y a les barachois du gouvernement et de certains particuliers qui alimentent de temps en temps le marché local. Le projet le plus important dans ce secteur a été lancé en 2002 par la ferme marine de Mahébourg. Des ombrines et gueules pavés (dorade royale) sont en effet élevés en cage dans une profondeur de 30 mètres à Pointe-aux-Feuilles.
La ferme produit une centaine de tonnes par an et vise à porter cette production à 500 tonnes cette année avec une deuxième phase de développement qui verra la mise sur pied de son usine de traitement de poissons. “Nous exportons en ce moment notre poisson tout entier dans du glaçon vers les états-Unis, le Canada, l’Afrique du Sud et Dubayy. Nos clients payent ce poisson très cher parce qu’ils importent la tête et les écailles qu’ils ne consomment pas. Avec l’usine de traitement qui sera prête vers avril, nous pourrons écailler et transformer le poisson en filets. Nous exporterons beaucoup plus et produirons environ 1 000 tonnes l’année prochaine”, nous a indiqué un Chris Lee, directeur financier de la ferme. La ferme marine de Mahébourg a commencé par importer des œufs d’ombrine des états-Unis. Elle produit aujourd’hui ses propres œufs d’ombrine et de gueule pavée. Elle ne peut cependant pas exporter vers l’Union européenne, son unité de production n’ayant pas été homologuée par les autorités européennes. “Nous espérons pouvoir obtenir la certification nécessaire en avril pour entrer sur le marché européen”, affirme Chirs Lee. La ferme marine de Mahébourg,, tout comme Velmar, producteur de marlin fumé, sont en fait victimes d’une énorme bourde commise dans le passé par le gouvernement mauricien. La faute pourrait être réparée avec l’aide d’un consultant néo-zélandais d’ici peu.
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