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Enjeux sociétaux

20 mai 2007, 00:00

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Disons le d?emblée, les enjeux actuels ne sont pas économiques, mais sociétaux. Il convient de bien en distinguer les aspects, même s?ils sont liés, pour mieux comprendre ce qui a débouché sur la tension actuelle. Aux conflits de rationalités, il faut ajouter l?histoire et la sociologie du pays, sans oublier les qualités dont doivent faire preuve ceux qui sont aux postes de commande et d?influence dans les différentes sphères de la vie publique.

Le défi du développement dans l?économie mondialisée, c?est de veiller à ce que l?économique ne vienne supplanter le politique. Il ne s?agit pas d?opposer une orientation économique à une orientation politique. Déjà, il y a une première distinction à faire entre la politique politicienne qui n?a pour finalité que le pouvoir et ses privilèges, et la politique, cet art noble qui consiste à gérer la cité dans l?intérêt commun. La rationalité économique, laissée à elle seule, n?est porteuse d?aucun projet de société car seul le profit, par ailleurs vital, est sa finalité.

La rationalité animant la politique politicienne avec sa logique « pouvoiriste » n?est elle aussi porteuse d?aucun projet de société. Il est impérieux que la politique retrouve ses lettres de noblesse pour s?assurer une politique économique qui soit créatrice de richesses et d?emplois à forte valeur ajoutée dans l?intérêt général. C?est de l?économie politique qu?il s?agit.

La politique de développement à mener ne peut faire l?économie de la dimension historique et sociologique de notre pays avec les « réalités » des rapports entre les groupes qui forment la communauté mauricienne ? vécus, ressentis, mythes, stéréotypes, préjugés, etc. D?où sommes-nous partis ? Où sommes-nous aujourd?hui ? Et où voulons-nous aller ? Quelles sont les valeurs qui doivent animer notre république ? Et que faire dans le concret pour que les aspirations profondes et légitimes de la population se réalisent ? À toutes ces questions, notre riche histoire commune est pleine de leçons et d?enseignements.

Encore faut-il avoir la lecture appropriée. Pas celle manichéenne ? en noir et blanc ? que distillent ceux qui, avec leurs agendas cachés, alimentent les tensions et nourrissent des populismes dangereux. Mais plutôt celle qui est porteuse d?avenir, celle qui montre que les générations qui nous ont précédés ont pu gérer avec réussite les périodes douloureuses et trouver des solutions aux problèmes délicats, animées qu?elles étaient par une réelle volonté du vivre ensemble.

Notre histoire et les leçons du passé, si elles doivent nous inspirer, ne sont pas suffisantes, car la mondialisation avec ses exigences, ses menaces, mais aussi ses opportunités, nous met dans une situation complètement nouvelle. Il appartient aux élites d?aujourd?hui d?en tirer tous les enseignements pour inventer et imaginer de nouvelles recettes pour faire évoluer la société sur la voie du progrès.

Ce n?est qu?ainsi qu?on pourra répondre aux exigences de la compétitivité, de la qualité et de l?efficacité que nous impose l?économie de marché, tout en veillant à un développement durable, juste, équitable et solidaire.

Pour pouvoir assumer pleinement ses responsabilités, un dirigeant, quel que soit le champ d?activité où il exerce, doit faire preuve de grandes qualités. Non seulement il doit donner les grandes orientations et fixer les objectifs, mais il doit aussi, pour s?assurer que ceux-ci sont atteints, créer les conditions et donner les moyens et les ressources à l?ensemble qu?il dirige et anime. L?obligation de résultats est fondamentale dans le cahier de charges de tout dirigeant.

Le pays a eu la chance tout au long de son histoire d?avoir pu compter parmi ses dirigeants, des hommes et des femmes possédant ces qualités doublées d?un sens aigu de responsabilité. Ils ont su, quand la situation l?exigeait, mettre de côté leurs divergences de même que leur ego pour prendre de la hauteur afin de faire progresser le pays. Cela a été fait non pas en discourant sur le dialogue, mais en le pratiquant.

Tous ceux qui appellent au dialogue aujourd?hui doivent être bien conscients de ses implications. Dialoguer dans un contexte conflictuel implique un effort de grande intensité, car il n?est guère facile d?accepter de remettre d?emblée en question des positions acquises, des certitudes, des convictions intimes. On s?expose ainsi au risque de blessures narcissiques.

Par ailleurs, il faut aussi savoir que l?absence de résultats immédiats est l?épreuve la plus dure parce qu?elle induit très souvent la tentation du retour du monologue et aux comportements de Pouvoir. Cessons de jeter de l?huile sur le feu et mettons-nous d?accord pour en finir avec le dialogue de sourds. L?heure n?est pas à l?arrogance ou à l?orgueil blessé. Par respect pour les générations qui nous ont précédés et par devoir pour les générations futures, tout doit être mis en ?uvre pour que ce soit la république mauricienne qui soit victorieuse.

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