Publicité
Eve Buscaglia, des pas chargés de volts
CHARGEE d?électricité. La silhouette redevenue filiforme tel un câble. A la voir si énergique et déterminée en répétition, Eve Buscaglia ne montre aucune trace soit d?embonpoint, soit de fatigue de jeune mère. Son ?tout?, c?est un petit bout de chou de Baptiste qui se promène dans les bras de sa nounou, un sourire baveux aux lèvres et un jouet en plastique dans les menottes. Mentalement, la chorégraphe compte les pas. Elle est prise par la conception de son nouveau spectacle qu?elle présentera au cours de quatre soirées événement à la mi-juin au Club Med, mais cela ne l?empêche pas de couver du regard le rejeton adoré.
Cela fait cinq ans qu?elle s?est installée à Grand-Baie. Qu?elle y a ouvert son école de danse baptisée Le Studio. A l?époque, la blonde et pulpeuse Eve Buscaglia sent la réticence masquée par des façades souriantes. ?J?ai affiché mes diplômes au mur : celui de professeur agréé de la Fédération française de danse, mais je sentais bien que je devais encore faire mes preuves.? Patiemment, elle placarde des annonces annonçant l?ouverture de Le Studio à Chemin Vingt pieds. Fait fonctionner le bouche à oreille avant d?avoir recours aux journaux. ?Au départ, c?est surtout les petites filles qu?on m?amenait, pour du ballet classique.?
Le classique, la base de tout dans ?ce milieu paradoxalement figé. Sans la rigueur du ballet, comment faire une pirouette qui se tient sans se casser la gueule.? A l?heure où elle monte Aladdin, elle en profite pour seriner aux élèves, ?Compte pas sur les répétitions pour avancer. Si tu veux progresser, faut venir en cours.?
Evoluer, gagner de la vitesse. Danser jusqu?à se faire mal. Sans fausse modestie, Eve Buscaglia raconte son jusqu?au-boutisme. ?Pour moi, il n?y avait que cela dans la vie. Je ne voulais faire que cela.? Jetée à corps perdu dans des auditions, les tournées, les répétitions, Eve Buscaglia connaît ses ?cinq minutes de gloire?. Entre 1983 et 1984, elle apparaît dans deux clips d?Elton John : I?m Still Standing et Passengers. ?C?est à peine si on a pu l?approcher, encore moins lui parler.? Mais la référence est bonne à prendre. La même année, elle lui permet d?accéder au plateau de tournage du film d?Yves Robert, Le Jumeau. L?année suivante, avec la compagnie Friends du chorégraphe Redha, elle fait aussi de la figuration de danse dans Marche à l?ombre de Michel Blanc.
Plus que le film, c?est le chorégraphe Redha ? d?abord le patron puis l?ami ? qu?elle retient. ?C?est mon maître. Il sait toujours trouver les mots pour m?aider à me dépasser, à exploser.? Quand Eve éprouve le besoin d?une remise à niveau, c?est à lui qu?elle fait appel. Elle aura ainsi la grande chance d?assister à plusieurs répétitions de l?un des derniers spectacles de Redha à Paris : la comédie musicale Belle Belle Belle.
Si la compétition ? avec la passion ? est l?un des moteurs de la danse, Eve sait allier les deux grâces aux liens de l?amitié. Avec Redha, son carnet d?adresse fait la part belle à Ricky Thompson. Au cours des quatre ans qu?elle passe au sein de la compagnie Thompson, Eve Buscaglia assure des cabarets dans les prestigieux hôtels Carlton et Majestic à Cannes, ainsi qu?au Negresco à Nice. ?Des nuits sans sommeil, pas forcément à faire ce que je voulais, mais il faut bien gagner sa vie. Heureusement qu?il y avait le soleil et tout ce luxe un peu tape à l?oeil.?
A partir de 1989, c?est des deux côtés de l?Equateur qu?Eve Buscaglia monnaie ses talents de chorégraphe. Embauchée par le Club Méditerranée, elle réglera les spectacles dans des établissements du groupe hôteliers en Suisse, aux Maldives, en Côte d?Ivoire, au Japon, en Israël, en Afrique du Sud et aux Bahamas. ?Dit comme ça, c?est vrai que ça ressemble à une drôle de vie. Mais avec le recul, je dois dire que j?ai vraiment eu beaucoup de chance. En plus de la danse, j?ai pu développer mes rapports avec le public, observer les réactions, anticiper ce qui va attirer son ?il ou le gêner. Je n?aurais jamais pu avoir une telle somme d?expérience ailleurs.?
En 1996, Eve atterrit à Pointe-aux-Cannoniers. ?J?ai adoré l?île dès la première fois.? Mais elle ne reste qu?un an avant de repartir pour Bali. Quand l?occasion se présente de revenir, elle le fait en 1999. Dès lors, elle s?emploie à créer son ?réseau?. Après de nombreuses représentations dans divers hôtels du littoral nord, Eve décide d?être son propre patron. Au début du millénaire, elle monte son premier mini show sous l?enseigne de son centre de danse Le Studio.
