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Karl Dussah construit son propre théâtre

26 septembre 2007, 00:00

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Karl Dussah construit son propre théâtre

On se souvient de Gérard Sullivan, établissant dramatiquement ? c?est le cas de le dire ? ses comptes après un mois ou presque de représentations, en salle comble, de Starmania ou de Zozef. Salle comble pendant pratiquement un mois ? un record théâtral à Maurice ? pour aboutir à un déficit, dû en grande partie aux frais de location du théâtre municipal de Beau-Bassin/Rose-Hill. On croyait cette salle de spectacle au service de nos comédiens et de leurs troupes théâtrales. Il se révèle surtout le pied-dou-riz d?un nombre exagéré d?employés municipaux, n?hésitant pas à vampiriser les promoteurs de spectacles, à coups d?heures supplémentaires injustifiables, à payer rubis sur ongle, si l?on veut que les projecteurs éclairent la scène ou que le rideau se lève après les trois coups annonciateurs. Comment rentrer dans ses frais quand l?on doit payer des heures supplémentaires à partir de 16 heures ou même plus tôt et qu?une répétition commence à 18 heures et une représentation à 20 heures pour se prolonger jusqu?à minuit ? Pourquoi aussi louer une salle de 500 spectateurs quand l?on sait qu?en dehors de la générale, il sera difficile d?attirer plus d?une centaine de spectateurs ?

Avant Gérard Sullivan et tant d?autres promoteurs de spectacles, fatigués de se crever sur scène et en coulisses pour remplir les poches de quelques employés-parasites, Karl Dussah et ses amis, tous élèves de l?inoubliable Denis Julien, décident de construire leur propre salle de spectacle, salle polyvalente et fonctionnelle puisqu?il est prévu que les jours de relâche, elle pourra servir de salle de danse, de gymnase, de kojo et de centre de yoga. Ils lui donnent le nom symbolique de Mauricenarium. Ils avaient d?abord pensé rendre hommage à un Mauricien émérite s?étant dévoué à la noble cause des Arts et de la Culture, à l?instar d?un Pierre Renaud ou d?un Marcel Cabon, sans oublier l?ineffable Malcolm de Chazal qui est, pour la culture mauricienne, ce que la pomme d?amour est à la cuisine locale. Ils sont momentanément tentés par ségatorium qu?ils finissent par juger et à bon escient trop restrictif. C?est alors que Mauricenarium leur apparaît comme le reflet fidèle de leur objectif le plus cher : créer une salle de spectacle et la mettre au service da la culture à Maurice.

Une nouvelle salle de théâtre voit donc le jour en septembre 1982. Elle est située au 63 de la rue Père-Laval, un habitué des miracles d?ailleurs. L?on sait que si l?on veut durer au théâtre, il convient de croire au miracle et même au Père Noël mais surtout pas au ministère des Arts et de la Culture qui ne sait que vampiriser ce que nos artistes et nos intellectuels produisent de mieux.

La nouvelle salle bénéficie d?une bonne acoustique. Elle peut contenir 250 personnes. Ses deux promoteurs sont Karl Dussah et France Supparayen. Karl Dussah pousse même le dévouement à la cause culturelle jusqu?à mettre un terrain lui appartenant à la disposition du projet. En fait la nouvelle salle de spectacle est l?étage d?une maison lui appartenant. Elle comprend des balcons, une salle de projection, entre autres, pour diapositives et jeux de lumière, des projecteurs, une herse, une scène, des rideaux, une salle pour les répétitions, une autre pour la danse, les loges des artistes.

Karl Dussah raconte la genèse du projet Mauricenarium : France Supparayen et lui sont des élèves de Denis Julien à partir de 1969. Denis Julien est un acteur français, ayant épousé une des filles de Raoul Rivet. Il séjourne quelques années au pays natal de son épouse et en profite pour mettre son expérience professionnelle au service de l?art dramatique. Son séjour à Maurice coïncide avec ceux de deux autres serviteurs émérites du théâtre francophone à Maurice : Roger Lecoultre et Serge Kimmoun. Ils rivalisent entre eux pour former des Mauriciens à l?art dramatique et pour monter des pièces de théâtre. Leurs efforts se situent, bien sûr, dans la continuité de ce que Max Moutia et Yves Forget ont fait précédemment pour l?art lyrique et l?art dramatique. Il est dommage que les services culturels de l?ambassade de France à Maurice ne comprennent pas mieux que l?aide la plus inestimable qu?ils puissent apporter aux Mauriciens, les jeunes plus particulièrement, serait de mettre, en permanence ou temporairement, un ou plusieurs professeurs de diction et d?art dramatique à la disposition de ceux et celles voulant cultiver l?art du bien dire pour pouvoir ressusciter sur scène la vitalité contenue par les plus beaux poèmes et morceaux de prose des littératures française, francophone et mauricienne.

Pour sa part, Karl Dussah essaye courageusement de reprendre le flambeau laissé par Denis Julien. Après s?être longtemps fait plumer par les employés-parasistes de BB-RH, il décide de créer son propre théâtre. Nous ne pouvons que lui dire merci et bonne chance !

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