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Irak : le conseil intérimaire veut plus de pouvoir
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Irak : le conseil intérimaire veut plus de pouvoir
Appel de la dernière chance ou simple incantation du désespoir ? En demandant mardi, publiquement cette fois, au président Bush de lui transférer ?plus d?autorité?, le très peu consistant Conseil intérimaire de gouvernement (CIG) irakien a souligné l?impasse dans laquelle sont embourbés les Etats-Unis en Irak. A force de retarder un tel transfert de pouvoir, Washington a encore réduit la crédibilité des membres du CIG tout en laissant se développer une campagne de terreur contre eux, et contre les Irakiens qui pourraient les aider.
Mardi, c?est une nouvelle catégorie de collaborateurs des Américains qui a été ciblée: les juges qui doivent enquêter sur les crimes du régime déchu. Les attaques directes contre les forces américaines ? et le coeur même de leur dispositif à Bagdad ? ne connaissent par ailleurs aucun répit.
De nouvelles attaques ont eu lieu à Mossoul mercredi, faisant trois morts dans le camp irakien et une douzaine de blessés (voir hors-texte). Trois roquettes ont explosé la veille au soir, dans le secteur de la ?zone verte?? au centre de Bagdad ? un ensemble d?ex-palais présidentiels qui sert de quartier général aux forces américaines et à leur administration civile. ?Trois membres de la coalition, probablement américains, ont été blessés?, selon un porte-parole du Pentagone. ?Les soldats paniqués se sont mis à courir dans tous les sens?, a rapporté un vigile irakien à l?agence Reuters. La nuit précédente, trois obus de mortier étaient tombés dans cette même zone.
De tels tirs ébranlent Bagdad depuis une semaine. Deux ont atteint l?université, apparemment sans faire de victimes. Mardi, réunis au Palais des conférences, dans la même zone de Bagdad, ceux des membres du CIG qui ne se trouvent pas à l?étranger ont rendu publique leur lettre au président Bush et à son secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld. Son contenu n?ajoute rien à ce que le CIG reclame depuis toujours, ?le transfert de plus d?autorité au Conseil, surtout dans le domaine de la sécurité, car les Irakiens sont plus capables que d?autres de gérer ce dossier, étant au fait de la nature du régime terroriste de Saddam Hussein et de ses plans.? Ils soulignent également, par égard aux destinataires, que le CIG veut ainsi mieux combattre ?le terrorisme international? et ?les forces du mal qui veulent déstabiliser l?Irak et l?empêcher d?établir un régime démocratique.?
Provocation baasiste</B>
Mais dans la mesure où tout acte du CIG doit avoir l?aval de l?administrateur américain, Paul Bremer, il n?est pas exclu que ce dernier cherche ainsi à forcer la main de ses maîtres, ou à donner au CIG un soupçon de crédibilité. M. Bremer était apparu, lors de sa dernière conférence de presse, très en-deçà du ton de défi maintenu par la Maison Blanche. ?Nous avons ici une guerre??, avait-il déclaré dimanche en réponse aux interrogations sur l?escalade des attaques depuis dix jours.
Quelques dizaines de vieux magistrats irakiens, réunis au Palais des conférences, semblaient, mardi, totalement effondrés. Ils ont été choisis pour faire partie du Tribunal spécial, ?uniquement irakien??, auquel Washington a décidé de confier la lourde tâche de juger les auteurs présumés de crimes contre l?humanité et autres, commis du temps de Saddam. Et ils venaient d?apprendre que deux au moins de leurs collègues siégeant dans les régions ont été assassinés en moins de 24 heures.
A Mossoul, dans le nord, le président de la Cour d?appel, Ismail Youssef Sadeq, a été mitraillé mardi matin devant sa maison par des inconnus à bord d?une voiture; et à Nadjaf, dans le sud, le vice-président du tribunal local, Mouhan Jabr Al-Chouwaili, qui a nommé les deux juges locaux chargés de ces enquêtes ?anti-baasistes??, a été enlevé et tué lundi dans le désert, de deux balles dans la tête par des hommes qui ont déclaré agir ?sur ordre de Saddam Hussein.
