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Enterprise Mauritius : Réaliser les ambitions de l?exportation
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Enterprise Mauritius : Réaliser les ambitions de l?exportation
La vocation d?Enterprise Mauritius (EM) est d?assurer : la croissance du secteur industriel et de sa contribution à la richesse nationale ; la croissance des exportations de ce secteur et donc sa contribution à une balance commerciale favorable ; et le maintien voire la croissance de l?emploi dans le secteur. La devise n?est pas seulement de sauver une entreprise envers et contre tout mais d?assurer l?expansion des autres et l?émergence de nouveaux acteurs pour atteindre les trois objectifs cités.
À un niveau opérationnel, cela est résumé dans les cinq objectifs stratégiques d?Enterprise Mauritius : d?abord, inciter les secteurs de l?industrie à adopter une approche tournée vers le marché plutôt que de produire à tout prix (?production push?). Ensuite, donner la direction stratégique aux secteurs et soutenir les entreprises. Troisièmement, améliorer la connexion internationale des entreprises mauriciennes au marché et renforcer les capacités des entreprises pour garantir leur compétitivité. Enfin, aider à améliorer l?environnement pour le développement et la croissance des entreprises.
Les objectifs sont posés. Les opérateurs sont-ils satisfaits ? ?Il y a définitivement une nouvelle dynamique. On sent une volonté de traduire dans les faits une politique de proximité qui fait que les entrepreneurs se sentent mieux écoutés?, explique Eshan Raymode, fabricant de chaussures. Il estime que les lourdeurs administratives tendent à s?estomper, de même que le sentiment de morosité. ?Nous nous attendons désormais à plus d?efforts pour la modernisation des différents secteurs industriels.?
Pillay Sawmy, bijoutier artisan, se réjouit également du climat de dialogue qui règne entre les opérateurs et EM. Toutefois, pour le secteur de la bijouterie, il espère un plan de travail étalé dans le temps. ?L?objectif est la modernisation du secteur et la création d?emplois avec en fin de compte la réalisation d?un jewellery hub dans le pays. On en n?est qu?à un début. Les opérateurs n?ont pas les moyens de développer davantage l?industrie. Nous passons par un moment difficile. Nous avons la technique et le savoir-faire et nous sommes en train de travailler sur le brand mauricien. Aux autorités, dont EM, de nous soutenir.?
Laval Young, directeur de Young Bros Ltd, constate aussi que beaucoup de progrès a été réalisé. ?Il y a eu une approche plus réaliste. On tient mieux en compte les spécificités des petites et moyennes entreprises (PME). Par exemple, lorsqu?on parle d?exportation, on sait que les PME ne pourront répondre à des critères auxquels sont soumis de grosses entreprises et qu?il faut davantage leur ouvrir des marchés régionaux. Sur le plan local, il faudrait encourager l?idée de villages touristiques.?
Renaud Tim Sive, vice-président de la Small and Medium Entreprises Federation, confirme la prédisposition générale. Après les redéfinitions des responsabilités, avec la fusion de l?Export Processing Zone Development Authority (EPZDA) et la MEDIA donnant l?EM, et la transformation de la SMIDO en SEHDA, il y a eu une période de flou qui semble se dissiper depuis quelque temps. ?Pour les entreprises employant dix à 50 personnes, il a fallu se mettre au diapason des facilités de service pour l?exportation, comme le souhaite l?EM. Cette dernière, elle-même, tente de simplifier les procédures. Ce qui fait que les deux partenaires ont pris du temps à se chercher et à se trouver. Restent les entreprises employant moins de dix personnes. Esseulées par rapport au marché d?exportation, elles attendent une meilleure dynamique de la SEHDA et l?EM?, précise Renaud Tim Sive.
