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EWF : l?actionnariat aux salariés contesté

17 juin 2004, 20:00

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Pravind Jugnauth veut faire de tous les salariés des actionnaires d?un fonds qui servira à gérer les terres. Mais le projet ne séduit pas dans la mesure où l?argent investi ? Rs 1 000 par action pour chaque salarié ? proviendrait de l?Employees? Welfare Fund (EWF). Résultat, la démocratisation de l?économie se fait dans la grogne, suscitant la colère des syndicats et de l?opposition, voire des employeurs.

L?idée est de créer un Real Estate Investment Trust, dans lequel seront injectées les Rs 350 millions de l?EWF, qui représentent la contribution des employeurs pour les employés. (Voir hors-texte). Ainsi, tous les employés, tant du secteur privé que du secteur public, qui figurent sur la liste du National Savings Fund au 30 juin 2004, bénéficieront d?une action d?une valeur de Rs 1 000 dans ce trust. Sont concernées : les 325 000 personnes qui constituent la population active de Maurice.

L?argent du fonds servira à l?acquisition de terres ayant un grand potentiel de développement. Le gouvernement fera des arrangements avec la State Land Development Company et la propriété de Rose-Belle pour mettre en vente 500 arpents de terres à Midlands, à Rose-Belle, à Rivière-du-Rempart et à Trou-d?Eau-Douce. Les bénéfices provenant de la gestion de ces terres seront distribués aux actionnaires.

L?opposition, par la voix d?Arvin Boolell mardi à l?Assemblée, qualifie cette mesure de ?biggest bluff of this budget?.

Les syndicalistes ne partagent pas l?optimisme du ministre des Finances. Qui plus est, ils déplorent l?absence de consultation pour cet investissement important.

Le président de la Free Democratic Union, Yusuf Sooklall, s?insurge contre cette décision budgétaire : ?Il y une limite pour leurrer les gens. On leur offre des actions achetées avec leur propre argent alors que le EWF a une vocation, celle d?investir dans le bien-être des employés.?

Peu impressionné par cette mesure, le secrétaire général de la Government Servant?s Association, Poonit Ramjug, évalue les risques, importants selon lui : ?C?est toujours la confusion avec ce projet. Qui va gérer ces terres qui ont été achetées avec les Rs 350 millions des travailleurs ? Quelle utilisation faire de ces terres pour qu?elles génèrent des bénéfices ??

Une consultation s?impose

C?est la même préoccupation qui pousse Rashid lmrith de la Federation of Civil Service and Other Unions à demander que l?on n?utilise pas l?argent de l?EWF. ?Si l?idée du projet peut paraître intéressante ? même si les modalités restent à être définies ? l?argent utilisé ne doit pas provenir de l?EWF. Il aurait été bien plus raisonnable et moins risqué de le puiser du Conslidated Fund du gouvernement.?

Ce dernier n?approuve pas non plus le fait que des employés n?ayant pas contribué de 1991 à 1994 soient bénéficiaires des actions. ?Depuis 1994, les contributions des employeurs sont versées au National Savings Fund et non à l?EWF. Les employés qui travaillent depuis 1995 n?ont pas contribué à l?EWF et, pourtant, ils auront des actions. C?est une anomalie.?

Raj Maudhoo, un des représentants des travailleurs au conseil d?administration de l?EWF, se dit très ?déçu? de cette décision. Il trouve l?approche du gouvernement très contestable. ?Il est inacceptable qu?il dispose de notre argent sans même nous consulter. C?est une aberration.? Yusuf Sooklall va plus loin : ?C?est une violation des droits de prendre de l?argent qui ne nous appartient pas et de décider unilatéralement de l?utiliser. Une consultation s?imposait et ce n?est pas trop tard.?

Les employeurs, qui ont contribué au fonds, ne sont pas moins mécontents. L?Assistant Manager de la Mauritius Employers Federation (MEF), Vedna Essoo, pense que ?le board de l?EWF, qui est une émanation des tripartites, est autonome. Aucune décision ne peut lui être imposée par une partie tierce. Et pour un investissement d?une telle envergure, le board doit être consulté?, La MEF n?a toutefois pas encore pris position sur cette mesure. Selon le président de la MEF, Gérard Garrioch, l?organisme étudie encore la question.

L?autre représentant des employeurs au sein du conseil d?administration, Khemil Gobin, veut, lui, connaître les modalités du projet : ?Il faut encore savoir qui va gérer ce fonds et ce qu?on va faire de ces terres. Mais le projet tel qu?annoncé semble être intéressant.?

Le conseil d?administration de l?EWF a débattu la question, mercredi. Son président, Gervais Lasplaces, a informé le Board de ses discussions avec le ministre des Finances, peu avant le discours du budget. Il attend l?aval des autorités avant toute décision.

CONTRIBUTIONS

Un fonds de Rs 1,25 milliard

  • L?Employees? Welfare Fund a un fonds de quelque Rs 1,25 milliard actuellement. Cet argent représente les contributions des employeurs de 1991 à 1994. A partir de cette année-là, la contribution des employeurs, qui représente 2,5 % du salaire, a été versée au National Savings Fund. L?argent de l?EWF doit être utilisé pour le bien-être des employés. C?est ainsi que des prêts éducatifs de quelque Rs 300 000 et Rs 50 000 sont disponibles pour tous les salariés du public et du privé. Le taux d?intérêt est de 8 %. Un moratoire d?un an est proposé et le prêt est remboursable en trois ans. La direction envisage de revoir le plafond à la hausse.

L?EWF a aussi investi, à Calodyne-sur-Mer, dans des appartements et bungalows destinés à tous les salariés pour des week-ends de détente. Des forfaits sont proposés aux Mauriciens. L?idée d?un deuxième projet de camp de vacances dans le Sud avait aussi été lancée, mais l?EWF a choisi d?investir dans un autre projet !

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