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Déjà Vu de Tony Scott

23 mars 2007, 00:00

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Tony Scott, le frère moins doué de Ridley, est un de ces réalisateurs compétents, mais sans inspiration et dont on ne peut relever qu’une seule constante à travers ses films : une réalisation selon l’esthétique publicitaire du moment. Cette absence de tout ce qui pourrait ressembler à un style fait qu’on ne s’étonnera pas trop de le voir embauché par les productions Jerry Bruckenheimer pour Déjà Vu. On aura de bonnes raisons de craindre le pire durant les premières minutes, en voyant la “marque de la maison”. C’est-à-dire, cette gigantesque explosion qui réduit un ferry en confettis, un jour de Mardi Gras, à la Nouvelle Orléans (post-Katrina). Mais, l’apparition de Denzel Washington est rassurante. Ce dernier a une bonne tête et on sait qu’on a affaire à un acteur solide qui ne s’engage pas dans n’importe quel projet.

Il tient sa promesse, remplissant parfaitement son personnage de flic spécialiste en explosifs et le voir jouer dans un autre registre en tombant amoureux d’une morte (Claire Cuchever-Paula Patton) le rend sympathique. À ses côtés, Val Kilmer qui a un peu forci, joue le chef d’une section spéciale du FBI. Le voir ainsi dans un second rôle, jouant un personnage sédentaire, surprend un peu, mais on finit par ne plus y penser. D’abord parce que Val Kilmer est crédible, ensuite parce que les actions de Denzel Washington finissent par retenir toute notre attention, ce film étant loin d’être idiot.

Au premier abord, on imagine difficilement le nom de Jerry Bruckenheimer associé à des mots comme “scénario élaboré” ou “film intelligent”, mais la chose est possible. Déjà Vu ne manque pas d’impressionner favorablement, tant par la complexité de sa trame que par la bonne idée qu’ont eu les auteurs de laisser le film avancer à son propre rythme. Ces derniers ayant compris la nécessité de ne pas interrompre la première partie du film par d’inutiles scènes d’action qui n’auraient fait que détourner notre attention de son élément le plus important : la trame.

Comme tout thriller hi-tech, Déjà Vu contient sa juste part d’action mais, poursuites et bagarres ne commencent qu’une fois les enjeux bien expliqués, et le film vaut le déplacement au moins pour une séquence. Il s’agit d’une poursuite en voiture, dans le contresens d’une autoroute ; jusque-là rien d’inédit, sauf que cette fois, quelque chose de plus vient faire de ce moment (presque) une scène d’anthologie.

C’est un thriller dont l’intrigue repose sur la notion de voyage dans le temps (à sens unique, pas plus de quatre jours, six heures et des poussières dans le passé), mais on hésite à parler de science-fiction. Car, il y a finalement assez peu de science pour toute cette fiction, même si le scénario tente d’intégrer quelques concepts basés sur certaines théories d’Einstein. On dira que Minority Report était un thriller de science-fiction, alors que Déjà Vu est beaucoup plus un simple thriller dont le mécanisme a recours au voyage dans le temps. Ce à quoi viennent s’ajouter les paradoxes du voyage temporel, et c’est surtout sur cela que repose le divertissement.

En remontant dans le temps, est-il possible d’altérer le cours des événements ou formons-nous alors partie de ces mêmes événements ? Une bonne partie du plaisir que procure ce film vient du fait que les scénaristes n’ont pas fait l’impasse sur ces paradoxes, justement. Mais ils n’ont pas poussé leurs réflexions jusqu’au bout, non plus, laissant aux spectateurs le loisir de s’en divertir. Tout cela laissera froid les scientifiques, évidemment ; les autres seront contents de s’être fait titiller les méninges.

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