Déficit de communication
Rappelant les objectifs d?EM, son directeur général, Prakash Beeharry, estime que la promotion de l?exportation ne peut être efficace que si certaines conditions sont remplies. ?Il faudrait une diversification des marchés, des produits, l?adaptation d?autres produits pour qu?ils soient éligibles à l?exportation et l?identification des contraintes des entreprises qui ne fonctionnent que sur le marché local afin qu?elles puissent les surmonter et s?ouvrir à l?exportation.? Il ajoute qu?il y a toute une éducation et un exercice permanent de motivation à réaliser en ce sens. ?Nous devons développer une culture d?ouverture vers l?extérieur. Depuis mon arrivée à EM, mon action est orientée en ce sens. Je revois la stratégie d?EM et j?identifie les moyens pour une grande collaboration économique avec la région.?
Prakash Beeharry dit ainsi mettre l?accent sur la coopération régionale. ?Il existe tellement de ressources, par exemple, dans le Common Market of Eastern and Southern Africa (COMESA), que si on arrivait à marier les capacités et les compétences avec les ressources, on parviendrait à une synergie où toutes les parties seront gagnantes.? Pour parvenir à cela, il pense qu?il faut qu?EM surmonte son déficit de communication auprès de ses partenaires. ?Il importe de repositionner EM par rapport à cette question. Aujourd?hui, je souhaite qu?EM devienne un carrefour d?idées, qu?on puisse dégager un consensus général et qu?on aboutisse à une vision partagée.?
Si EM peut déjà présenter des réalisations, il y a aussi d?autres actions à accentuer. Comme les études de marché dans quelque dix pays du COMESA, la mise en place dans les trois mois à venir des premières Mauritius Trading House, des programmes pour le secteur des produits plastique, pour l?ingénierie légère, le développement de la pénétration des produits textiles mauriciens vers le marché indien, un accès au marché de Dubayy pour certains produits?
>Champs d?intervention
■ Textile et habillement
EM a pris en charge 34 PME employant 5 400 personnes, producteurs de produits d?habillement dans un projet de deux ans de Rs 12 millions financé par l?Empowerment Programme. Au terme de ce programme, conduit avec la collaboration de l?International Trade Centre, plusieurs consultants étrangers et deux consultants mauriciens, toutes ces entreprises ont trouvé des clients en France, en Grande-Bretagne et en Scandinavie. Elles pourront produire les produits appropriés pour ces clients. EM a fait venir à Maurice en juin dernier les chaînes Woolworth, Edgars, Foscinni et autres de l?Afrique du Sud. Les exportations mauriciennes sur ces pays ont augmenté de Rs 400 millions en douze mois.
Plus de 100 PME textiles bénéficient de services de coupage, de maintenance des équipements, de patrons sur ordinateur (cross assembly design) ou de couture du centre Textile and Apparel Development Center. EM assure aussi un service de veille sur des entreprises en péril. Des plans de sauvetage ont été développés pour 14 entreprises textiles, dont Corona Textiles, début 2006 et Manupan plus récemment. D?autres entreprises textiles ont été soutenues à travers la participation à la foire Magic aux Etats-Unis.
■ Le rhum
EM a effectué un test de marché pour le rhum en Afrique du Sud et surtout a organisé un Buyers Sellers meeting en Inde où les producteurs mauriciens ont présenté leurs produits.
■ L?agro-industrie
EM a soutenu financièrement la participation de huit compagnies mauriciennes de l?agroalimentaire et une délégation de Rodrigues au Salon international agroalimentaire. C?est lors de cette foire que des entreprises comme Sarjua et VIKS, producteur de samoosas, ont obtenu des commandes. Cette année, l?action sera poursuivie en amenant des entreprises à participer à une autre foire, celle d?Anuga. Une quinzaine d?entreprises seront au Speciality Food Fair en juillet aux Etats-Unis. Il est possible que l?US Aid soutienne financièrement cette participation. EM apportera son aide, à défaut.
■ L?imprimerie
Un forum a été organisé avec les entreprises engagées dans le secteur pour qu?elles se tournent davantage vers l?exportation. Un plan d?action a été défini. Il est en cours de réalisation. Du 16 au 19 juin, EM organise la participation des opérateurs au Cape Town Book Fair qui reçoit plus de 26 000 visiteurs de par le monde. Une participation qui permettra non seulement d?aller à la rencontre du marché sud-africain qui est de US$ 254 millions, mais aussi des clients potentiels d?autres pays.
