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Jean-Paul Thomas : « Cela paraissait irréel »

10 juillet 2005, 00:00

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Le Mauricien Jean-Paul Thomas travaille près de Baker Street, à moins de cinq minutes de marche de la station de métro d?Edgware Road, où a eu lieu l?une des explosions jeudi à Londres. Il raconte ce qu?il a vécu entre 9 h 15 et 9 h 55 ce matin-là.

« Comme chaque matin, je suis sorti de la station de Baker Street à 9 h 14. J?avais à peine parcouru quarante mètres quand j?ai senti le sol trembler. Je me souviens m?être demandé ce qui se passait. J?étais à une cinquantaine de mètres d?une des sorties de la station de métro d?Edgware Road quand, soudain, j?ai vu une scène digne d?un film de science-fiction. »

« Je revois la scène au ralenti, sans entendre le moindre son? Imaginez : environ 15 personnes hagardes, le visage ensanglanté et noirci, les vêtements en lambeaux et les cheveux ébouriffés. Je suppose qu?il y a eu des cris, mais dans mes souvenirs, je n?entends rien? D?autres petits groupes de personnes sont sortis de la station de métro. Les gens sont tombés sur le trottoir, se sont jetés dans les bras des passants? Je ne sais pas trop ce que j?ai fait. Il me semble que j?étais paralysé sur place? C?est stupide : je me souviens m?être demandé si l?on tournait un film? Cela paraissait irréel.

« Puis, je revois quelqu?un hurler : « There was a bomb ! There was a bomb ! » Je sais qu?à un moment donné, une vieille dame s?est jetée dans mes bras et m?a dit : « I don?t want to die ! » Elle avait, je le revois, des plaies ouvertes sur l?épaule gauche et dans le cou. J?ai entendu une sirène. Des policiers ont fait leur apparition.

« Je crois que c?est alors que je me suis rendu compte qu?il y avait eu un attentat. J?avoue avoir pris peur, surtout que j?avais du sang de la vieille sur les mains et les vêtements. Je l?ai serrée contre moi. Je ne voyais plus rien? Je sais qu?à un moment donné, des policiers ou des infirmiers m?ont pris « ma » petite vieille. J?ai dû alors marcher un peu perdu? Des gens couraient autour de moi. Des corps étaient allongés sur le trottoir.

« Puis, je me suis retrouvé assis sur un banc à Regent?s Park, à environ 500 mètres de là. Je me souviens avoir regardé ma montre et m?être dit qu?il était 12 h 55 à Maurice et que ma mère allait s?inquiéter si elle entendait parler d?un attentat à Londres. J?ai dû rester prostré sur ce banc pendant très longtemps, car je suis rentré au bureau vers midi. Je suis encore tout choqué de mon expérience, que je revois en « bribes ». Je sais que plus jamais les choses ne seront comme avant. »

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