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Il faut un troisième transporteur sur nos principaux marchés en Europe

23 mars 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Comment aura été l?année 2003 pour l?aviation commerciale ? </B>

Je dois dire que la guerre en Irak n?a pas beaucoup affecté Maurice. D?ailleurs, nous avons terminé l?année avec une hausse de 3 % au niveau des arrivés touristiques. C?est le SRAS qui nous a le plus touchés pendant plus de trois mois. Mais on peut aussi dire que la maladie nous aura été bénéfique dans une certaine mesure : Maurice a pu récupérer une partie des touristes qui avaient prévu de voyager en l?Extrême-Orient.

<B>Le tourisme haut de gamme refait débat. Quelle devait être la meilleure formule pour la destination mauricienne ?</B>

Notre démarche de toujours viser le haut de gamme peut à la longue devenir un handicap. Si les touristes perçoivent que les tarifs pratiqués par les hôtels sont trop élevés, cela joue contre nous. Le prix est aujourd?hui un facteur primordial tant par rapport à l?hébergement qu?aux billets d?avion.

Il ne faut pas oublier que nous sommes à 12 heures de vol de l?Europe, notre principal marché touristique. Les tarifs devront être raisonnables pour que nous puissions faire face à la compétition.

<B> Faut-il alors permettre des vols charter à Maurice pour plus de concurrence et pour des tarifs de voyage plus compétitifs ?</B>

Le terme ?charter? est utilisé de manière abusive à Maurice. Il faut plutôt parler en termes de low-cost airlines, telle Easy Jet. L?avènement de ce type de transporteur chez nous peut faire casser les prix. Il y a plusieurs facteurs qui permettent aux compagnies aériennes low-cost d?opérer de manière très compétitive.

Elles se sont adaptées au besoin du voyageur. Elles n?adoptent pas les mêmes stratégies d?opération que British Airways ou Air France, compagnies dont les coûts restent toujours très élevés. Par exemple, les compagnies d?aviation opérant à des coûts bas n?ont pas d?intermédiaires. Elles vendent leurs billets par le biais de l?Internet principalement.

D?autre part, elles ne vendent que le siège. Tous les items qui sont consommés par le client à bord sont à titre optionnels, et ne sont pas inclus dans le billet d?avion. Le passager doit débourser des sommes supplémentaires s?il veut consommer sur l?avion.

Les low-cost carriers ont tous la nouvelle génération d?avion, des appareils plus performants, plus efficients et nécessitant un entretient minimal. Ils opèrent des vols réguliers et ne sont pas des charters. Condor et Air Europe sont des compagnies, qui selon l?appellation traditionnelle sont des compagnies charter et qui opèrent des vols réguliers sut Maurice.

Le touriste, lui, doit voyager d?un endroit à un autre. Les compagnies aériennes, quelle que soit leur taille, doivent respecter les mêmes normes de sécurité et de maintien. Les transporteurs low-costs ont ici un avantage puisqu?ils ont tous des appareils neufs, alors que dans les compagnies traditionnelles, le facteur de l?âge pèse lourd.

En attendant ces développements, le coût du trajet vers Maurice reste excessivement élevé? </B>

Les gens ont tendance à comparer avec ce qui se passe à la Réunion, par exemple. Le public ne comprend toujours pas comment un billet Paris-Réunion-Paris puisse être moins cher qu?un billet Paris-Maurice-Paris. Il y a des différences de prix de 100 à 200 euros. Cela est très conséquent, d?autant plus que la distance est pratiquement la même.

Durant certaines périodes de l?année, des touristes français achètent un billet d?avion Paris-Réunion-Paris et un billet Réunion-Maurice-Réunion pour venir chez nous. Le tout leur revient moins cher que s?ils avaient acheté un billet Paris-Maurice-Paris.

Les gens se demandent pourquoi on ne peut pratiquer de tels prix, d?autant plus qu?Air France et Air Mauritius sont liées par un accord de partenariat.

<B> Pourquoi la destination Maurice est-elle donc aussi chère ? </B>

Nous avons un gros problème dans la mesure où le marketing de Maurice en Europe se fait essentiellement par les tour-opérateurs. Cela leur confère un pouvoir de marchandage très important vis-à-vis des lignes aériennes et des hôteliers.

