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Diplomatie mauricienne : Le temps de sortir des clichés

28 septembre 2006, 00:00

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A un moment où le Premier ministre décline les grands axes de la diplomatie mauricienne, du l4e Sommet des pays non alignés, à la Havane, à l?Assemblée générale des Nations unies, à New York, en passant par le XIe Sommet de la Francophonie à Bucarest, la question taraude de nombreux observateurs : la politique étrangère est-elle réellement efficace ? Voire pour les plus sceptiques : le pays dispose-t-il d?une véritable politique étrangère ? Avant de répondre à cette question, il importe de situer l?intervention diplomatique mauricienne dans le temps.

<B>Flash-back</B>

?Notre focus demeure la diplomatie économique?, déclarait le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, Madan Dulloo, dans un entretien accordé à l?express. Dans la même interview, il confirmait que ?Maurice a toujours eu une histoire et une tradition de diplomatie économique. Cela a débuté avec sir Seewoosagur Ramgoolam et sir Satcam Boolell, qui ont su initier la réflexion et les discussions sur le Protocole sucre?. On ne peut être plus clair. La diplomatie mauricienne s?est principalement résumée à une question d?économie. Si on en est là, c?est que la situation historique précédant l?accession du pays à l?Indépendance commandait une telle approche. Il fallait passer par là mais les choses ont évolué depuis, sans que la diplomatie mauricienne ne se soit réellement adaptée.

Au départ, il est donc question d?économie et de non-alignement. ?Sir Seewoosagur Ramgoolam a initié la politique étrangère mauricienne avant et après l?indépendance. Il avait accumulé une telle expérience, notamment à travers ses contacts avec les Indiens en Grande-Bretagne, qu?il disposait d?une perspective surplombant la politique internationale. Il pouvait, par conséquent, mesurer ce qui était approprié pour Maurice?, explique Chit Jesseramsing, ancien ambassadeur de Maurice aux Etats-Unis. Celui-ci ne cache pas son admiration pour SSR et sa proximité avec Navin Ramgoolam qui, selon lui, sait reprendre sur le plan diplomatique la philosophie de son père. Une philosophie basée sur la recherche du consensus et d?une certaine objectivation des relations internationales.

Au début, rappelle Vijay Makhan, ancien secrétaire aux Affaires étrangères, il était impératif après l?Indépendance de se faire connaître au sein de la communauté internationale. Pour cela, Maurice s?appuyait sur l?expérience et les contacts d?un SSR, déjà âgé de 68 ans. Quelles étaient les grandes orientations de cette politique ? Dans son discours au Conservative Foreign and Commonwealth Council, lundi dernier, le haut-commissaire mauricien à Londres, Mahen Kundasamy, souligne notre adhésion à l?Organisation de l?Unité africaine (OUA), au mouvement des non-alignés, au Commonwealth, à l?ACP (bloc Afrique, Caraïbes et Pacifique) et par la suite à la Francophonie, entre autres. ?C?était important à ce moment de construire de nouvelles relations et de renforcer les liens existants avec d?autres pays et des regroupements régionaux. Nous devions nous poser comme un pays crédible au sein de la communauté internationale afin de faire avancer nos objectifs économiques, politiques et le développement humain?, explique-t-il.

C?est avec ces objectifs que la diplomatie mauricienne se met en place. Et elle évoluera de la même manière, insiste Vijay Makhan, indépendamment de la majorité qui se retrouve à l?Hôtel du gouvernement. ?Avec quelques nuances toutefois?, précise l?ancien diplomate qui est aujourd?hui envoyé spécial de l?Union africaine (UA). Si cette diplomatie a fait ses preuves dans la période post-Indépendance, elle marquerait aujourd?hui le pas. D?où l?insistance de nombreux observateurs à lui insuffler un nouveau dynamisme. La vingtaine d?ambassades et de chancelleries mauriciennes à travers le monde est aujourd?hui confrontée à de nouveaux défis. Les menaces économiques, insiste ainsi Mahen Kundasamy, imposent une nouvelle vigueur. Où trouver ce nouvel élan ?

<B>Africanisation</B>

?On affirme souvent que Maurice est une passerelle entre l?Afrique et l?Asie. Mais il y a un grand décalage entre le dire et la conviction. Les politiques ont tendance à dire des choses sans mesurer les conséquences de leurs propos. Or, nous devons baliser le continent africain et faire de sorte que nous soyons partie prenante de grandes décisions. On l?a fait à certains moments mais j?ai l?impression qu?aujourd?hui nous négligeons ce type d?intervention?, fait d?emblée ressortir Vijay Makhan sur ce chapitre de notre appartenance à l?Afrique. Une appartenance qui a été déterminée, rappelle Chit Jesseramsing, par les puissances coloniales avant même l?accession du pays au statut d?Etat indépendant.

Dans cette nécessité d?ouverture au monde, il ne faut pas oublier que Maurice est plus à même de faire entendre sa voix en tant que nation africaine, maintient Chit Jesseramsing. Or, Maurice évite de prendre des initiatives qui auraient permis de créer une telle perception. Hormis le Sommet de l?OUA, organisé en 1976 sur nos terres, Maurice, enchaîne Vijay Makhan, ne s?est jamais positionnée pour un Sommet africain. Cela traduit, pour lui, un manque de foi en l?Afrique. ?Il y a même le cas d?un ministre qui voulait qu?on quitte la COMESA?, confie-t-il.

