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Ernest Wiehe et Jeanot Rabeson au ?Jazz en plein air? réunionnais
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Ernest Wiehe et Jeanot Rabeson au ?Jazz en plein air? réunionnais
Ernest Wiehe, l?illustre jazzman de notre île-point, ex-professeur de jazz en terre gigantesque, les Etats-Unis, revient de l?île S?ur. L?homme au saxo d?or vient de vivre, pendant une semaine qu?aura duré le festival annuel de Jazz de La Réunion, Jazz en plein air, depuis le 2 octobre 2003 au théâtre de St. Gilles, un moment unique de sa vie de compositeur-interprète.
Cet homme généreux, qui aura révélé bien des talents mauriciens, se voit traiter à sa juste mesure en terre étrangère. Il était invité par l?Office départemental de la culture (ODC), sous la présidence de Jacques Dambreville, à jouer en duo avec le prestigieux pianiste Jeanot Rabeson, son ami. Mais, l?amitié n?explique pas tout. C?est bien en tant que Président du Jury de Pianaustral, concours destiné aux jeunes pianistes de jazz, qu?Ernest devait rencontrer pour la première fois Jeanot Rabeson. Le pianiste de Guy Lafitte, Maxime Saury, Jhonny Griffin, apprécie tout autant Ernest Wiehe.
D?origine malgache, Jeanot Rabeson, basé à Paris, vient d?une famille éminemment musicienne; tout comme la sienne ? son frère Dédé est saxophoniste à Paris. Tony Rabeson, son fils, est le batteur le plus coté de France. Et sa fille Ella, à la voix bluesy, est des plus appréciées. Pourraient en attester des Mauriciens, grâce à l?invitation de Jean-José Grammond, environ deux ans de cela.
Ernest rejoint son pianiste trois jours avant l?ouverture du festival pour ?se préparer au concert. On avait mis une salle à notre disposition?, rappelle le Mauricien, reconnaissant. Ils se choisissent huit thèmes, ?des standards que nous connaissons tous deux?. Et les amateurs de Jazz aussi. Qui ne se souvient de la vieille balade The Song is You? Thème repris aujourd?hui au rythme du temps.
Suivent Everything happens to me, Moonlight in Vermont. Une surprise de taille attend Ernest. Rabeson propose Didn?t say, titre phare du CD 2002 de Wiehe compositeur. Du lancement de l?an dernier, ce dernier, heureux, dira : ?Ça a été très bien reçu par les musiciens et le public tant à Maurice qu?en Amérique. Il a été diffusé sur Radio France, lors de l?émission de Xavier Prévost. Suite à cela, j?ai reçu beaucoup de mails de musiciens toulousains.»
Que ressent-on à voir choisir sa propre composition, par Jeanot Raveson, et à l?interpréter avec lui ? ?J?ai été très flatté que quelqu?un du calibre de Jeanot Rabeson me demande d?inclure ma composition à son répertoire. La jouer, c?est en fin de compte de la musique. Pour le musicien, c?est difficile d?exprimer en paroles les émotions qui l?étreignent pendant l?interprétation. La musique est l?art le plus abstrait qui soit. On ne peut pas la contenir dans deux ou trois dimensions qui n?existent que quand elle est jouée. Sur papier, la musique ne veut rien dire.?
Réceptivité du public
La mémoire des émotions, serait-ce une utopie ? ?On ne peut se souvenir des émotions en musique. On se souvient d?avoir été ému. Mais on ne peut pas libeller l?émotion. On improvise. C?est la grande difficulté avec la musique classique. L?improvisation est tout à fait spontanée. Alors que le Jazz , c?est l?improvisation dans les limites de l?harmonie et de la forme du thème choisi. Ces limites, c?est la discipline la plus difficile à acquérir dans le jazz. Savoir rester dans les limites. C?est ce qui donne au jazz sa valeur.
