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Irak : Scénarii pessimistes

17 septembre 2004, 20:00

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Les analyses pessimistes sur l?avenir de l?Irak se multiplient. La vague d?enlèvements d?étrangers et d?Irakiens, et l?intensification des violences depuis le transfert de souveraineté, fin juin, ont poussé le secrétaire général de l?ONU, Kofi Annan, à faire part, dans la nuit de mercredi 15 à jeudi 16 septembre, de ses doutes sur la possibilité d?organiser, comme prévu, des élections législatives en janvier.

Les états-Unis et la Grande-Bretagne continuent à afficher leur optimisme à ce sujet, mais le président irakien par intérim, Ghazi Al-Yaouar, a lui-même jugé prématuré, jeudi, de se prononcer sur la tenue du scrutin.

George Bush, qui avait répété, vendredi 10 septembre, que les élections «auront lieu en janvier», a déclaré jeudi que «des élections nationales sont prévues pour janvier», tout en notant la «poursuite des actes de violence en Irak».

L?ambassade des états-Unis à Bagdad a confirmé les informations des autorités irakiennes selon lesquelles deux ressortissants américains, Jack Hensley et Eugene Armstrong, avaient été enlevés jeudi matin. L?ambassade de Grande-Bretagne a également confirmé l?enlèvement, dans la matinée, d?un citoyen britannique, dont elle a refusé de dévoiler l?identité avant d?avoir informé sa famille.

VOITURE PIÉGÉE DÉSAMORCÉE

Ces trois hommes travaillent pour GSCS, une société basée aux Emirats arabes unis qui a remporté plusieurs contrats de construction en Irak, a précisé leur employeur.

Des hommes armés ont surgi à l?aube dans leur demeure de deux étages située dans le quartier Al-Mansour. Ils ont été embarqués à bord d?une camionnette et aucun coup de feu n?a été tiré, a précisé un porte-parole du ministère de l?intérieur, s?appuyant sur le récit de témoins de la scène.

Selon des voisins, les trois otages sont jeunes, ils avaient déjà reçu des menaces et leur maison n?était protégée que par un seul vigile sans arme.

Plus d?une centaine d?étrangers ont été enlevés en Irak ces derniers mois. Environ un quart ont été exécutés, mais la plupart ont été libérés.

Quatre autres Européens au moins restent captifs en Irak : les deux journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot, et les deux Italiennes Simona Pari et Simona Torretta.

Outre ces enlèvements, l?Irak est le théâtre quotidien d?attentats à la voiture piégée ou de tirs de mortier de la part d?insurgés.

Un passant a été tué, jeudi, par l?explosion d?une mine à Bagdad. Les forces de sécurité irakiennes ont également désamorcé une voiture bourrée de 400 kg d?explosifs près de la «zone verte», complexe fortifié abritant les sièges des autorités irakiennes et des autorités civiles et militaires américaines.

Face à cette violence et à l?incapacité des forces irakiennes et américaines d?y mettre un terme, Kofi Annan a fait part de ses doutes sur la stabilisation de l?Irak et rappelé leurs responsabilités aux états-Unis. Pour le secrétaire général de l?ONU, «on ne peut pas avoir d?élections crédibles si les conditions de sécurité restent ce qu?elles sont aujourd?hui».

M. Annan a en outre répété que la guerre lancée en mars 2003 en Irak était illégale au regard du droit international.

Sur ce deuxième point, la Grande-Bretagne et l?Australie, qui comptent parmi les principaux soutiens des états-Unis sur le dossier irakien, ont fermement et rapidement réagi en contestant le jugement du secrétaire général de l?ONU.

LA GUERRE CIVILE ENVISAGÉ

Washington n?a pas officiellement réagi, mais Randy Scheunemann, ancien conseiller du secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, a estimé que M. Annan n?avait pas à donner son avis.

Sur les violences, en revanche, le gouvernement britannique a admis que la situation était «inquiétante». Washington et Londres tiennent cependant à organiser les élections en janvier.

En visite à La Haye, Al-Yaouar a également dit souhaiter la tenue d?élections «dans un environnement sûr». Toutefois, a-t-il estimé, «il est un peu prématuré de se prononcer» sur la question d?un report.

En pleine campagne pour sa réélection, le président américain, George Bush, continue, pour sa part, d?affirmer que l?Irak progresse sur la voie de la stabilisation et de la démocratie.

Le rapport d?évaluation des services du renseignement préparé en juillet est pourtant moins optimiste. Parmi les évolution envisagées pour 2005, le scénario le plus noir prévoit la guerre civile, le plus optimiste évoque une persistance de l?instabilité.

Pour un ancien officier respecté de l?armée britannique, le colonel Tim Collins, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont fait preuve d?«incompétence manifeste» dans leur préparation de l?après-guerre.

Le Monde News Service

Affrontements à Bagdad entre insurgés et forces américaines

De nouveaux affrontements ont éclaté hier à Bagdad lors de l?intervention de forces américaines et irakiennes dans un quartier du centre pour en déloger des insurgés, rapportent des témoins et des sources gouvernementales.

Aucune victime n?a été signalée à la suite de ces accrochages, qui ont commencé peu avant l?aube. Plusieurs explosions et des tirs ont en outre été entendus à l?aube à proximité de la Zone verte, qui abrite des bâtiments officiels sous haute sécurité.

La police irakienne a barré les accès menant à la rue Haïfa, un quartier de Bagdad surnommé «la petite Falloudja» par les soldats américains, en référence à un bastion des insurgés situé à l?ouest de Bagdad.

Selon des témoins, des tireurs d?élite américains ont pris position sur le toits de bâtiments élevés tandis que des chars, des véhicules de combat Bradley et des Humvee, ainsi que des soldats et des membres de la Garde nationale irakienne, pénétraient dans le quartier. La rue Haïfa a été le théâtre de violents affrontements au cours de la semaine passée, dans le cadre des efforts des forces sous commandement américain visant à reprendre le contrôle de fiefs rebelles situées dans Bagdad et à sa périphérie. Mardi, au moins 47 Irakiens ont été tués dans un attentat à la voiture piégée devant un commissariat de police dans la rue Haïfa, deux jours après des tirs de roquettes américains sur une foule, qui y avaient fait au moins 13 morts.

Les forces américaines se sont fixé pour objectif de mater la rébellion en Irak avant décembre, pour permettre la tenue d?élections d?ici la fin janvier. L?armée américaine a également annoncé avoir mené des frappes aériennes contre Falloudja et Ramadi, autre foyer rebelle.

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