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Encore raté
par Raj Meetarbhan
Maurice est-elle réformable? Chaque tentative de changer la nature du système se solde par un échec. Celle annoncée par Rama Sithanen dans son dernier budget est compromise par sa menace de démission. Même si son humeur versatile devait finalement l?inciter à rentrer dans les rangs, rien n?indique qu?il obtiendra l?adhésion de son équipe pour poursuivre son objectif. D?ailleurs, l?aile radicale de son parti vient de démontrer qu?elle possède un important pouvoir de blocage en arrachant une révision du ?Sugar Industry Efficiency Bill?.
Quand bien même le PTr affiche des ambitions réformistes, il demeure prisonnier des stratégies électoralistes et d?un raisonnement trop idéologique. Le revirement opéré par le gouvernement dans le contexte de la réforme sucrière en est révélateur. La première ébauche du ?SIE Bill? a été complètement revue sur l?insistance d?un groupe mené par la députée Nita Deerpalsing. Elle avait adressé une lettre d?une tonalité agressive à la direction de son parti et un comité d?arbitrage lui a donné raison sur le principal point en litige. Le volet énergie ne fera pas partie du texte qui sera présenté au Parlement ce vendredi. Les contestataires ont obtenu que toute référence à l?éthanol soit enlevée du texte.
Ce changement profite essentiellement à Alcodis, compagnie appartenant au groupe dirigé par Roland Maurel. Les groupes sucriers voulaient s?engager dans la production d?éthanol. Ils sont déçus parce que la loi ne reconnaîtra pas cette activité comme faisant partie intégrante du ?cluster? de la canne à sucre, condition exigée par l?Union européenne. Du coup, la question du financement de la réforme se pose avec acuité.
Certes, les groupes sucriers peuvent se tourner vers la Banque européenne d?investissement (BEI), notamment, pour financer leurs projets de distillerie mais il reste que l?aide de l?UE est compromise. Celle-ci impose des conditions strictes avant de débourser de l?aide à titre de mesures d?accompagnement. Elle exige une politique d?énergie cohérente misant sur la production d?électricité à partir d?un mélange bagasse-charbon et la fabrication d?éthanol à partir de la mélasse. L?UE estime que la nouvelle industrie de la canne sera viable si elle diversifie via des créneaux qui sont rentables, tels l?électricité et l?éthanol.
La Banque mondiale va dans le même sens. Dans un rapport rédigé en 2006, et intitulé ?Mauritius : From preferences to global competitiveness?, elle souligne l?urgence d?une politique de diversification de l?industrie sucrière : ?Costs are high in Mauritius. Consolidation and cost reduction pose challenges but a downsized and diversified industry could survive.?
Dans le plan soumis à l?UE l?année dernière, l?Etat s?était engagé à respecter les conditions des bailleurs de fonds dont l?inclusion de l?éthanol dans le ?cluster? sucre et l?augmentation du prix du sucre sur le marché local. L?UE avait promis d?octroyer une aide d?environ Rs 8,5 milliards pour l?exécution du plan. Maintenant que ce plan est dénaturé, et que son financement n?est plus garanti, doit-on parler d?une nouvelle tentative ratée de réformer ?
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