■ Bateaux de plaisance
EM veut engager le développement d?une industrie de production des bateaux de plaisance. Un plan de développement a déjà été préparé. Des discussions ont été engagées avec les autorités portuaires pour installer, probablement dans la region de Sables-Noirs à Grande-Riviere-Nord-Ouest, une petite zone industrielle pour les entreprises concernées en cluster avec facilité de mise à l?eau. Le marché ciblé : les acheteurs de villas Integrated Resorts Scheme (IRS) et l?exportation. Il est estimé que la production de tels bateaux pourrait être multipliée par cinq, passant d?environ 200 actuellement à 1 000 dans quatre ans et créant 2 000 emplois directs et des revenus de Rs 1,2 milliard. La démarche du Board of Investment (BOI) pour le développement des marinas autour de Maurice va dans le même sens.
■ Menuiserie
EM considère que le secteur de la menuiserie doit s?investir dans la production de meubles de style de grande valeur ciblant un marché spécifique en Europe et ailleurs ainsi que le marché des acheteurs de villas IRS. EM, après appel public, a identifié 18 artisans menuisiers qui seront appelés à produire 18 échantillons de diverses pièces du style de la Compagnie des Indes française.
Questions à Amédée Darga, président du conseil d?administration d?EM
● Quelle est votre appréciation du parcours réalisé par EM à ce jour ?
Enterprise Mauritius n?a que 24 mois d?existence opérationnelle mais elle a dû courir un 1 500 mètres olympique eu égard aux impératifs économiques du moment. EM a réussi à accomplir beaucoup, a beaucoup semé pour l?avenir et a encore des chantiers à engager. Maurice a besoin d?une Enterprise Mauritius comme l?Irlande d?une Enterprise Ireland ou Singapour d?une Enterprise Singapore !
● EM a été lancée dans un contexte difficile. Qu?est-ce qui a changé depuis ?
EM démarre fin 2005 dans un contexte de morosité, avec un secteur textile et habillement considéré comme agonisant, et d?un discours dominant donnant à terme le secteur industriel comme déclinant vers l?extinction. D?une contribution de 24,9 % au produit national brut (PNB) en 1999, le secteur passait à 18.3 %. En novembre 2005, lors de ma première rencontre avec la presse, j?affirmais ma conviction que l?on pouvait relancer l?industrie et se donner comme objectif que ce secteur contribue 25 % au PNB de Maurice. Sa contribution est remontée à 19,5 % en 2006.
Certes, si les résultats ne sont pas du seul fait d?EM, elle y a tout de même contribué. Les faits sont là. La production industrielle connaît une croissance de 13 % en 2006 comparé à 2005, et l?on s?attend à 8 % en 2007. La croissance remonte aussi un peu dans les entreprises non zone franche, dont la production a connu une croissance de 14 % en 2006. Sur le plan des sous-secteurs, l?on peut constater une grosse croissance de 49 % dans les exportations des produits alimentaires. En fait, 24 % de la production domestique a été exportée en 2006 comparé à 17 % en 2005 et 15 % en 2004. De même, les exportations des produits bois et meubles sont passées à Rs 61 millions en 2006, alors qu?elles étaient de Rs 37 millions en 2005 et de Rs 25 millions en 2004. Par contre, l?exportation ne progresse pas pour la bijouterie et la situation est mauvaise pour l?industrie de la chaussure. La production de ce sous-secteur a chuté de 19 % alors que la pénétration de l?importation est passée de 60 % à 74 % de 2004 à 2006. Il est clair que la concurrence sur le marché domestique est insoutenable.
● Quelles sont les réalisations qui procurent une certaine satisfaction ?
