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Israël : le mur qui fait de l?ombre à la paix

28 septembre 2003, 20:00

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Pour Taradji al Kadi et Yaël Oren, la route menant aux hôpitaux universitaires de Jérusalem où leur sont dispensés leurs cours est semée d?embûches ? mais pas pour les mêmes raisons.

Pour atteindre l?hôpital Mak-kased, à Jérusalem-Est, Kadi, qui est palestinienne, doit escalader un mur de béton surveillé par des policiers israéliens et grimper à pied une colline pendant une heure. Ce mur barre la route menant à l?hôpital, qui n?est qu?à dix minutes en voiture.

De l?autre côté du mur, Oren doit surmonter sa peur et s?asseoir dans un bus pour se rendre à l?hôpital Hadassah. Elle sursaute quand des passagers montent, puis elle les scrute nerveusement pour voir s?il n?y a pas parmi eux un kamikaze palestinien avec un sac, ou, scotchés autour de la taille, des explosifs.

Le mur de trois mètres de haut qui sépare ces étudiantes a récemment été érigé par Israël dans le but avoué d?empêcher les kamikazes palestiniens ? qui ont tué plus de 430 personnes en trois ans ? de gagner Israël à partir de la Cisjordanie.

Bientôt, ce qui par endroits n?est encore qu?une barrière sera remplacé par un mur permanent de huit mètres de haut, surmonté de fil de fer barbelé et flanqué de deux chemins de terre protégés par des grillages où les soldats israéliens effectueront leurs patrouilles, à l?affût d?éventuels Palestiniens qui chercheraient à s?infiltrer en Israël. Le dispositif ressemblera à s?y méprendre à une frontière - même si l?Etat hébreu a assuré à ses alliés américains, sceptiques, que ce n?en est pas une.

?Ils nous enlèvent notre liberté?, dit Kadi. Cette jeune femme de 24 ans pense en outre que la présence de ce mur n?empêchera pas les kamikazes d?agir, et elle y voit la réalisation d?un dessein moins avouable d?Israël.

?Ils sont en train de nous enlever Jérusalem-Est?, dit-elle, faisant référence au quartier de la Ville sainte annexé par Israël lors de la guerre israélo-arabe de 1967. Comme beaucoup de Palestiniens, Kadi estime que Jérusalem-Est doit être la capitale de leur futur Etat.

Absurdité au quotidien

Chevauchant une ligne invisible séparant la ville d?Abou Dis de Jérusalem-Est, la barrière, que les Palestiniens qualifient de ?mur de Berlin?, est à l?instar de ce dernier défigurée par des graffitis. ?Ghetto d?Abou Dis?, a écrit quelqu?un en hébreu. L?auteur de ce slogan rageur pourrait bien être un étudiant de l?Université Al Kods, voisine, dont le campus sera probablement divisé en deux par le mur: les terrains de sport d?un côté, le reste de l?autre.

Pour l?heure, des trous subsistent dans le mur provisoire, permettant aux Palestiniens de l?escalader pour rendre visite à des proches ou vendre leurs produits sur le marché de Jérusalem. Des nuées d?enfants le traversent également pour se rendre à l?école. ?Maman, maman?, braille un enfant visiblement effrayé qu?un étranger soulève pour le faire passer de l?autre côté. Le nourrisson arrête de pleurer dès lorsque sa mère le recéptionne, perchée au sommet.

Des femmes voilées, visiblement gênées par les regards insistants des badauds, escaladent le mur du mieux qu?elles peuvent avec leur sac à main, se faisant aider de celles qui attendent leur tour.

Une vieille dame voit à travers le mur sa pharmacie, qui maintenant est de l?autre côté. Il lui faudra prendre un taxi pour s?y rendre, à quelques mètres. Le pharmacien viendra peut-être, sinon, près du mur pour lui fournir ce dont elle a besoin.

Les blocs de béton utilisés pour le mur Abou Dis sont recyclés. Ils avaient été utilisés auparavant pour protéger des habitations israéliennes menacées par des tireurs palestiniens.

Des peintures ornent encore certains d?entre eux. Elles ont été réalisées par les Israéliens dont les appartements étaient ainsi protégés, et tranchent avec le gris du reste. Par endroits, des fils de fer barbelés forment des touffes aléatoires.

Oren, 26 ans, lance : ?Il est absurde qu?elle (Kadi) doive escalader un mur pour assister à des cours. Je ne peux même pas imaginer à quel point la vie est dure pour les Palestiniens. Mais nous devons nous occuper de nous-mêmes avant de nous occuper des autres.? Oren, qui prend le bus tous les jours, lance : ?On ne peut jamais être sûr qu?on arrivera vivant.?

Pour les Palestiniens, un petit trajet pour se rendre à l?école, au travail, ou pour rendre visite à des proches peut prendre des heures en cas d?embouteillages à un barrage militaire ou s?ils sont refoulés à un poste de contrôle. ?Quand ils sont victimes d?attentats, cela m?attriste, mais quand je suis au pied du mur et que les soldats ne me laissent pas aller à l?hôpital pour mes cours, je suis très en colère. Je ne peux pas tolérer cela?, reconnaît Kadi.

Elle obtiendra probablement un permis qui lui permettra de franchir le mur au niveau de l?un des cinq portes qui y seront percées pour permettre à certains Palestiniens d?accéder à Jérusalem-Est à partir de la Cisjordae. Beaucoup de Palestiniens se souviennent de l?époque où ils pouvaient se rendre sur les plages de Tel Aviv ou en Galilée, dans le nord d?Israël. C?était avant 1993, avant que l?armée israélienne ne commence à ériger des postes de contrôle pour restreindre les déplacements des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Ces mesures ont été renforcées après plusieurs attentats suicide en 1996. Les autorités israéliennes avait fermé plusieurs mois de suite la frontière entre Israël et la Cisjordanie, empêchant des dizaines de milliers de Palestiniens d?aller travailler en territoire hébreu. Maintenant, l?édification par Israël d?un mur fait frémir les Palestiniens. ?Ils sont en train d?en faire une prison?, résume un homme.

Mais pour les Israéliens qui, comme Oren, veulent la paix avec les Palestiniens, ce mur est la seule solution tant que sévissent les kamikazes.

Megan Goldin

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