Pourtant, fait ressortir Vijay Makhan, Maurice dispose d?une certaine crédibilité et neutralité qui lui permettent de faire entendre sa voix en Afrique. A la différence de nombreux pays africains, Maurice n?a ainsi aucun agenda secret en Afrique. A ce titre, elle peut proposer sa médiation, endossant un rôle qui aurait contribué à son rayonnement international. Il n?est pas seulement question, comme le pensent certains, de s?associer aux pays les plus pauvres pour tirer des bénéfices. Il est surtout question de démontrer une solidarité envers un continent et de s?appuyer sur le principe de regroupement régional pour que des intérêts communs avancent dans un monde globalisé.

A cet effet, Anil Gayan, ancien ministre des Affaires étrangères, trouve inadmissible que le Premier ministre n?ait pas jugé utile de participer au dernier Sommet de l?Union africaine. ?Comment dans ce contexte compter sur un soutien des Africains à notre revendication de souveraineté sur l?archipel des Chagos ? Si on ne s?engage pas pour l?Afrique, comment veut-on qu?elle s?engage pour nous ?? s?interroge Anil Gayan. Une posture qui, selon l?avis de Vijay Makhan, pourrait nous avoir coûté la perspective d?accueillir la Cour de justice de l?Union africaine.

C?est ce qui amène aussi Chit Jesseramsing à plaider pour une présence diplomatique dans des pays comme le Kenya, l?Ouganda, la Tanzanie, le Nigeria, le Sénégal? ?L?heure est à une plus grande présence en Afrique. Puisque nous appartenons à l?Afrique, nous ne ferons des avancées qu?à travers le regroupement diplomatique africain. Il ne faut pas oublier que nous avons eu droit à l?Agoa que parce que nous appartenons à l?Afrique?, rappelle-t-il. L?africanisation de notre politique étrangère, ajoute-t-il, est désormais un impératif.

<B>Dépolitisation</B>

Nos interlocuteurs sont unanimes. Il est dans l?intérêt du pays de mettre de côté les questions partisanes dès qu?il est question de politique étrangère. A cet effet, ils plaident pour une professionnalisation du service. ?La diplomatie est à la fois un art et une science?, soutient Vijay Makhan qui a été le premier secrétaire aux Affaires étrangères. Pour la pratiquer, il faut une formation. ?Tout le monde doit être formé et même les gens du secteur privé qui accompagnent les missions mauriciennes à l?étranger?, dira Chit Jesseramsing. Ce dernier plaide pour la création d?un Foreign Service Institute, indépendant de l?université de Maurice, afin de prendre le dossier de la formation des diplomates.

Cette dépolitisation de la politique étrangère entraîne d?autres remises en question. Des clichés doivent voler en éclats. ?Est-ce que la première visite d?un Premier ministre nouvellement élu doit obligatoirement se faire en Inde ou en France ? Est-ce de la politique étrangère ou un simple réflexe émotionnel ?? se demande Anil Gayan. De la même manière, il s?interroge sur le concept des pays amis. ?Est-ce qu?on réfléchit sur la présence américaine, indienne et française dans l?océan Indien ? Il faut se poser des questions. Le fait d?être un petit pays ne signifie pas que nous devons être serviles?, martèle l?ancien ministre des Affaires étrangères.

La nouvelle diplomatie, poursuit Vijay Makhan, ne se limite pas à la seule question économique. D?ailleurs, il est temps de sortir de cette conception réductrice de la diplomatie. ?La diplomatie économique est une expression galvaudée à Maurice. C?est devenue un slogan?, assure-t-il. ?Il est temps de se préoccuper des problèmes des autres, même s?ils n?ont pas un lien direct avec nous. C?est de cette manière qu?on fera la démonstration d?un esprit global. Les intérêts particuliers ne passent pas. Ce sont des convergences d?intérêt qui passent. En diplomatie, on n?a pas d?amis permanents mais des intérêts permanents?, dira d?un seul jet Vijay Makhan.

Les défis sont multiples. A la question posée en début de texte, la réponse semble évidente. La diplomatie mauricienne doit encore convaincre. La confusion entre diplomatie et économie est encore trop grande pour prétendre à une voix crédible dans le concerto des pays et des regroupements qui ont besoin de se faire entendre.

NOUVEL ÉQUILIBRE

Propositions de Chit Jesseramsing

■ Afin de redynamiser notre diplomatie, Chit Jesseramsing fait plusieurs propositions. Outre la professionnalisation du service, il plaide pour un nouvel équilibre entre les nominations politiques aux chancelleries et ambassades et la désignation des diplomates de carrière. Afin de pallier les voyages du ministre de tutelle et du secrétaire aux Affaires étrangères, il préconise la création du poste de ?Junior Minister?. La mise en place d?une instance s?assurant des cours d?orientation pour guider diplomates et officiels dans leurs missions est aussi une nécessité. La rotation du personnel est une autre nécessité. Il insiste sur une plus grande présence de la diplomatie mauricienne aux Nations unies. ?Tout comme l?Inde a son meilleur service diplomatique au Pakistan pour des raisons stratégiques, nous devons aussi être fortement présents dans des pays comme Madagascar, l?Afrique du Sud et l?Ethiopie où Addis Abeba accueille le siège de l?Union africaine?, précise Chit Jesseramsing. Pour le dossier économique, une représentation efficace devra être assurée à Bruxelles et à Genève. Concernant le dossier politique, l?accent devra être mis sur Delhi, Londres, Paris, Washington, Pretoria, entre autres. Enfin et pas des moindres, il souhaite la séparation du commerce international et de la diplomatie.

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