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Et si c?était du bluff...
Une grande partie de poker vient de commencer. A ce jeu de bluff, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam sont deux adversaires qui s?affrontent, quand ils ne s?allient pas?
Et si tous les deux bluffaient l?opinion ? Chefs incontestés de leur parti respectif ? les deux plus importants de l?échiquier ? ils peuvent à loisir brouiller les cartes dans leur recherche de la meilleure combinaison possible pour gagner les prochaines législatives.
Ces sourires, ces gestes de tendresse qu?ils s?échangent, au vu et au su des observateurs ébahis, sont peut-être des artifices dans leurs stratégies électorales. Eventuellement une manière pour eux de tester les réactions suscitées, de chercher une adhésion, avant d?apporter le démenti officiel, et de prôner le statu quo, comme le Premier ministre l?a encore une fois démontré hier.
Davantage que les photos ? en d?autres temps compromettantes - illustrant la complicité entre Bérenger et Ramgoolam, les propos de celui-ci, dans les bienveillantes colonnes du dernier « Mauritius Times », s?inscrivent dans cette apparente stratégie de ballon-sonde.
Le leader travailliste y salue l? « idéologie socialiste » du MMM, « un parti qui n?est pas né au pouvoir » et critique l?« absence idéologique » du MSM, « où tout n?est qu?une question de pouvoirs, d?intérêts ». Si Ramgoolam rappelle l?alliance rouge-mauve de 1993, il souligne, en revanche, que « tout sépare le PTr du MSM », une évidence vu que les deux partis puisent dans le même réservoir rural.
Face aux mamours affichés (même s?ils sont niés) entre le PTr et son partenaire du gouvernement, le MSM reste « perplexe ». Alors que ce parti passe son temps à dénoncer la « faillite » travailliste aux affaires, voilà que le Premier ministre, lui, se montre tout miel, tout sucre envers Navin Ramgoolam. Bérenger ne le cache pas : il trouve le leader rouge « moins hystérique » ...
Après la consternation, place à la panique au Sun Trust? Une éventuelle alliance entre le MMM et le PTr balaierait le MSM dans l?opposition. D?où ce souci de projeter cette image cimentée du gouvernement.
A l?écart des tractations, Pravind Jugnauth se démène en Europe pour défendre notre secteur sucre. Si son combat à Bruxelles et à Genève, comme porte-parole des ACP, ne peut qu?être favorable à sa jeune carrière, en revanche, il risque d?avoir des répercussions sur son parti, déjà sujet à des secousses internes. Plusieurs membres du MSM redoutent de croiser le fer avec les travaillistes dans des circonscriptions rurales. Ceux-là préfèrent une négociation avec les Rouges, mais ils ne peuvent pas le faire. Car cela ne permettrait pas à leur leader d?accéder au poste de Premier ministre, car il serait condamné à être l?adjoint de Ramgoolam.
C?est ce même dilemme premierministériel qui tue les rumeurs de rapprochement entre le PTr et le MMM. A la question de savoir qui de Paul Bérenger ou de Navin Ramgoolam serait Premier ministre d?une hypothétique alliance, personne ne dispose de réponse (ou de spéculations) à ce stade?
En fait si la politique était rationnelle, on aurait écouté ce que nos politiciens veulent bien nous dire, mais elle ne l?est pas? Cette partie de poker, à laquelle nous assistons, est intéressante : ceux qui blufferont le mieux, le plus longtemps, gagneront, indépendamment de la combinaison?
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