Les détails furent rapportés, dans une interview à la télévision qatarie Al-Jazira, par un procureur enlevé avec lui, puis relâché. Un troisième magistrat, un chrétien de Kirkouk, a été tué mardi dans sa voiture... mais par les tirs de soldats américains qui pourchassaient quelqu?un d?autre, selon la police.
Mossoul est désormais le théâtre de fréquentes attaques. Un journaliste opposant à Saddam y a été tué, de même que deux militaires américains, dont la résidence a été atteinte, mardi, par cinq tirs de Katioucha. A Nadjaf, les ?occupants?? et les Irakiens qui jouent leur jeu semblaient jusqu?à présent épargnés, comme dans tout le sud chiite, si l?on exclut la voiture piégée qui fit une centaine de morts en août devant le mausolée d?Ali. Or on y assiste désormais à une offensive attribuée aux Baasistes : outre le juge exécuté, le maire de Nadjaf a échappé mardi à une troisième tentative d?assassinat, menée par des ?inconnus en voiture?. Un maire adjoint de Bagdad et le chef d?un Conseil local de la capitale font partie des victimes de ces assassins sans visage, qui ont déjà tué une femme membre du CIG et tente d?en tuer d?autres.
Beaucoup d?autres assassinats ne seraient pas rapportés par les médias ? dont celui de deux vieux imams sunnites dans un quartier chiite de Bagdad, une ?provocation baasiste??, disent des habitants. Innombrables seraient aussi les menaces adressées, par téléphone, par lettre ou par une balle dans une enveloppe, à des fonctionnaires, des journalistes ou des policiers. Certains de ces derniers, qui ont perdu une vingtaine des leurs dans les attentats-suicides du 27 octobre, manifestaient, mardi, à Bagdad.?Par mon âme, par mon sang, je me sacrifie pour toi, ô Irak?, scandaient-ils. Ils croyaient savoir que Washington avait décidé de réduire leur maigre salaire de moitié...
Sanctions
Deux responsables de l?ONU ?suspendus? après l?attentat de Bagdad
Deux responsables de l?ONU ont été mis temporairement en congé à la suite du rapport indépendant sur l?attentat contre le quartier général des Nations unies à Bagdad, le 19 août. Le coordonnateur global pour la sécurité, Tun Myat, et le responsable de la sécurité à Bagdad, Ramiro Lopes da Silva, ont été placés en disponibilité?? à leur demande ?jusqu?à janvier?, a indiqué un porte-parole de l?ONU, Stephane Dujarric. Dans l?intervalle, un groupe de quatre enquêteurs extérieurs, désignés mardi par le secrétaire général, devra dégager ?les responsabilités à tous les niveaux de direction au siège et sur le terrain?.
Cette mesure est intervenue alors que la question de la sécurité des personnels à Bagdad avant l?attentat du 19 août et de la responsabilité des dirigeants, dont Kofi Annan, dans les erreurs d?appréciation commises par l?organisation continue d?empoisonner l?atmosphère à New York. Le 22 octobre, un rapport demandé par le secrétaire général à une commission indépendante a révélé ?d?importantes infractions aux règles de sécurité au siège comme sur le terrain??. Les personnels envoyés en Irak étaient beaucoup trop nombreux, en contravention à l?échelle des risques établie par l?organisation elle-même. Les menaces reçues ont été sous-estimées, les barrages de précaution américains démantelés. Le rapport montrait aussi la pesanteur de la bureaucratie onusienne : lorsque les responsables sur le terrain ont voulu, en juin, recouvrir les fenêtres d?un film antifragmentation, l?administration a New York a refusé la solution proposée par Bagdad car elle avait déjà passé des appels d?offres. Le 19 août, l?explosion a fait 22 morts et plus de 150 blessés, dont beaucoup à cause des bris de verre.
