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Entrée payante au jardin des Pamplemousses : pour qui, pourquoi ?
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Entrée payante au jardin des Pamplemousses : pour qui, pourquoi ?
Les muscadiers, girofliers, arbres à épices ou autres mangoustans auront-ils bientôt meilleure allure ? En tout cas, c?est imprudent actuellement de déambuler, nez en l?air, dans le jardin botanique des Pamplemousses. On en a fait l?expérience?
Au détour d?une avenue, un grand fracas nous accueille. On marque un temps d?arrêt. Heureusement, car à quelques secondes près, c?est en plein visage qu?on aurait reçu une grande branche sèche.
?Regardez ce cannelier qui est complètement attaqué par les termites. Qu?attend-on pour le traiter ? Qu?il meure comme celui, vraiment magnifique, qui a rendu l?âme il y a 20 ans dont j?ai encore la photo à la maison ? s?insurge Souresh, 53 ans, un amoureux de la nature et habitant de Pamplemousses, qui connaît le jardin mieux que sa poche. Cela fait 40 ans que j?emprunte, chaque semaine, ces avenues. Plus loin, vous verrez que l?eau est en perdition dans le bassin des nénuphars. Depuis plusieurs semaines, il est en réparation mais en vain. Il ne faut pas être un spécialiste pour se rendre compte de tout cela.?
Depuis juillet 1997, un expert a constaté la déficience des tuyaux. Et dans son rapport datant de 1999, Gilles Clément, paysagiste français, avait annoncé une dévastation écologique si aucune mesure n?était prise. Concernant l?eau, il avait insisté sur la nécessité d?étudier avec précision les réseaux et leur étanchéité, le stockage, le débit et surtout la qualité.
?Il nous faudra Rs 2 à 3 millions de roupies rien que pour faire le Riley, un canal pour apporter de l?eau aux nénuphars. Avec les planteurs aux alentours qui consomment beaucoup d?eau, c?est difficile d?avoir une bonne circulation d?eau, explique Chetanand Ramgoolam, Chief Executive Officer du Sir Seewoosagur-Ramgoolam Botanical Garden Trust. Les canaux, qui datent de l?époque française, doivent être remplacés par un bon système de tuyautage.?
De plus, on doit garder en ligne de mire l?essence même de ce qu?est un jardin botanique. En fait, il doit être maintenu pour enrichir la vie végétale pour laquelle il a été conçu. Comme tous les jardins du monde entier, le nôtre est connu pour ses nombreuses espèces de plantes autochtones et exotiques. Tels les nénuphars Victoria Regia ou le talipot qui, dit-on, fleurit tous les 60 ans avant de mourir.
Il est donc urgent que Maurice conçoive une structure adaptée à la protection et à la gestion de son patrimoine. Et le jardin des Pamplemousses doit s?inscrire dans cette perspective afin de préserver les espèces en danger.
On ne peut imaginer et gérer ce jardin comme un seul lieu de promenade ou un parc d?attractions. ?Il y a beaucoup trop de frais pour l?entretien, ajoute Chetanand Ramgoolam. Une entrée à Rs 25 pour les Mauriciens et Rs 100 pour les touristes est le minimum qu?on puisse faire. Jusqu?à présent, nous avons réussi à nous maintenir. Aujourd?hui, nous sommes pris à la gorge. Nous avons besoin de capitaux mais l?entrée restera gratuite pour les enfants et les étudiants qui viennent pour des programmes pédagogiques.?
<B>Réticence des promeneurs et pique-niqueurs</B>
Il rappelle que d?ici six semaines, le comité du Sir Seewoosagur-Ramgoolam Botanical Garden Trust statuera sur les modalités exactes d?un nouveau plan. Pour l?instant, il n?est pas question de construction de restaurant ou autre projet. ?L?argent sera avant tout utilisé pour le ramassage des feuilles et des ordures. Le Mauricien laisse, malheureusement, encore et toujours, des détritus après son passage. Il faut savoir ce que cela coûte de conserver ces 37 hectares?, poursuit Chetanand Ramgoolam.
Les entrées payantes serviront aussi pour les frais de gardiennage. Il y a déjà des équipes de security guards qui font des rondes jour et nuit. Il est coutumier de les croiser ainsi que des policiers patrouillant à vélo. La rénovation des bâtiments et la réparation des kiosques entrent également en ligne de compte. ?Rien que pour le château Mon Plaisir nous avançons une somme de Rs 3 à 4 millions, souligne Chetanand Ramgoolam, sans oublier les salaires des jardiniers, des coupeurs de bois, des laboureurs, de ceux qui s?occupent des animaux ou qui vaporisent les insecticides et des employés de bureau. Il faudra réorganiser tout cela en n?omettant pas les guides spécialisés.?
Tout cela a un prix que les Mauriciens ne sont pas prêts à payer. A l?instar de la famille Lallmon qui ne déroge pas à son habituelle promenade dominicale. Shyama et Pranesh bavardent pendant que Shriya et Vrishan, leurs deux enfants de neuf et cinq ans, courent dans tous les sens. ?Nous n?habitons pas très loin, à l?avenue Mon-Plaisir, explique le père, et tous les week-ends et les jours fériés, nous venons ici. Ce sera aberrant de nous faire payer pour venir y respirer.?
Sentiment partagé par Liseby Agathe, venue en pique-nique en famille après la messe du dimanche ?Nous sommes plus d?une vingtaine. Imaginez si nous avions à payer. C?est impensable. Ce jardin fait partie de notre patrimoine. Déjà qu?il y a peu de loisirs à Maurice ou alors c?est trop cher. Nous ne pouvons pas toujours aller à la mer surtout quand il fait très chaud comme aujourd?hui. Nous sommes très bien à l?ombre. La nature est un cadeau. Je suis totalement contre l?entrée payante.?
Idem pour Georges Legallant, 46 ans, membre du Mouvement resistans ek alternativ. Selon lui, l?entrée payante du jardin privera une grande tranche de la population d?une partie de notre histoire. ?C?est absurde de nous faire payer pour avoir accès à un des rares endroits où nous pouvons respirer de l?air pur. Il y a d?autres moyens d?engranger de l?argent.?
Par exemple, ?faire payer les touristes via une taxe à leur arrivée à l?aéroport. Il n?est pas non plus tenu d?enlever à ce jardin sa spécificité première qui est de rester un lieu botanique. Pas question de construire n?importe quoi : il faut préserver ces plantes endémiques.? Le jardin des Pamplemousses ne cesse de s?enrichir au rythme de l?histoire de l?île. Un manglier rouge planté par Abdul Kalam, président de la République de l?Inde, l?an dernier, est venu s?y ajouter.
Il abrite aussi des moments intimes. Sous un tallipot, un couple d?amoureux enlacés regarde des poules d?eau. Au détour d?une avenue jonchée de tuyaux pourris, une jeune femme réajuste fébrilement son chemisier, indifférente aux arbres abîmés par des termites. Ceux-là, seront-ils prêts à payer Rs 25 pour des instants d?amour ?
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