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Idéaux du village

13 février 2007, 00:00

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Il a toujours vécu là. Un petit coin de terre face à la mer. Grand-Baie dont il raconte l?histoire dans son ouvrage de 300 pages qui sortira le mois prochain. Rashid Nujjoo est de ceux qui ne se fondent pas dans le paysage. Petit gabarit mais avec l?esprit ouvert. Comme son portail, pour nous accueillir. Comme son salon chargé de dentelles fraîches. Comme sa cuisine, d?où viendront verres de jus frais et vermicelle épicé encore tiède, ?parski finn ariv ler manze?.

?Vous savez, la vie est un combat.? Dix ans après avoir pris sa retraite, Rashid Nujjoo se bat toujours. Contre lui-même des fois. Contre les petits laisser-aller. Contre les envies de paresser. Il aurait pu se contenter d?être un grand-père pépère. Mais non. Depuis huit ans, il cherche, recherche. Fouille sa mémoire, les bibliothèques, les archives.

Se rappelant les histoires que racontait sa mère. Dans sa bouche, les noms des lieux en anglais, aujourd?hui perdus, (Ecford, maintenant The Vale ou Woodford, désormais La Salette) devenaient des refrains enchantés, avec la prononciation bhojpuri de ?Mama?. Fond du Sac, appartenant à un certain Monsieur Lionnet, se transformait en un lieu magique : ?Joné?.

Alors, un beau jour, Rashid Nujjoo a voulu savoir. En avoir le c?ur net. Connaître l?origine des noms qui balisent ce petit coin de terre où il a toujours vécu. 72 ans qu?il l?arpente. Depuis plus de cinq générations que les Nujjoo sont installés à Grand-Baie, Bhai Rashid aurait pu trouver normal d?être là. Et ne plus accorder de regards aux petites rues, ou à la grande avenue, devenues par la force de l?habitude, comme ces meubles que l?on ne déplace plus.

«Fasciné par la vie, donc les combats des aïeux. Y trouvant l?écho des siens. Du patriarche laboureur (...), il a ressenti les sueurs abondantes, les levers à l?aube...»

Lui, s?est évertué à ?réconcilier l?ancien et le moderne?. À mettre côte à côte cheminées d?usines, photos de travailleurs engagés et instantanés du présent. Résultat : History of Grand Bay, Little village facing an ocean, son ouvrage de 300 pages qui sortira le mois prochain donc.

Et si pour commencer l?auteur remonte jusqu?aux Hollandais, c?est pour mieux parler de lui. De la ?petite histoire? vécue en parallèle avec la grande. Avec lui, nous faisons la route de Mohideepur, dans le Bihar, à Grand-Baie. Sur les traces du patriarche Nujjoo, qui a posé les pieds à Sottise, vers 1859.

Patiemment, Bhai Rashid a reconstitué l?embarquement à bord du Northern Light. Fasciné par la vie, donc les combats des aïeux. Y trouvant l?écho des siens. Du patriarche laboureur à Ecford (The Vale), il a ressenti les sueurs abondantes, les levers à l?aube. L?excitation des saisons de coupe. La pauvreté des débuts.

Comme l?ancêtre, Rashid est d?abord laboureur. Deuxième de neuf enfants, il travaille la terre dès ses 14 ans. Pourtant, le goût des études, acquis sur les bancs de la Grand-Baie Government School, reste en lui. ?À l?époque, on était 11 enfants pour toute l?école, à prendre part aux examens du Certificate of Primary Education.? Nostalgique ? Pas que. Lui se souvient. ?Le niveau est trop bas en sixième maintenant, autrefois, quand on était en sixième, on pouvait écrire une lettre, une pétition. Ce n?est plus le cas.?

C?est vrai. Rare sont les cas d?élèves qui plus de 50 ans plus tard, ont conservé la photo de leur maître d?école. ?C?était mon modèle, j?ai une grande admiration pour lui.? Au point où, après le travail, pour Rs 1,50 la journée qu?il donnait intégralement à Mama, ?j?ai décidé de continuer les études par moi-même?.

À force de relire inlassablement les mêmes manuels scolaires, puis tout ce qui lui tombe sous la main, Mama se laisse convaincre. ?Elle venait d?une famille éduquée.? La mère encourage le fils à prendre des leçons. À enfourcher sa bicyclette pour pédaler de Grand-Baie à Port-Louis le samedi et le dimanche, pour des cours particuliers.

Bientôt, Rashid prend part aux examens du Advanced GCE. Les réussit. À 20 ans, il est enseignant au Northern College. Ascension fulgurante. Deux ans plus, Rashid Nujjoo devient le directeur du collège. ?Avec les départs, je suis devenu le plus ancien au collège, c?est comme cela que je suis devenu principal. Au début, j?étais choqué. En plus de ma fonction, je continuais à assurer mes classes.?

Il lui faut apprendre à gérer des élèves de 19-20 ans, alors que lui en a 22. ?J?étais l?ami des élèves. Cela marchait très bien. Vous connaissez l?expression la carotte et le bâton. Je ne crois pas dans le bâton, mais dès fois, il le faut. Vous savez, un jour j?ai giflé un enfant. L?enfant l?a rapporté à son père et il a débarqué à l?école pour me féliciter. Vous savez, le collège était payant à l?époque. Il m?a dit : ?Tu m?as aidé. À quoi cela sert-il que je paye s?il n?apprend rien ??

Mais les choses se gâtent entre le manager du collège et Rashid. Il est temps de partir. De chercher la sécurité de la fonction publique. Il est embauché comme Welfare Officer au ministère de la Sécurité sociale. En plus d?être secrétaire du conseil de village de Grand-Baie, il est aussi secrétaire du club de foot de la localité. ?Il y avait 125 candidats pour un poste?, se souvient-il.

Passer les étapes, cela, il connaît. Rashid Nujjoo sera ensuite Probation Officer. Il finira sa carrière comme Social Officer au ministère de la Santé. Il est en bonne santé. Rashid n?a ainsi pas fini de vivre. À Grand-Baie.

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