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Dominique de Villepin veut fixer “un cap d’action et de volonté”

9 juin 2005, 00:00

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Dominique de Villepin va s’engager “personnellement face aux Français” avec son discours de politique générale, à l’Assemblée nationale, mais sa bataille pour l’emploi s’engage dans un climat de scepticisme et de tension sociale. Dans son entourage, on explique que le Premier ministre, qui devrait s’exprimer pendant environ une heure à la tribune de l’Assemblée, devrait partir d’un diagnostic de la situation française, après le choc du “non” au référendum sur la Constitution européenne, pour fixer un cap “d’action et de volonté”, avec “un parti pris pour l’emploi”.

“Le pays a besoin de savoir où on va”, a-t-on souligné. Le chef du gouvernement, qui s’est déjà fixé un horizon napoléonien de cent jours pour “rendre confiance” aux Français, devrait consacrer 50% de son discours à la lutte contre le chômage, précisait-on. En plein débat entre “libéraux” et “sociaux” de la majorité, Dominique de Villepin devrait réaffirmer son intention de préserver le modèle social français, car il est “hors de question d’appliquer à la France un modèle extérieur qui ne lui conviendrait pas”. Attaché, comme il l’a dit lui-même, à “marcher sur deux pieds, conciliant liberté d’entreprendre et exigence sociale”, le chef du gouvernement entend privilégier “une approche résolument pragmatique”.

Sur un pied, il devrait notamment dire qu’il mise sur les emplois de service et les gisements d’emplois des petites et très petites entreprises, à qui il convient d’apporter les “instruments nécessaires”. Il devrait aussi défendre une politique industrielle et une politique d’innovation plus ambitieuses. Sur l’autre pied, il devrait annoncer pour les salariés “une garantie de la sécurité du parcours d’emploi”. Des dispositifs d’aide aux plus fragiles - jeunes et seniors - devraient être arrêtés pour les aider à accéder au marché de l’emploi. Dans le même esprit, des mesures devraient concerner l’aide au logement. Dominique de Villepin devrait aussi mettre l’accent sur un changement nécessaire dans la manière de gouverner.

Dans un pays où le divorce semble consommé entre la classe politique et l’opinion publique, il devrait s’engager à un contrôle régulier des résultats de l’action gouvernementale. Pour son grand oral, le Premier ministre est très attendu par les députés de la majorité de droite, qui n’ont pas ménagé leurs critiques à l’encontre de ce politique atypique, jamais élu, à qui ils continuent de reprocher la dissolution de 1997. Stratège, Dominique de Villepin s’est employé à déminer le terrain. Mardi, il a reçu des responsables de la majorité avant de se rendre au Palais-Bourbon pour y rencontrer le président de l’Assemblée, Jean-Louis Debré, et le groupe UMP.

Dans la matinée, le Premier ministre s’est également rendu à l’Elysée pour une rencontre avec Jacques Chirac. Lundi, le chef du gouvernement avait reçu des syndicats offensifs, soucieux de préserver le Code du travail et les acquis du modèle social français.

Hormis la CFDT, toutes les confédérations syndicales se sont déclarées prêtes à “mobiliser” et à “descendre dans la rue” si le Premier ministre ne donnait pas dès mercredi des assurances, suivies de premières mesures rapides, sur l’orientation sociale et non libérale de sa politique. Dominique de Villepin sait déjà qu’il ne bénéficiera d’aucun état de grâce.

Selon le baromètre Louis Harris pour Yahoo!, Libération et i-télévision, 41 % des Français ont une opinion positive du nouveau Premier ministre et 40 % une image négative. C’est le plus mauvais début d’un chef de gouvernement de ces vingt dernières années. Toutefois, la proportion de personnes sans opinion est élevée, 19 %. Les sondés trouvent Dominique de Villepin volontaire (82 %), ambitieux (79 %) et sympathique (74 %). Mais seuls 26 % le trouvent “proche” d’eux-mêmes. Interrogés sur l’action de la nouvelle équipe gouvernementale, 58% des sondés ne la jugent pas capable de restaurer la confiance des Français dans les mois qui viennent. Et 63 % des personnes interrogées ne lui font pas confiance pour réduire le chômage.

<B>Hélène FONTANAUD</B>

CORRUPTION

<B>Le parquet évoque Jacques Chirac au procès des marchés publics</B>

■ Le parquet de Paris a commencé son réquisitoire contre les 47 prévenus du procès des marchés publics d’Ile-de-France en évoquant Jacques Chirac, maire de Paris et président du RPR à l’époque des faits. “Ce n’est pas la première affaire de corruption de cette nature, ni sans doute la dernière, mais c’est probablement l’une des plus importantes”, a dit le substitut du procureur Henri Génin. “Ces pratiques mettent en cause les grandes formations qui animent encore aujourd’hui la vie politique du pays, le RPR, présidé à l’époque par le maire de Paris, futur et actuel chef de l’Etat, et le parti socialiste”, a-t-il ajouté. Le procès porte sur un système où les entreprises de BTP qui obtenaient entre 1989 et 1995 des marchés de construction et de rénovation de lycées en Ile-de-France auraient été contraintes de verser 2 % du montant des contrats pour plusieurs partis politiques, notamment le RPR et le PS. Le réquisitoire devait durer toute la journée. Le parquet doit demander dans la soirée des peines contre les 47 prévenus, dont quatre anciens ministres et plusieurs proches de Jacques Chirac, notamment Michel Roussin, 66 ans, son ex-bras droit à la Ville de Paris et à Matignon.

Les principaux suspects encourent jusqu’à dix ans de prison. Le procureur a admis que tous les responsables de l’affaire n’étaient pas présents au procès. “Il y a effectivement des chaises vides sur lesquelles on aurait pu mettre des étiquettes ou des noms, comme les prie-Dieu dans les églises, où les paroissiens les plus illustres ne sont pas les plus assidus aux offices”, a-t-il dit. Selon lui, ces absences s’expliquent par l’absence de preuves directes et par la “mansuétude” des juges d’instruction dans certains cas. Jacques Chirac bénéficie d’une immunité pénale depuis un arrêt de la Cour de cassation en 2001.

“C’est l’histoire d’un triple échec dont la démocratie est certainement sortie meurtrie et qui porte un triple nom : favoritisme, entente et corruption”, a-t-il dit. Il a au passage égratigné la loi Perben II sur la criminalité organisée. “Ce texte a estimé que la corruption n’était pas un délit susceptible d’être commis en bande organisée”.

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