Faut-il absolument d?une image visuelle qui demeure pour pouvoir parler d?émotions ? ?Justement, un poème, c?est une image visuelle. Tout comme on peut avoir un coup de foudre pour une peinture et la rendre en musique. Elle est le déclencheur. Ce qui va en sortir peut ne pas être en rapport avec la peinture. Ce serait une atteinte à la noblesse de la musique que de la réduire à deux dimensions, dans des comparaisons d?ordre pictural.?
Ravi de la réceptivité du public réunionnais, Ernest Wiehe, raconte comment la rencontre s?est faite entre les groupes divers qui animaient chaque soirée. ?Nous avons eu une standing ovation. Meddy Gerville, (NdlR : il était à Maurice récemment) pianiste réunionnais de renom, très gentil et très talentueux, a eu plein d?éloges pour notre prestation. Il nous a invités à joindre son groupe pour un morceau dans son concert.?
La manifestation réunionnaise a aussi été l?occasion de braquer les projecteurs sur Céline Bonacina, une jeune saxophoniste. ?Il s?agit d?une jeune prof du Consevatoire national de Région. Jeanot et moi avons été très impressionnés par elle. Nous sommes convaincus qu?elle ira très loin dans le métier. Elle n?a que 25 ans. Et les femmes saxo sont rares. On l?a invitée, elle et son groupe, à jouer un morceau de transition. Elle a pris la relève suite à notre prestation. La grande vedette du festival était Richard Galliano et son groupe. Le célèbre jazzman, est compositeur de musiques de film, dont la série policière, Police Judiciaire, avec le chanteur Serge Lama.
Ernest Wiehe propose que Maurice ait son festival de jazz, ?du même niveau, ? les Seychelles en ont. Pas une musique métissée ? il y a assez de world music dans le monde. Il faudrait qu?il y ait un festival, sans essayer de plaire à toutes les ethnies. La musique est elle-même une ethnie.? L??il d?Ernest pétille encore de l?accueil de l?ODC, plus particulièrement de Jacques Dambreville. ?Nous avons été reçus comme des rois?, dit-il encore
Ce que l?on sait moins, c?est que ?convoqué depuis plusieurs mois pour le festival?, confie le musicien, ?j?avais dû tout annuler, pour cause d?une tumeur à la glande parotide. (NdlR : glande salivaire située en avant de l?oreille). Je suis parti en catastrophe me faire opérer à Bordeaux. Une opération délicate, car tous les nerfs faciaux passent par cette glande. Je souffre encore d?une parésie (paralysie partielle) d?une partie de la bouche. J?étais très inquiet pour le reste de la vie. Jeanot Rabeson m?a appelé de Paris. Il voulait qu?on joue ensemble. Il a appelé Dambreville pour nous réserver une place, au cas où je serais en état de jouer. J?ai eu à faire beaucoup d?efforts pour retrouver l?assise de mon embouchure.?
L?on devine sans peine l?épreuve psychologique à laquelle a dû faire face le jazzman en se rendant à Jazz en plein air. ?J?avais très peur que ces petits problèmes me trahissent par une perte de contrôle. Bref, tout s?est bien passé. Je n?ai pas encore retrouvé le contrôle total de mon embouchure; et, par conséquent, la sonorité.?
Ernest Wiehe est, on le sait, le compositeur de la musique de Bénarès, roman de Barlen Pyamootoo actuellement porté à l?écran. Un projet qui lui tient à c?ur. ?J?aime beaucoup Barlen; c?est un ami. J?aime beaucoup son roman. Je pense que ce sera une belle réussite dans son ensemble?, conclut-il.
?Pour le musicien, c?est difficile d?exprimer en paroles les émotions qui l?étreignent pendant l?interprétation. La musique est l?art le plus abstrait qui soit. On ne peut pas la contenir dans deux ou trois dimensions qui n?existent que quand elle est jouée. Sur papier, la musique ne veut rien dire.?
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