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L?étincelle

4 juillet 2003, 20:00

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La rencontre qui est prévue cet après-midi entre le pouvoir politique et les capitaines d?industrie est porteuse d?espoir. Si elle n?est pas réduite à une simple occasion de réconciliation pour faire oublier les chamailleries survenues depuis le budget, elle peut fournir l?étincelle qui ravivera l?âme de la nation.

Une bonne articulation entre le corps politique et les détenteurs de capitaux est indispensable pour faire marcher la machine économique. Les rouages doivent être huilés et le contact harmonieux. Avec la disparition des idéologies, l?on a cessé de croire que les dirigeants politiques sont des Robins de Bois qui ont pour vocation de voler aux riches pour partager le butin entre pauvres.

En tout cas, le Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth, lui, est certainement sorti de cette vieille logique. Il a encore démontré hier, à Plaine-des-Papayes, qu?il est capable d?entretenir un rapport totalement décomplexé avec les capitalistes. La confiance doit s?installer entre le secteur privé et le gouvernement, résumait-t-il candidement.

Alors que ses adversaires tiennent un discours haut en couleur pour fustiger la classe de possédants, le Premier ministre affirme que « s?il n?y a pas de capitalistes, il n?y a pas de développement dans le pays ». Ainsi, prend-il une position bien tranchée dans la polémique qui tient lieu de débat politique en cette période de pré-campagne électorale dans la circonscription n°.7. Pour lui, l?action publique doit accompagner l?effort des créateurs d?emplois. Les dirigeants politiques et les chefs d?entreprises ne peuvent être en confrontation. Il sont partenaires.

Cette notion de partenariat est parfois poussé jusqu?à l?extrême. Elle implique, par exemple, que le Premier ministre ou le vice-Premier ministre doive se transformer en marketing executive des compagnies, le cas échéant. L?exemple à suivre, rappelait hier un patron indien, est celui du fameux Chandra Baba Naidu, chef ministre d?Andra Pradesh, qui a rempli la cybertour de sa ville, Hyderabad, en conduisant personnellement les missions d?investissement à l?étranger.

Les chefs d?entreprise qui ont critiqué l?action gouvernementale uniquement parce que le ministre des Finances a omis de leur distribuer des friandises le jour du budget posent mal le problème. Ils n?envisagent donc aucun autre horizon que les concessions fiscales ou les prêts à taux bonifiés pour assurer un meilleur avenir ? Comme le disait récemment l?ancien ministre Amédée Darga, il est temps que les partisans d?une économie de rentes adoptent enfin une culture d?entrepreneur. Les uns vivent de béquilles, les autres d?idées novatrices.

Il faut vraiment que la classe des entrepreneurs soit à court d?idées si elle entend profiter de la rencontre avec les leaders politiques seulement pour faire progresser ses intérêts individualistes. Elle ne peut faire abstraction des crises sociales, dont celle de l?emploi. Il y a le drame des ouvriers qui sont licenciés parce que leur employeur a mis la clé sous le paillasson et la frustration des jeunes diplômés du secondaire et du supérieur incapables de trouver un emploi correspondant à leur qualification.

Ce serait un gâchis si devant l?immensité des problèmes économiques, patrons d?entreprise comme dirigeants politiques se mettaient à parler de fatalité ou de faibles marges de man?uvre et se quittent sur une note de pessimisme. Certes, les contraintes sont réelles, sur le plan international. Mais, précisément, quand les temps sont durs ce sont rarement les discours rationnels qui préparent la population à mieux les affronter. Il faut de l'imagination.

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