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Jean Renat Anamah : le rêve américain
<B>SON eldorado à lui, Jean Renat Anamah en est revenu. Les yeux écarquillés, le sourire satisfait, la créativité exacerbée. Enfant déjà, il rêvait d?aller dans ce ?pays qui (pour lui) représente la perfection artistique.? Traduit dans la réalité, cela a donné une invitation au festival Movement (R ) evolution Dialogues, festival de danse contemporaine en Afrique et /ou venue d?Afrique, du 31 janvier au 14 février.
?Imaginez ce que c?est que d?aller dans le berceau de la danse moderne. Là où se sont imprimés les pas des maîtres : Martin Graham, Alvin Hailey et Jose Lemon.? Durant son séjour, Jean Renat Anamah affirme avoir eu l?occasion d?assister à divers stages. ?C?était des périodes de questionnement intense où les danseurs étaient en contact avec des ethnologues, des critiques, des gens du cinéma. Toutes ces voix vous forcent à vous remettre en question, à ouvrir vos horizons.?
Le danseur et chorégraphe mauricien a également eu l?occasion d?animer des sessions notamment dans les universités de Houston, Tucson en Arizona, à Philadelphie et en Floride. ?J?en ai profité pour emmener la gestuelle africaine contemporaine et plus particulièrement la sensibilité mauricienne à la danse américaine.? Un processus via la pièce Same but different, avec le concours du danseur et chorégraphe Sello Pesa, également de la partie. Signalons que la compagnie malgache Rary était aussi conviée à l?événement américain.
Rencontre des contrastes implique ? forcément ? ? des divergences de perception. Après un premier flot de paroles enthousiastes, Jean Renat Anamah calme sa respiration. Devient grave. Avant de dire : ?C?est vrai aussi que j?ai assisté à des choses dérangeantes. Par exemple, lors d?une séance de projection sur la danse en Afrique, les images ne cherchaient pas à aller au-delà des clichés. La délégation du Burkina Faso a carrément quitté la salle, en disant qu?ils n?avaient pas fait le voyage pour voir les Américains faire leur mea culpa.? En signe de solidarité, Jean Renat Anamah affirme que Malgache, Sud-Africain et Mauricien leur ont emboîté le pas. ?A bien y réfléchir, c?est comme s?ils avaient kidnappé l?identité de l?Afrique, qu?ils avaient réduit l?ancestral à des manifestations folkloriques.?
Autre fait notable ? nettement moins pénible cette fois ? ?nous avons du adapté notre démarche pour des participants issus du jazz et du ballet classique. Cela nous oblige à avoir un langage épuré.? Au bout du compte, Jean Renat Anamah aurait-il traversé l?océan pour retrouver ses origines ? Tout porte à le croire.
Avant de s?enflammer de nouveau quand il prononce le nom de Bill T. Jones, le pionnier de la danse africaine en Amérique. ?Je pense que c?est la rencontre qui m?a le plus marqué.? Le mauricien n?a raté ni rencontres, ni répétition, ni spectacle ? la 20e saison de The Phantom Project ? de son ?idole?. A l?affût des opportunités, Jean Renat saisit l?occasion de lui montrer une cassette de Somewhere Somewhat. A la fin de la séance : des compliments. ?Je n?en revenais pas, j?en ai presque pleuré de joie. Cela m?a réconforté dans mes choix.?
Aux USA, le Mauricien affirme avoir pu s?épancher sur ?la difficulté de pratiquer son art?, de sa société ?qui accepte difficilement sa danse?. Une frustration accrue par ?l?attitude de la mission mauricienne à Brooklyn qui a décliné toutes les invitations de Movement (R ) evolution Dialogues.?
Qu?à cela ne tienne, c?est à mots couverts que Jean Renat Anamah aborde sa nouvelle création. ?Quand on est artiste du mouvement, il faut effacer les gestes appris pour aller vers la création.? Un gommage effectué de préférence dans son studio à Belle-Rose.
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