En ce moment même, trois établissements appartenant aux plus grands groupes hôteliers du pays sont en train de proposer un package (billet d?avion, hébergement en demi-pension pendant une semaine) pour 900 euros seulement aux tour-opérateurs.

Les lignes aériennes et les hôteliers ont tellement fait de concessions qu?ils sont obligés de trouver d?autres sources de revenus pour compenser ces manques à gagner. C?est ainsi que des billets d?avion qui ne sont pas commercialisés dans le circuit des tour-opérateurs reviennent plus cher.

C?est là qu?il faut que la concurrence puisse entrer en jeu. Il faut ouvrir le marché à d?autres transporteurs. Il faut autoriser une troisième ligne aérienne à desservir nos principaux marchés dont la France, l?Angleterre et l?Allemagne. Le pouvoir de marchandage des tour-opérateurs va diminuer avec un transporteur supplémentaire sur Maurice.

Il y a aussi un souci de maximiser le nombre d?arrivées touristiques. C?est en ouvrant le marché à d?autres lignes que nous allons pouvoir atteindre l?objectif de 1,2 million de touristes en 2020.

<B>Air Mauritius a décidé d?arrêter ses dessertes sur Vienne, Munich et Bruxelles. N?est-ce pas là une approche contradictoire à la réalisation de cet objectif ? </B>

Air Mauritius a estimé qu?il n?est plus économique pour elle d?opérer sur ces routes. La tendance actuelle est de créer des hubs. La South African Airways (SAA) vient d?adopter cette stratégie. Tous ses vols internationaux arrivant de l?étranger s?arrêtent à Johannesburg. A partir de là, les dessertes sont redistribuées via des lignes locales.

La compagnie d?aviation nationale a adopté une logique de hubbing. C?est une manière de faire baisser les coûts en s?alliant avec des partenaires locaux. En Europe, Air Mauritius va continuer à desservir les villes en question via Londres, Genève et Frankfort.

<B> Le gouvernement semble ne pas être trop satisfait de cette décision et a demandé à la compagnie d?aviation de revoir sa position? </B>

Je pense que le rôle du gouvernement est de gérer le pays. Qu?il laisse Air Mauritius le soin de s?occuper de ses affaires. Si la compagnie a décidé de desservir les destinations précitées, elle doit avoir de bonnes raisons de le faire. Je vois un aspect de propagande dans cette décision du gouvernement. C?est dans l?intérêt du gouvernement de laisser la compagnie opérer de manière aussi efficiente que possible.

Au lieu d?intervenir à ce niveau, le gouvernement ferait bien de demander à Air Mauritius de revoir les tarifs qu?elle pratiquent.

<B>Trouvez-vous raisonnable que les autorités compétentes aient refusé un vol supplémentaire de Emirates Airlines entre Dubayy et Maurice sous prétexte qu?elle est en train de puiser dans le vivier européen ?</B>

Quand Emirates Airlines avait fait une demande pour desservir Maurice, Air Mauritius opérait déjà un vol hebdomadaire sur Dubayy. Emirates débuta ses opérations sur la desserte Dubayy-Maurice avec quatre vols par semaine. Air Mauritius a été très touchée et a même dû se contenter de travailler en partenariat avec Emirates sur cette route.

Nous savons tous que cette compagnie a déplacé les passagers de l?Europe et de l?Asie pour remplir ses vols. Emirates n?a jamais pu donner une impulsion aux marchés touristiques arabes conformément à l?objectif initial. A titre d?exemple, Maurice n?a accueilli que 199 touristes des Emirats arabes unis (EAU) en janvier 2004, et ce avec quatre vols de Emirates sur Maurice chaque semaine.

Emirates, société d?Etat, veut surtout promouvoir Dubayy en tant que destination de transit par excellence. Sinon comment expliquer que le billet Maurice-Dubayy-Mumbai soit le même sinon inférieur au coût Maurice-Mumbai directement.

<I>?Les lignes aériennes et les hôteliers ont tellement fait de concessions qu?ils sont obligés de trouver d?autres sources de revenus pour compenser ces manques à gagner. C?est ainsi que des billets d?avion qui ne sont pas commercialisés dans le circuit des tour-opérateurs reviennent plus cher.?</I>

Propos recueillis par Akilesh ROOPUN

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