Publicité

L?étrange accident de Midou le menuisier

30 octobre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?atmosphère est lourde dans les ruelles de Cassis. Les adultes traînent, les enfants courent vers la boutique du coin, frôlés par des voitures pressées de rejoindre l?autoroute en se frayant un chemin par la route Ménagerie.

Des tiges de fleurs fanées sur le bas-côté de la route ont été laissées ici en souvenir d?Alex Michel Dedans, 41 ans. C?est dans le virage menant au centre d?appel de Mauritius Telecom qu?il est tombé, on ne sait comment, dimanche.

Des bosses à la tête, il a été hospitalisé le même jour à Port-Louis avant d?être dirigé vers le service neurologique de l?hôpital du Nord. Peine perdue.

Malgré les soins, Midou le menuisier de Cassis n?a pas survécu, laissant derrière lui sa mère éplorée, cinq frères, trois s?urs et une fille de 12 ans, orpheline.

Dans la maison familiale de la route de Cassis, chacun tente de comprendre la chute mortelle de Midou ce dimanche matin. La route Ménagerie devait pourtant être noire de monde lorsqu?il est tombé. Comment se fait-il que les paroissiens qui allaient à l?église pour la messe dominicale n?aient rien vu !

En se réveillant dimanche, Midou avait préparé du thé et après avoir pris son petit-déjeuner, s?était aperçu qu?un des pneus de sa bicyclette avait crevé.

Il est allé chercher une pompe à vélo chez un ami. En cours de route, nul ne sait comment il est tombé. Un ami l?avait rencontré quelques instants avant qu?il ne s?évanouisse.

Lorsque son ami s?est précipité pour lui porter secours, Midou n?arrivait pas à le reconnaître et répétait des phrases inintelligibles, explique sa mère, Henriette Bisahu. « C?est à peu près vers huit heures et demi qu?un cousin est venu nous dire que Midou était tombé. Je suis parti le voir en compagnie de ma mère et d?un autre frère », raconte Gino.

Hébété, Midou a été invité par des habitants à s?asseoir à l?ombre. Il avait une énorme bosse à la tête et les yeux exorbités. Sa mère et ses proches le pressent de questions mais il répond par des banalités. « Il m?a réclamé du Panadol, me disant qu?il avait horriblement mal à la tête », soupire Henriette. On l?embarque alors pour l?hôpital Jeetoo.

« En pleine salle d?attente, il a fait une chute et j?ai entendu le bruit que faisait sa tête lorsqu?elle a touché le carrelage. De jeunes infirmiers étaient sur place mais n?ont pas levé le petit doigt pour l?aider. Un médecin, originaire de l?Inde, se désolait de leur attitude », s?insurge Gino.

Henriette, elle, peste contre un policier à qui elle avait gentiment demandé de veiller à ce que Midou ne quitte pas son fauteuil roulant. « Line levé, line marsé, line coumance tremblé, line tomber et so la tet ine fer pok pok. »

Un travailleur social à sa façon

« Les médecins nous ont dit qu?il a eu une crise. Mais on ne sait pas quelle est l?origine. D?ailleurs on ne connaît pas les détails de son autopsie. On a un ami qui connaît un haut gradé de la police. Ce dernier pourra sans doute nous aider à voir plus clair dans cette affaire », espère Gino.

Il s?interroge aussi sur les hématomes qui sont sur le bras de Midou. « C?est peut-être les traces laissées par ceux qui l?ont aidé à se relever », se résigne Henriette.

« On ne sait pas ce qui s?est passé mais les médecins nous ont déclaré qu?il n?avait pas été battu. »

D?après l?autopsie du médecin légiste Sudesh Kumar Gungadin, le menuisier est mort d?une hémorragie cérébrale. L?absence d?autres blessures sur son corps n?a rien à voir avec un hit and run et suppose plutôt une chute.

Serviable, Midou laissera son empreinte parmi ses proches et voisins. « Chaque fois que le téléphone sonnait, on disait : ?Démane Midou amene mo bonbonne gaz, dire Midou pran mo pension ou dire Midou paye mo délo? », raconte Gino avec un sourire crispé. « À sa façon, Midou était un travailleur social? »

Publicité