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Droit de réponse

4 juillet 2003, 20:00

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Rendre les coups quand on en prend est tout à fait autorisé. Mais les armes à feu et autres aérosols à produit irritant, eux, sont interdits. Et la montée de la violence n?y changera rien, dit le commissaire de police. Que fait-on alors?

« Si le soir vous découvrez une personne armée dans votre maison et que vous estimez qu?elle peut vous tuer, vous avez légalement le droit de la supprimer. C?est la légitime dé- fense », nous explique l?ancien juge Robert Ahnee. Tuer l?intrus, mais avec quoi ? Un couteau de cuisine ? Les Mauriciens, particulièrement les femmes, attaqués chez eux ou dans la rue sont dépourvus de la plus élémentaire arme de défense. Les mille et une armes défensives ? des armes à feu aux aérosols à produit irritant pour repousser les agresseurs ? commercialisées librement à travers le monde sont interdites à Maurice. Le commissaire de police indiquait hier à l?express son intention de n?octroyer aucun permis pour de telles armes. « Je suis d?avis que la loi offre suffisamment de protection à l?individu et à sa famille. Au cas où un Mauricien fait une demande pour une protection policière, sa demande est agréée si elle est justifiée. »

Armes fatales

Cette restriction sur les armes défensives imposée par l?Etat va très loin. Personne ne peut se trouver en public avec une « offensive weapon ». Sous ce terme, tombe toute une catégorie d?armes. En effet, le Public Gathering Act considère comme offensive weapon tout objet fabriqué ou adapté afin de pouvoir être utilisé pour blesser autrui. « Un gourdin peut être considéré comme une arme offensive si on arrive à prouver qu?il était destiné à causer des blessures à autrui », explique le commissaire de police. Malgré tout, les Mauriciens tentent par tous les moyens d?avoir des armes illégales, qu?ils achètent même au marché noir. « Ces derniers temps, j?ai tout vendu. Les aérosols se sont arrachés comme de petits pains », confie un vendeur d?armes en tout genre, qui nous a remis un aérosol vide. (Voir photo). D?autres clients ont payé pour des armes qu?il arrive à faire entrer au pays en petite quantité. Cette ruée vers les armes illégales traduit le sentiment d?insécurité qui prévaut dans le pays. Ceux qui connaissent le milieu payent à prix fort des armes pour assurer la protection des leurs. Cela, au risque de se retrouver en prison pour possession illégale d?armes. Car la loi telle qu?elle est en ce moment peut mener à la prison le possesseur d?un simple aérosol. Or, un permis est nécessaire à Maurice pour une telle arme. Avec une telle arme défensive, Nadine Dantier serait peut-être toujours vivante aujourd?hui. Mais devant cette éventualité, le commissaire de police n?en démord pas : « Effectivement, la loi mauricienne interdit la possession de ces armes défensives. En ce qui concerne l?amendement de la loi, c?est au législateur de décider. Mais il faut tenir compte du fait que si ces armes sont qualifiées de « défensives », elles peuvent devenir « offensives » entre les mains de certaines personnes. » Le commissaire n?entend pas octroyer de permis, même sur une base très sélective, pour ces armes défensives. Mieux encore, la loi sur les armes sera revue pour la rendre plus sévère.

Ceux qui se sentent vulnérables prennent cependant le risque. La loi, ils n?en ont cure. Et il n?y a pas que les aérosols qui trouvent preneurs en ce moment. Les armes à feu de petit calibre, les revolvers à balles de caoutchouc, les poings et les matraques électriques sont aussi en demande.

« Tous ceux qui viennent chercher des armes chez moi achètent pour leur protection. Jamais une des armes que j?ai vendues n?a été utilisée pour des agressions. D?ailleurs, je vends à une clientèle sélecte, nous confie le vendeur qui livre ses aérosols entre Rs 800 et Rs 6 000, dépendant du type du produit et du format. » Qu?adviendrait-il le jour où quelqu?un tue en légitime défense avec une arme détenue illégalement ? L?ex-juge Robert Ahnee explique : « Le facteur légitime défense ne saurait être annulé si pour défendre sa vie et celle des siens un homme a utilisé une arme pour laquelle il ne détient aucun permis.»

« La cour le condamnera seulement pour possession illégale d?armes s?il est reconnu qu?il a tué en légitime défense », précise Robert Ahnee.

la bombe ?jet?

Mais valeur du jour, ce sont les bombes de protection à gaz ou à produit irritant qui ont la cote auprès des Mauriciens qui recherchent un moyen de protection. Le plus cher, le Jet, un générateur pyrotechnique à gaz irritant, ne ressemble nullement à un aérosol.On peut facilement le prendre pour un téléphone portable. A déclenchement mécanique avec deux charges de défense d?une portée de quatre mètres, il est vendu à environ Rs 6 000 et coûte quelque 75 euros en Europe. Cette arme défensive est efficace à l?intérieur comme à l?extérieur.

Les bombes de défense, surtout efficaces à l?extérieur, contiennent un gaz orthochlorobenzal, le CS. Elles existent en logement de 20 à 50 mm, et se vendent entre Rs 800 et Rs 1 200. Les poings électriques, très discrets, peuvent envoyer une décharge de 35 000 volts, mettant l?agresseur K.-O. en une fraction de seconde. Ils se vendent au marché noir à pas moins de Rs 6 000.

Les Mauriciens venant de l?étranger prennent souvent le risque de faire entrer ces armes à Maurice. Autrement, il faut avoir recours aux dealers et il n?est pas donné à tout le monde d?avoir accès à ces vendeurs qui sont méfiants et ne vendent pas à n?importe qui.

Il reste le recours aux arts martiaux et une longue liste d?armes utilisées par différentes écoles, du nun chakoo aux étoiles en acier. En attendant que les autorités réfléchissent à la question devant la vague d?agressions perpétrées sur des victimes désarmées.n

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