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GAZA, après l?opération « hiver chaud »
Dans le cimetière de Jabaliya, le plus grand camp de réfugiés de Gaza, une foule immense est venue rendre hommage aux victimes. Nizar Rayan, l?un des plus radicaux parmi les leaders islamistes du Hamas, a perdu trois des siens.
Il ne parvient pas à trouver les mots face à la « tuerie », qui, en quelques jours, a dépassé toutes les autres depuis le début de la deuxième Intifada, en septembre 2000. Des prières s?élèvent alors que l?on recouvre les corps du sable dont est fait le cimetière.
Sous la pression des États-Unis, Tsahal (l?armée israélienne NdlR) s?est résignée à retirer ses troupes de la bande de Gaza, le 3 mars. Plus de 110 Palestiniens et trois Israéliens ont été tués ces derniers jours.
Le bilan est lourd. Dès l?annonce du retrait, le Hamas a crié victoire. Mais Jabaliya continue d?enterrer et de pleurer ses morts. À côté de la mosquée, dimanche, un homme n?arrive pas à tarir ses larmes. Il a perdu trois membres de sa famille. Trois des six corps qui sont portés sur les épaules, dont une fillette de deux ans.
« Le monde entier s?en moque »</B>
L?un de ses voisins, qui refuse de donner son nom, ne cache pas sa colère : « Nous n?avons pas invité les juifs à venir chez nous. On nous les a imposés. Il est normal de les combattre car c?est notre pays et ils violent nos droits. Les roquettes, c?est une réponse naturelle.
À Jénine et à Hébron, en Cisjordanie, il n?y a pas de roquettes et ils tuent des Palestiniens. Le monde entier s?en moque. »
Assis en tailleur dans le cimetière, un garçon de 19 ans lance des poignées de sable sur la tombe d?un cousin tué par un missile. Un disparu qui hante sa mémoire. Il aspire lui aussi à devenir « un martyr ». Le bruit strident d?un départ de roquette Qassam rompt le silence. « Cela me fait du bien. C?est la seule bonne chose que l?on ait », soupire-t-il. Au loin, on entend les tirs des mitrailleuses lourdes de Tsahal. Les chars Merkava sont postés à trois kilomètres.
Comment empêcher ces départs de roquettes au beau milieu des habitations ? La tâche pour l?armée israélienne paraît impossible à moins de prendre le contrôle du camp aux rues étroites et tortueuses. Une tâche périlleuse. C?est pourquoi les chars et les troupes se cantonnent dans les faubourgs.
<B>Des rafales pour saluer les morts</B>
Au coin des rues, les combattants palestiniens sont là, tout de noir vêtu, le visage camouflé par des passe-montagnes. Ils sont prêts à tout. « La mort ne nous fait pas peur. Nous nous battons pour Dieu et pour notre pays. Ils peuvent venir. Nous les attendons. Ils vont avoir des surprises. »
Ces combattants des Brigades Ezzedine Al-Qassam sont bien équipés : grenades, RPG (lance-roquettes), talkies-walkies.
À l?hôpital Kamel Adwan, les médecins n?arrivent plus à faire face. Depuis le début des combats, il y a eu au moins 300 blessés. Les plus graves sont expédiés vers la ville de Gaza, car les équipements sont insuffisants et les médicaments manquent.
Les familles vont reconnaître les corps à la morgue et ressortent en pleurant. Des rafales de kalachnikov saluent le départ des morts.
À l?hôpital Shifa de Gaza, les salles d?urgence sont pleines. La plupart des alités ont été blessés par des missiles. Les plus gravement atteints sont envoyés en Égypte pour être soignés. Les familles bloquent les ambulances pour un dernier adieu. D?autres patientent dans les couloirs pour tenter de voir un proche hospitalisé.
Gaza est meurtrie. Les magasins et les écoles fermés. Le siège du gouvernement du Hamas a été sérieusement endommagé par deux missiles au cours de la nuit. Plus loin, dans les faubourgs, une maison a été réduite en un tas de décombres par deux missiles tirés par un chasseur F-16. Six personnes ont péri : les parents, deux filles et deux garçons. Des traces de sang sont encore visibles sur un mur.
<B> @ 2 008 Le Monde ? Michel BÔLE-RICHARD ? (Distribué par The New York Times Syndicate)</B>
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