Notre très grande fierté, c?est d?avoir obtenu le World TPO (trade promotion organisation) Award 2006 comme ?Best TPO from a Small Country?. Ce qui nous amènera aussi à être, en 2008, membre du jury international pour l?octroi de l?award 2008 ! Mais EM compte des dizaines de petites fiertés chaque semaine qui passe. L?usine de Corona Clothing, qu?on a pu aider à sauver et qui connaît une expansion, les Rs 29 millions de commandes obtenues par quelque 20 entreprises durant le Mauritius for Africa Fair, les commandes obtenues par Sarjua ou de VIKS Enterprise qu?on a soutenus lors de la foire SIAL, les 34 PME qu?on a pris en charge et qui renforcent leurs capacités et se préparent à vendre sur les marchés français, britannique et scandinave.
On peut aussi compter les 40 artisans et petites entreprises de menuiserie qui sont heureux de recevoir un consultant français qui les aide directement en entreprise, les producteurs de vêtements qui ont reçu en juin dernier les 12 chaînes de distribution sud-africaines qu?EM a fait venir et avec lesquelles beaucoup ont reçu des commandes ou encore les 131 entreprises qui ont reçu de l?argent gratuit d?EM (Rs 22 millions), soit pour développer la qualité de leurs produits soit pour pénétrer un marché étranger, et j?en passe.
● Outre le soutien en termes d?expertise, les opérateurs espèrent aussi un apport financier. Que fait EM en ce sens ?
Hormis les programmes collectifs que je viens de citer, EM apporte un soutien financier à des entreprises individuelles sous le programme EDF (Enterprise Development Fund) pour le renforcement de leurs capacités. Sous ce programme, une entreprise qui souhaiterait améliorer la qualité de ses produits, consolider sa gestion, développer de nouveaux produits, explorer un marché pour un produit particulier peut, après examen de son dossier, recevoir jusqu?à 75 % (dans le cas des PME) du coût de l?acquisition, jusqu?à Rs 500 000 lors d?une même année, des compétences nécessaires pour atteindre son objectif. 131 entreprises ont ainsi bénéficié de ce soutien pour un montant total de Rs 22 millions. Nous venons d?obtenir une somme de Rs 18 millions de l?Empowerment Programme pour l?EDF. Cela nous permettra de soutenir encore environ 100 entreprises.
● EM encourage l?exportation. Qu?est-ce qui est fait concrètement en ce sens ?
En même temps qu?EM a mis en place différents programmes et projets, nous développons et mettons à disposition des entrepreneurs et des entreprises des outils importants. Les officiers d?EM vont dans des pays, font des études de marché et mettent ces informations à la disposition de tous. De telles études ont déjà été faites sur l?Afrique du Sud, le Kenya, la Tanzanie, pour des secteurs comme le textile, la chaussure, les meubles et les produits plastique. Ils sont disponibles sur notre site web www.enterprisemauritius.biz. Nous avons aussi sur ce site un guide compilé par les officiers d?EM sur ce que l?on doit savoir pour exporter vers les pays du COMESA.
J?invite les responsables des entreprises à visiter régulièrement ce site qui est riche de renseignements. Dans la même perspective, EM a mis en place le plus important portail de commerce de Maurice, le www.makeitmauritius.com. Ce portail donne une ouverture sur le monde entier, sur le marché international. Pour Rs 6 500 par an, une entreprise peut assurer sa présence sur le portail, disposer de la brochure de ses produits, montrer les photos des produits, donner leurs prix et même recevoir des commandes et être payée en ligne. Plus de 200 exportateurs sont déjà sur ce portail. Bientôt nous sortirons l?annuaire d?exportation de Maurice.
Enterprise Mauritius c?est tout cela à la fois. C?est assurer la survie et la compétitivité de ce qui existe, provoquer leur croissance par l?exportation et travailler en avance comme des pisteurs pour trouver les bons futurs créneaux à indiquer aux entreprises et aux entrepreneurs. C?est comme cela qu?Enterprise Ireland a contribué au développement économique irlandais et idem pour Enterprise Singapore.
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