Insécurité
La BM reporte son retour
Le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, déclare dans un entretien publié hier que l?insécurité est encore trop importante en Irak pour que le personnel de l?organisation puisse envisager d?y retourner.
?Des risques considérables subsistent auxquels je ne peux exposer mes collaborateurs?, explique Wolfensohn dans un entretien accordé au quotidien économique allemand ?Handelsblatt?.
La Banque mondiale a retiré la totalité de son personnel d?Irak après un attentat-suicide au camion piégé perpétré en août contre le QG de l?Onu à Bagdad, où elle avait elle aussi ses bureaux. L?attentat avait fait 22 morts.
Cité par le journal, Wolfensohn estime que la sécurité s?est améliorée dans le nord de l?Irak mais que la présence dans le pays de milliers de lance-roquettes en libre circulation représente un ?risque déraisonnable?. ?Quand la situation se sera calmée je me rendrai moi-même en Irak, avant d?y envoyer mes collègues?, dit-il.
Pour le moment, la Banque mondiale reste en contact téléphonique avec les responsables irakiens ainsi que le personnel onusien et américain sur place, pour préparer plusieurs projets.
?Mais dans deux à trois mois, nous aurons une meilleure idée de la situation sur le terrain?, prédit Wolfensohn.
plan de rotation
L?Amérique prépare la relève
Le Pentagone s?apprête à commander la préparation de milliers d?effectifs additionnels, dont des Marines, qui seront expédiés en Irak au début de l?année prochaine, déclarent des sources officielles.
Le général Peter Pace, vice-président de la Joint Chiefs of Staff, souligne que ces troupes feront partie d?un plan de rotation pour l?Irak. A mai 2004, les 132 000 soldats actuellement en service en Irak ne seront plus que 100 000.
Pace n?a pas donné d?indication précise sur le nombre de troupes qui feront partie de ce plan de rotation. Mais des officiels déclarent qu?elles comprendront des Marines de même que deux divisions de l?armée régulière, la 1ère division d?infanterie allemande ainsi qu?une division de cavalerie du Texas.
Bilan
138 soldats américains victimes d?attaques
Au moins 138 soldats américains ont été tués par des tirs hostiles en Irak depuis le 1er mai, jour où George Bush a proclamé la fin du gros des combats.
Les dernières attaques contre les forces américaines remontent à mercredi à Mossoul dans le nord de l?Irak. Trois Irakiens ont été tués et au moins 12 personnes ont été blessées, parmi lesquelles cinq soldats américains.
Lors d?une opération lancée par ailleurs à Falloudja, à l?ouest de Bagdad, les forces américaines ont arrêté mardi deux anciens généraux de l?armée de Saddam Hussein et ont mis la main sur une importante cache d?armes, a fait savoir l?armée mercredi. ?Les deux généraux sont soupçonnés d?être des trésoriers de premier plan et des organisateurs des combattants anti-coalition opérant dans Falloudja et autour?, a dit l?armée dans un communiqué.
A Mossoul, une grenade a été lancée en direction de deux véhicules américains mercredi après-midi dans le centre. Un enfant a été tué et au moins sept Irakiens ont été blessés, ont déclaré les services hospitaliers. Un soldat américain a par ailleurs été blessé, indique l?US Army.
Un peu plus tard, une roquette a été tirée sur un convoi américain dans le sud de Mossoul. Selon des témoins, la roquette n?a pas atteint le convoi mais a tué deux Irakiens circulant à bord d?une voiture civile. Un soldat américain a été blessé.
Dans une autre attaque à la roquette, deux soldats de l?US Army ont été blessés, toujours à Mossoul, où l?explosion d?une bombe a blessé par ailleurs un militaire américain, a déclaré un officier de la 101e division aéroportée.
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