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Dépression : un ennemi qui tue à petit feu
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Dépression : un ennemi qui tue à petit feu
La dépression est une maladie de plus en plus répandue à Maurice. Une maladie que peu de personnes arrivent à diagnostiquer (même des médecins généralistes se trompent) et qui passe longtemps inaperçue. Les conséquences sont dramatiques. Elles vont d?une grosse paresse couplée de faiblesse à des pertes d?appétit, d?enthousiasme et du goût d?entreprendre quoi que ce soit. La dépression peut, dans le pire des scénarios, se solder par un suicide.
Le plus grand nombre de congés maladies et de mise à la retraite prématurée seront sous peu liés à la dépression et non aux maladies cardio-vasculaires comme c?est le cas aujourd?hui, nous affirme le psychiatre Jagarnath. Si les traitements sont bien sûr indispensables pour prévenir les complications les plus graves, une bonne hygiène de vie permet de limiter les risques.
?Un dépressif donne rarement des signes extérieurs très visibles ? violence ou comportement bizarre. On associe souvent les symptômes de la dépression à des maladies physiques. Un fort pourcentage de la population mauricienne est dépressif sans le savoir. Et ne se soigne donc pas. Au bout du chemin il y a le suicide?, explique le psychiatre.
Le psychiatre Jagarnath voit, dans son cabinet de consultation privé et dans les hôpitaux, le taux de dépressif ? du moins ceux qui sont conscients et acceptent de se soigner ? croître d?année en année.
La dépression a plusieurs façons de se manifester. Cela peut être une grande faiblesse, des fatigues chroniques, un comportement de paresseux, une absence de sommeil ou alors un sommeil excessif, perte d?appétit, ou quelquefois la boulimie, des douleurs et des brûlures sur les parties du corps. Une absence de désir sexuel et un repli sur soi sont aussi à prendre en considération.
<B>Des enfants dépressifs à 4-5 ans</B>
?Tous ces symptômes sont soignés à Maurice à coup d?ampoules, de vitamines et de remontants. Je ne veux pas dire que ces symptômes sont toujours le résultat d?une dépression. Mais s?ils persistent après un long traitement, il faut alors penser à la dépression, surtout si la personne se replie sur elle-même, a souvent des accès de tristesse, ce qu?on appelle le blues?, explique le psychiatre. Comment développe-t-on une dépression et à partir de quel âge fait-elle son apparition ? Le psychiatre surprend. ?J?ai connu des enfants dépressifs à l?âge de 4-5 ans. Il n?y a pas d?âge et les causes sont innombrables?, explique-t-il.
La dépression peut être provoquée, pour commencer, par des facteurs génétiques. Elle peut aussi être provoquée par la prise de certains médicaments. Des bêtabloquants qu?on donne aux hypertendus ou des traitements hormonaux que prennent des femmes sont connus également pour être des déclencheurs de dépression.
Les diabétiques, les hypertendus et les cardiaques de longue date courent aussi le risque de tomber dans la dépression et négligent à un moment leur régime alimentaire, la prise de médicaments et les exercices réguliers, indique le psychiatre Jagarnath. Perte d?un proche, échec scolaire, échec professionnel, problèmes conjugaux, harcèlement sur son lieu de travail figurent sur la longue liste des causes d?une dépression.
<B>Raj JUGERNAUTH</B>
APERÇU
<B>Les symptômes de la dépression</B>
■ Selon le psychiatre Jagarnath, les principaux symptômes sont la tristesse, la morosité, l?irritabilité et l?envie fréquente de pleurer. Ces symptômes sont associés à une perte d?intérêt totale pour les activités ordinairement agréables. Le dépressif a, par ailleurs, une faible estime se soi, une diminution de la concentration ou de la mémoire et souffre d?inquiétude excessive. Il éprouve également des difficultés à prendre des décisions et a des pensées de mort. Sur le plan physique, le dépressif va donner des signes d?agitation ou alors, il y aura un ralentissement de ses activités. Il est victime de fatigue et, fait des insomnies ou hypersomnies (sommeil prolongé).Un changement nutritionnel, (perte ou augmentation de l?appétit) est aussi possible avec perte ou gain de poids.
<B>Quand le cerveau se révolte</B>
■ La dépression est souvent une révolte du cerveau face à des événements difficiles à accepter tels la perte de proches, les brimades ou les échecs. Des études ont démontré que chez les grands dépressifs, c?est le cerveau qui se révolte et refuse de produire certains éléments. Et la réduction de ces éléments va aggraver la dépression. Le psychiatre Jagarnath explique que c?est sur le plan des neurotransmetteurs et hormonal qu?on note des carences chez les dépressifs. Il y a une baisse de sérotonine qui entraîne souvent une perte de sommeil et une diminution de l?appétit. Il y a aussi une baisse de noradrénaline qui favorise la perte d?énergie, le manque d?intérêt et de plaisir et entraîne des pensées négatives. Sur le plan hormonal, on note que les dépressifs ont un flux de plusieurs hormones qui sont en baisse. La fonction immunitaire est également amoindrie et le dépressif est beaucoup plus susceptible à des infections et maladies.
<B>Pour se remettre à vivre</B>
■ ?Les médicaments seuls ne peuvent venir à bout de la dépression et les malades qui pensent que la maladie se guérit en deux semaines abandonnent souvent le traitement?, explique-t-on à l?hôpital Brown Sequard. D?autant que ceux qui se rendent à Brown Sequard ou dans les unités psychiatriques des hôpitaux se sentent stigmatisés. Or, la psychothérapie est aussi nécessaire pour éviter les rechutes. ?Si une personne a développé une dépression à la suite de la mort d?un proche, il faut avoir recours à la psychothérapie ou au ?counselling? pour que cette personne arrive à accepter cette perte, qu?il arrive à faire le deuil et à terminer ce deuil pour se remettre à vivre?, explique un psychiatre.
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