Publicité

De la problématique créole

3 novembre 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Par Nazim ESOOF</B>

Dès lors que s?opère une conjonction entre message religieux et revendication sociale, un nouveau dynamisme se met en place. On a pu le constater dimanche, lorsque le père Jocelyn Grégoire réunissait au Champ-de-Mars plusieurs milliers de personnes qui se reconnaissent dans son discours. Ce discours, comme d?autres, traduit des dysfonctionnements sociaux et politiques, voire des institutions religieuses. Dans l?interview qu?il accorde à notre journaliste Deepa Bhookhun dans cette édition, le père Labour ne dit pas autre chose : dans un pays qui pratique faussement la laïcité, l?hypocrisie est forcément criante. Chacun s?appuyant sur «ses complices» pour développer un discours et une action d?autorité.

Aujourd?hui, une autre intentionalité se met en scène. Même s?il y a beaucoup à redire de l?utilisation du substantif «créole», il n?en demeure pas moins qu?une cause s?organise autour de certains référents qu?il ne faut pas occulter.

Ceux dont le père Grégoire se fait le porte-parole n?ont pas seulement trait à des dérèglements sémantiques. Il interpelle une Eglise appelée à se débarrasser de son narcissisme, un mal intrinsèque aux autorités religieuses.

Une communauté à résister à la tentation d?instrumentalisation à laquelle elle est soumise.

Un pouvoir politique à se défaire de sa manie à infantiliser les communautés religieuses. Bref, tout un programme.

C?est en cela aussi que l?action du père Grégoire peut être une opportunité. La structuration sociale est fondée à Maurice sur un certain nombre de préjugés et d?idées reçues. En l?absence de données objectives recueillies à la suite d?études sociologiques et anthropologiques, il ne reste qu?un effort ontologique au mieux, et la voie subjective au pire, pour essayer de comprendre le fonctionnement de la société mauricienne, dans son rapport à l?Etat et à la religion.

C?est dans ce contexte qu?intervient l?initiative du père Grégoire. Mais si cette action parvient enfin à faire comprendre la situation d?une sous-communauté donnée, elle aurait déjà servi à beaucoup de choses. En effet, ce que dit le père Grégoire n?est pas nouveau. Mais c?est un discours qui repose à la fois sur une critique de la société, de la politique et du fait religieux. Cette critique est constructive. Cependant, le citoyen qui n?occupe pas de place au sein des institutions religieuses ne trouvera pas sa place dans cette critique. Le citoyen qui ne s?identifie pas aux autres regroupements socio-ethniques n?aura pas non plus de plate-forme pour se faire entendre. On ne peut préjuger de la démarche du père Grégoire. On ne peut faire qu?un constat.

La société mauricienne est incapable de traiter ses malaises et sa désintégration en dehors de l?action revendicatrice des autorités religieuses dans le meilleur des cas, et dans le salmigondis ethnique des associations dites socio-culturelles. N?est-ce pas d?une démission de l?Etat que surgissent ces problèmes? N?est-ce pas de son immaturité que profitent certains pour faire lit à part, entravant du coup la possibilité d?une construction identitaire qui ferait litière des références communales et ethniques?

Publicité