?La danse est un art pauvre à Maurice. Les gens ont peur économiquement. C?est devenu encore plus difficile d?obtenir des financements depuis les Jeux des Iles. C?est à croire que toutes les caisses sont à plat.? D?un ton direct, elle concède : ?C?est vrai qu?après Broadway Melody, mon dernier spectacle, j?avais parlé de mon intention de monter Harry Potter. Mais honnêtement je n?en ai pas les moyens.? Encore moins ceux de retourner au Plaza. ?La dernière fois, j?ai été très déçue par les techniciens. Je leur payais des heures supplémentaires mais certains ne venaient même pas bosser. Je les comprends, quand on voit l?état du théâtre.? C?est donc au Club Med qu?elle a décidé de montrer la nouvelle force créatrice qui l?anime.
Spectacle
L?envers du tapis volant d?Aladdin
- Depuis janvier, l?école de danse d?Eve Buscaglia est sur le sentier de la guerre. ?Tout est calculé, les petites à l?extérieur, les grandes au milieu.? Chaque samedi, les élèves répètent la chorégraphie de ?Aladdin et la lampe magique?. Ils donneront quatre représentations, les 18, 19, 25 et 26 juin prochains, au Club Med.
?Y a même pas besoin de regarder, tu dois arriver à sentir si t?es bien placé.? Tel un général en campagne, rien n?échappe au regard impérieux d?Eve Buscaglia. ?J?ai vu des mains qui traînaient, qu?est-ce que c?est que cette pose ? Tu te recoiffes pas, c?est pas dans la chorégraphie.? Timidement, les plus grandes tentent de se justifier. Le couperet tombe. Mathématique. ?Si tout le monde se trompe deux fois, cela fait 64 erreurs en 20 minutes.? Le final ? comme le reste ?, la chorégraphe l?exige plus que parfait. Sous sa direction, on transpire abondamment dans le studio climatisé. Les chaussons puisent dans les réserves d?énergie pour garder la cadence. Face au miroir qui occupe tout un pan du mur, on carbure à l?eau minérale. Discrètement on se partage des morceaux de barre céréalière. Les élèves ont fort à faire, puisqu?en plus d?Eve, il faut évoluer devant des affiches de comédies musicales mythiques. Placées bien en évidence au-dessus du miroir qui répercute en traître toutes les erreurs : ?Chicago?, ?New York New York?, ?Cats?? Dans la cour, à l?abri de la chaleur estivale, les parents attendent la fin de la répétition dans des 4x4 climatisées. Souvent, attirés par l?enchaînement de tubes de Janet Jackson, un père modérément pressé ou une mère intriguée zigzague entre les paires de chaussures laissées pêle-mêle dans l?entrée. Pousse la porte vitrée. Pour être happé dans l?univers revisité de Walt Disney.
?L?idée m?est venue de monter ?Aladdin? pendant un séjour à Disneyland. J?étais tellement frappée par la magie des décors, des costumes que de lui-même, mon esprit s?est mis à transposer cela sur scène.? Retrouvant son âme d?enfant ? avec un bébé, cela aide forcément ? c?est pendant 75 minutes que Eve Buscaglia entend nous ensorceler avec les aventures d??Aladdin?.
Que d?univers réunis : le conte des ?Mille et Une Nuits?, le génie du géant américain de l?animation, le tout injecté d?une bonne dose de tubes récents de la benjamine des Jackson.
Eve Buscaglia nous promet ?un spectacle en trois actes avec 16 numéros de danse? dont ?des ballets sympas, plus hip-hop, dans la lignée de ?Cats?.? Mais contrairement aux deux spectacles précédents (?Cats? en 2001 et ?Broadway Melody? en 2002), la chorégraphe ne montera pas sur scène. Question de priorité. ?Pour se montrer en public, il faut être à 200 %, Baptiste mon fils m?en réclame autant.? C?est ainsi qu?Arthur Perez de Germay tiendra le rôle d?Aladin, Natacha Joseph Viramalay, celui de Jasmine. Pierre-Louis Paillusseau sera le génie de la lampe et Romain Ter Hofsteede, Jafar le méchant. L?âge de la soixantaine d?élèves : quatre à 30 ans. ?Cette année, je suis moins dans l?urgence.? Grâce à sa quinzaine de sponsors, les costumes sont déjà prêts, trois mois avant le grand soir. Ils ont été réalisés par Véronique Olivier. Le son a été confié à Jonathan Ramen, les décors à Gérard Louison, le maquillage au trio Sylvie Nolf, Annick Ross et Stéphane Montoo.
Publicité
Publicité
Les plus récents